L'économie suisse n'a pas à craindre un resserrement de crédit
Mardi, 22 Décembre 2009 16:03
La majorité des banques et des entreprises suisses s'attend à une lente reprise de la conjoncture et juge peu probable un resserrement de crédit dans les douze prochains mois.
Parmi les cadres dirigeants de 30 banques et de 140 entreprises interrogés, on s'accorde plus que jamais à dire que les conditions de crédit se détérioreront et que les exigences en matière d'octroi de crédit continueront à se renforcer. Tels sont les conclusions de l'étude «L'essor économique est-il voué à l'échec faute d'un financement adéquat?» réalisée par la société d'audit et de conseil Ernst & Young.
Les lignes de crédit ne sont pas épuisées
Quelque 53% des banques s'attendent à ce que les demandes de crédit augmentent au cours de ces douze prochains mois. Les entrepreneurs sont en effet 40% à vouloir augmenter leur demande de crédit. Cette hausse semble dans une large mesure émaner d'une politique proactive en vue de garantir des liquidités. En effet, seule une entreprise suisse sur quatre prévoit d'investir davantage dans les douze prochains mois.
On assiste même à un léger fléchissement de la demande de crédit des entreprises nationales auprès des grandes banques, alors qu'elle a légèrement augmenté chez les banques cantonales. En dépit du fait que la Banque Nationale Suisse prévoit un recul du produit intérieur brut d'environ 1,5% pour l'ensemble de l'année 2009, les banques au même titre que les entreprises restent en grande partie optimistes pour 2010: 74% des banques et 78% des entreprises envisagent un début de reprise dans les 18 prochains mois.
A cet égard, les banques suisses jettent un regard plus positif sur leurs possibilités de refinancement que leurs voisins germanophones par exemple. Si des détériorations sont attendues par quelques petites minorités, les banques, en revanche, sont 20 à 35% à s'attendre principalement à des améliorations selon le type de refinancement. Deux tiers à près de trois quarts des instituts optent pour état inchangé.
De moins bonnes conditions et des exigences accrues dans les crédits
En dépit de tout optimisme, une grande partie des entreprises et une partie légèrement moins grande de banques s'attendent dans un futur proche à des conditions dégradées et à des exigences plus sévères en matière d'octroi de crédit. Au moins la moitié des entreprises prévoient des coûts accessoires plus élevés, des durées plus courtes, des lignes de crédit réduites, des exigences plus élevées en matière de documentation et de sécurité ainsi que des conditions plus sévères (conventions annexes, par exemple obligations de déclaration en cas de chiffes-clés pas atteints en termes de performance).
Les banques ne voient pas cette évolution de manière aussi prononcée, mais la plupart des entreprises et établissements bancaires interrogés s'entendent sur le fait que les douze prochains mois s'annoncent plus difficiles quant à la possibilité de prolonger des contrats de crédit arrivés à échéance.
Les options de financement alternatives ne progressent que lentement
Pas moins de 33 % des entreprises interrogées se posent la question de savoir s'il convient de recourir à des instruments de financement alternatifs. Toutefois, les voies conduisant à d'autres formes de financement extérieur sont plutôt rares. Seul un petit cercle d'entreprises de taille suffisante et couvertes par des agences de notation ont accès au marché des emprunts avec des formes innovantes telles que les financements hybrides ou les emprunts convertibles. En conséquence, souvent le leasing ou l'affacturage restent les seules variantes d'un financement de crédit classique. Cependant, ces formes de financement «axées sur les actifs» sont souvent fort onéreuses et ne présentent aucune véritable solution de rechange.
Il existe également peu de possibilités de changement dans le cadre d'importants financements de volumes d'investissement. Or, 60 % des banques et 49 % des entreprises estiment que les grands projets continueront à être financés par des crédits bancaires à long terme. De l'avis des banques, de tels risques seront néanmoins répartis plus rigoureusement que jusqu'ici sur plusieurs organes. A ce titre, 52 % des instituts considèrent que les gros investissements seront à l'avenir davantage financés par des consortiums bancaires. La moitié des entreprises, par contre, misent sur une quote-part plus élevée des fonds propres.
De nombreuses entreprises sont prêtes à procéder à des améliorations internes afin d'augmenter leurs chances d'obtenir de nouveaux crédits en dépit de difficultés accrues. 34 % veulent améliorer la planification et le contrôle de l'entreprise, 27 % leur gestion des liquidités et 26 % leur notation. 21 % des entreprises entendent adapter leur structure financière. Une quote-part des fonds propres plus élevée, un avis partagé par 29 %, nous paraît ambitieux dans la situation actuelle», commente Peter Dauwalder. «Et le plus étonnant, c'est que 40 % ne voient aucune nécessité d'agir.» Seuls 2 % des sondés envisagent de changer d'institut financier, un aspect tout de même rassurant pour les banques!





