Près de 200 chefs et cadres d'entreprises se sont retrouvés jeudi 8 juin à Montreux pour écouter une brochette de spécialistes débattre des questions liées aux approches, méthodologies ou outils facilitant la réconciliation de la productivité et le bien-être au travail. Un thème d'autant plus d'actualité le jour ou l'entreprise Bombardier annonçait près de 600 licenciements sur la Riviera vaudoise.

Nul ne conteste le fait que si l'on est à l'aise pour travailler, cela améliore le climat de travail et l'aptitude de chacun à se surpasser. Ce précepte tombe sous le sens, mais le fait de travailler dans un climat de confiance et de reconnaissance de son travail stimule encore plus est ouvriers et cols blancs à améliorer leurs performances professionnelles. Mais c'est surtout le sens de son travail qui permet de trouver les leviers d'un meilleur équilibre entre sa vie privée et professionnelle. Au-delà de ces préceptes, on est en droit de se demander comment arriver à les concrétiser au sein des entreprises et quelles sont les mesures à mettre en place pour qu'elles deviennent une réalité au quotidien. C'est ce à quoi se sont attelés deux chefs d'entreprises et cinq spécialistes de la gestion des ressources humaines et du coaching lors du Forum Management Montreux organisé par Marcel Lucien Goldschmid, directeur du cabinet Management Training and Coaching.

 

Des réflexions approfondies sur la place du travail dans la société

D'entrée de jeu, Maxime Morand, premier orateur de la journée, a engagé le débat à un très haut niveau sur le sujet de la place du travail dans la société, étayant ses propos sur de nombreux emprunts aux philosophes de l'Antiquité grecque et romaine. Une manière de rappeler que notre époque y puisait la justification des rapports entre le travail et la vie sociale et que ceux-ci s'articulaient autour des mêmes défis et les étayaient avec moult références ecclésiastiques. Il rappelait cependant que notre environnement professionnel est marqué par le sceau d'un constant changement et que c'est la gestion de ce dernier qui est le maître mot de la vie des entreprises. Pour lui, ce management est erratique et le mal-être des travailleurs découle d'une vision nostalgique de leur condition. Dans bien des cas, les chefs d'entreprises perçoivent le futur du management dans l'image qu'ils perçoivent dans le rétroviseur. «On aimerait suspendre le temps», admet Maxime Morand. Alors que le futur est dans l'espérance.

Pour cet ancien ecclésiastique reconverti dans les ressources humaines, les méthodes actuelles de management font que ce sont les chiffres qui commandent les organisations. Il affirme clairement que le bien-être collectif au travail est un concept basé sur une illusion modélisée. Il s'agit d'une arnaque, sauf si on est d'accord de s'inscrire dans une culture ouverte aux conflits. Les acteurs se doivent d'être clair dans la communication des attentes, de savoir comment confronter sa responsabilité, de se montrer courageux si l'on désire atteindre les buts visés, de faire preuve de cordialité dans l'accompagnement des personnes, de copiloter les indicateurs clés et d'être correct dans le feed-back donné sur les faits. Il faut briser la dictature du temps que l'on constate plus on avance dans sa vie. Et pour y arriver, il faut cesser d'apporter des réponses pour commencer à poser des questions.

 

Le succès de la désadministration des organisations

Dans tout le débat sur les questions liées au bonheur au travail et à l'efficience des entreprises, Christian Brunier, directeur des Services Industriels de Genève (SIG), admet qu'il ne faut pas sous-estimer l'importance de l'agilité des processus d'évolution des structures. Pour sa part, il est important de ne pas perdre de vue les défis des entreprises: une interaction sociale dense, des exigences environnementales croissantes, davantage de règles éthiques et l'importance accrue de l'approche client. Au sein des SIG, une réflexion s'est faite sur deux axes d'action qui visaient à travailler sur un équilibre entre la recherche de l'efficience et le bonheur au travail.

Il est ressorti de ces réflexions que pour travailler sur la désadministration consistait à se demander si les actes effectués avaient un sens. Et si ce n'était pas le cas, cela ne nuirait pas à la marche du travail au sein de l'entreprise. Le deuxième axe de réflexion du groupe de travail instauré dans l'entreprise se basait sur l'omniprésence et l'inéluctabilité de l'automatisation des tâches. Cela a conduit à une dématérialisation physique des emplacements de travail – avec un aménagement dynamique des locaux dans lesquels on trouve des espaces variés adaptés aux tâches à accomplir et du mobilier fonctionnel et design – et l'instauration d'un management basé sur la confiance, même en ce qui concerne les horaires de travail. Par ailleurs, le système salarial a été totalement repensé, de sorte que les super-experts gagnent autant que les cadres, ce qui annihile les méfaits du principe de Peter.

Un tout nouveau climat de travail est devenu la norme. Celui-ci est basé d'une part sur la promotion de l'innovation et d'autre part sur la stimulation de l'esprit critique. Dès lors, dans les réunions et discussions, les questions qui remettent en cause l'ordre établi ne sont plus considérées comme négatives, mais constructives. «Cette approche apporte des avantages sur les trois axes du développement durable, à savoir un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, un attrait pour garder et attirer les talents et sur le plan environnemental une diminution de l'empreinte écologique», relève Christian Brunier. «Le travail est quelque chose que l'on fait, pas un lieu où l'on est.» Toute cette réflexion engagée aux SIG n'est pourtant pas encore déployée et concrétisée. «Notre prochain défi vise à diminuer la hiérarchisation de SIG, en réduisant le nombre de couches hiérarchiques.»

 

Pour en savoir plus sur les exposés tenus lors du Forum Management Montreux

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