La rétribution des directions manque encore de transparence
Mercredi, 23 Avril 2008 14:20
Des consignes plus strictes en matière de gouvernance d'entreprise ont amené l'exercice 2007 à une transparence accrue au niveau des attestations de rémunération des échelons les plus élevés des entreprises cotées au SMI. Le constat se vérifie en particulier pour les membres des conseils d'administration, dont les rémunérations ont été publiées pour la première fois de façon individualisée dans les rapports d'activités pour l'année 2007. Les rétributions des présidents des conseils d'administration sont néanmoins difficilement comparables du fait de la diversité des structures, et il en va d'ailleurs de même pour les membres des directions pour qui les indications ne sont que partiellement, voire pas du tout fournies en fonction des personnes. Seules quatre entreprises du SMI indiquent volontairement le montant des rémunérations individuelles des membres de leur direction, aussi une comparaison des montants actuels avec les valeurs des exercices précédents n'est-elle pas possible du fait de l'absence de transparence par le passé.
Tel est en l'occurrence le résultat de l'analyse
Réalisée par la société de conseil en management Towers Perrin, l'enquête sur les rétributions des membres des directions des entreprises suisses cotées au SMI se base sur les indications présentées par les entreprises du SMI dans leurs rapports annuels. Les chiffres de Swatch n'étant publiés que fin avril, ils n'ont pas été pris en compte dans cette évaluation.
Michael H. Kramarsch, Managing Director de Towers Perrin, salue les développements actuels vers une politique d'information plus ouverte des entreprises du SMI eu égard aux rémunérations du top management, quand bien même le potentiel d'optimisation est encore important à ce niveau: «Les rapports d'activités actuels témoignent des efforts des entreprises afin de mieux tenir compte des nouveaux impératifs de transparence. Toutefois, le niveau de lisibilité habituel au niveau international n'est pas encore atteint, en particulier en ce qui concerne les rémunérations des membres des directions. Il y a encore du chemin à faire sur le plan des consignes de gouvernance helvétiques, et a fortiori pour les entreprises cotées à la bourse suisse».
Rémunération des membres des conseils d'administration
En comparaison avec l'année précédente, l'analyse Towers Perrin révèle une plus grande transparence qualitative et quantitative des attestations de rémunération des membres des conseils d'administration, grâce notamment à l'actualisation de la directive de la Bourse suisse concernant les informations relatives à la gouvernance d'entreprise. Toutes les entreprises examinées se sont du reste conformées à cette obligation mise en place l'année dernière et qui exige des certificats de rémunération individuels libellés au nom des différents membres des conseils d'administration.
La pratique des certificats varie toutefois largement eu égard aux composantes de rétribution, et tandis que certaines entreprises présentent toutes les composantes de manière séparée et individuelle, d'autres se contentent de faire un distinguo entre rémunérations en espèces et sous forme d'actions, et il est alors impossible de distinguer les dédommagements pour comités ou les indemnisations de séances.
Dans la plupart des entreprises, la majeure partie de la rémunération est associée à des composantes fixes. « En raison de la modeste diffusion des tantièmes et rémunérations dans le long terme, la différenciation entre les membres des conseils d'administration se base surtout sur leur fonction », déclare Martin Emmerich, le manager responsable des activités de Towers Perrin en Suisse.
A l'exclusion du président du conseil d'administration et de son adjoint, la rémunération totale moyenne des membres de conseils d'administration dans les entreprises cotées au SMI se monte à environ 318 000 francs, le sommet de l'échelle étant occupé par l'UBS avec quelque 644 000 francs, suivie par Holcim (558 000 francs) et le Credit Suisse (522 000 francs), le score le plus modeste étant celui de la Bâloise avec environ 111 000 francs.
Il n'est pas possible par contre de procéder à une comparaison des montants de rétribution accordés aux présidents de conseils d'administration, cette fonction et celle de CEO étant en effet assumée par la même personne chez la Bâloise, Nestlé, Novartis et Roche. L'amplitude est ici des plus larges, et la rémunération moyenne à hauteur de 3,45 millions de francs pour les présidents des conseils d'administration des entreprises du SMI doit être mise en regard avec un maximum de 17 millions de francs (Novartis) et un minimum de 278 000 francs (Nobel Biocare).
Rétribution des dirigeants
L'analyse n'est par ailleurs pas en mesure d'établir un tableau transparent quant à la rétribution des membres des comités de direction. Seules quatre entreprises du SMI satisfont à l'exigence d'un certificat de rémunération individuel dûment libellé au nom de la personne intéressée, à savoir ABB, Adecco, Novartis et Roche. Les autres sociétés présentent la rétribution des membres de leurs organes directoriaux ainsi que ses composantes individuelles, hormis Richemont qui ne répond en l'occurrence pas à cette réglementation de gouvernance d'entreprise.
Selon la pratique en vigueur au niveau des certificats de rétribution pour les directions, toutes les entreprises mentionnent dans leurs rapports d'activité le membre le plus payé. Toutefois, si les composantes de rétribution individuelle sont effectivement présentées, les choses se font de façon extrêmement diversifiée, si bien que les indications ne sont que partiellement comparables.
Le palmarès des rétributions des membres de direction des entreprises du SMI est chapeauté par le Credit Suisse (22,3 millions), Roche (22,1 millions) et Nestlé (18,7 millions), tandis qu'on retrouve en queue de classement Clariant (1,77 millions) ainsi que Swisscom (1,70 million). C'est donc dire à quel point l'éventail des rétributions accordées à ceux qui gagnent le plus accuse une très grande amplitude.
Le débat commence à prendre forme
Bien que les nouvelles réglementations en matière de gouvernance
d'entreprise émises par SWX Swiss Exchange aient permis une avancée vers une transparence accrue au niveau des rémunérations individuelles, les auteurs de l'étude n'en considèrent pas moins qu'il y a encore du travail à faire, en particulier quant à la nature des composante individuelles, surtout sur le plan des rétributions à long terme basées sur des actions et sur des indicateurs clés, mais aussi au niveau des retraites. «Les prescriptions helvétiques en matière de publication se rapprochent lentement des standards internationaux, mais le chemin sera encore long avant qu'on puisse obtenir une transparence réellement judicieuse en matière de rétribution du management», souligne l'expert en gouvernance d'entreprise Michael H. Kramarsch.





