Les entreprises suisses retrouvent leur soif d'acquisition
Dimanche, 20 Février 2011 13:06
En 2010, le nombre de fusions et d'acquisition est resté pratiquement stable en Suisse. En revanche, le volume global des transactions a progressé de 13% à 87,6 milliards de dollars.
En 2010, la tendance à la baisse accusée durant les deux années précédentes par le marché des fusions et acquisitions a pu être stoppée, tant en Suisse qu'au niveau mondial. Le nombre des transactions s'est stabilisé en 2010, affichant un niveau presque inchangé sur un an, tandis que la valeur globale des transactions reprenait du volume, ce qui laisse bien augurer d'une nouvelle reprise en 2011.
Départ fulgurant dans l'année
L'année 2010 a démarré par un coup d'éclat: le 4 janvier, Novartis a annoncé vouloir reprendre la participation majoritaire de Nestlé dans Alcon pour un montant de 28 milliards de dollars. Cette transaction s'est achevée vers la fin de l'année avec la reprise de toutes les parts qui se trouvaient encore sur le marché après l'annonce. Le lendemain déjà, Nestlé communiquait l'acquisition des activités de Kraft Foods dans le domaine des pizzas surgelées. Cette transaction portait sur une somme de 3,7 milliards de dollars. L'année était bien lancée.
Néanmoins, on n'a pas assisté à une véritable vague de retour des fusions et acquisitions, car ce rythme et ces volumes ne sont pas restés la règle au cours de l'année 2010. D'autres transactions importantes impliquant des entreprises suisses ont tout de même suivi, dont Coop/Transgourmet, Swisscom/Fastweb, CVC/Sunrise, Cephalon/Mepha, CTS Eventim/Ticketcorner ou encore ABB/Baldor.
Le private equity: un acteur bien établi
Contrairement à des prévisions assez répandues, le secteur du private equity a très bien pu tirer son épingle du jeu. Alors que, pendant la crise financière, on parlait encore de la fin du private equity, ce secteur s'est montré capable en 2010 de conquérir une place bien à lui. Il a également été impliqué dans quelques-unes des principales transactions de notre pays.
La flexibilité et la rapidité de nombreuses sociétés spécialisées ont constitué ici des avantages concurrentiels décisifs. L'année 2010 a également révélé que les banques sont à nouveau parfaitement en mesure de réunir les fonds de tiers nécessaires au financement de transactions de bonne qualité.
Augmentation du volume global des fusions et acquisitions
Une analyse des principales données statistiques des transactions de l'année en Suisse indique que le volume global des transactions annoncées en 2010 s'est établi à quelque 87,6 milliards de dollars, ce qui représente une progression de 13% sur un an.
Évolution freinée par les fluctuations des cours du change et par les déficits publics
Les raisons de la retenue qui a affecté le marché des fusions et acquisitions jusqu'à présent sont à chercher dans les séquelles de la récente crise financière et des incertitudes qui en découlent. Les principales d'entre elles dépendent de l'évolution des cours du change entre le dollar, le yuan, l'euro et, surtout du point de vue helvétique, le franc suisse. Mais il faut mentionner aussi l'instabilité budgétaire des États-Unis, de plusieurs États de l'UE et d'autres pays. Les fluctuations des cours du change et les déficits publics sont aussi les symptômes de transferts continus et durables des forces économiques mondiales et révèlent fort bien les luttes politico-économiques de répartition intervenant entre les pays et les régions.
Transfert durable des forces
Ces transferts exercent une influence croissante sur les activités de fusion et acquisition des entreprises. Ainsi, les États BRIC voient apparaître de nouvelles entreprises d'envergure mondiale, notamment dans les matières premières, les technologies et l'industrie pharmaceutique, qui appliquent bien sûr aussi leur stratégie de croissance mondiale sur le marché international des fusions et acquisitions. De plus, des fonds d'État, surtout des régions arabe et asiatique, cherchent à nouveaux des acquisitions intéressantes.
Entreprises suisses très engagées
Au sein des activités M&A, les entreprises suisses jouent un rôle d'acheteur supérieur à la moyenne. Outre sur leurs marchés historiques de Suisse, d'Europe et des États-Unis, elles investissent aussi sur les marchés en croissance. La place économique suisse en elle-même en est renforcée d'autant. En 2010 aussi, les acquisitions effectuées par des entreprises suisses à l'étranger ont nettement dominé les ventes de sociétés suisses à des acteurs étrangers.
Évolution variable selon les secteurs
Il faut s'attendre à voir des acteurs pharmaceutiques disposant de solides moyens financiers mener les activités de M&A dans le secteur de la santé et des sciences de la vie en 2011. Des transactions moins importantes sont probables dans les techniques médicales et la fourniture de soins de santé, deux secteurs qui suscitent un grand intérêt de la part des investisseurs.
Des groupes suisses chimiques semblent être d'humeur particulièrement entreprenante après une période de réorganisation, et des occasions intéressantes pourraient apparaître pour des groupes suisses, à l'étranger. Les activités viseront probablement surtout l'établissement d'une présence sur des marchés régionaux décisifs tels que l'Asie et l'amélioration des portefeuilles de produits.
Dans l'un des secteurs les plus durement touchés par la baisse de la conjoncture, les services financiers, les fusions et acquisitions devraient refléter la consolidation significative du private banking, où de nouvelles réglementations génèrent de profonds remaniements des modèles d'entreprise et d'exploitation, y compris le principe de la présence on-shore. Dans d'autres domaines des services financiers, un regain de clarté sur les réglementations, telles que Bâle III, devrait favoriser les activités.
Les marchés industriels axés sur l'exportation souffrent tout particulièrement de la force du franc suisse, mais nourrissent un optimisme prudent après une amélioration sensible des niveaux des carnets de commande à fin 2010. En 2011, les M&A pourraient certes y rester modestes en regard d'autres secteurs, mais la pression de la concurrence mondiale pourrait contribuer à y encourager des transactions de transformation et/ou des acquisitions le long de la chaîne d'approvisionnement.
La consolidation pourrait se poursuivre en 2011 et 2012 dans le secteur des marchés de consommation et dans certains domaines périphériques importants des géants de l'alimentaire et des boissons, qui resteront probablement aussi très intéressés à de nouvelles acquisitions. Les fabricants de produits de luxe pourraient tenter de s'approprier le sceptre des fusions et acquisitions des marchés de consommation en cherchant des transactions de grande envergure potentielle hors de Suisse.
Les transactions technologiques devraient continuer de dominer le secteur de l'information, de la communication et des divertissements où de nombreux acteurs de plusieurs domaines cherchent à étoffer leurs capacités en informatique et en solutions logicielles, des éléments de plus en plus cruciaux pour leurs activités. Une redistribution des portefeuilles de médias est probable, de même qu'un renforcement de la présence suisse en Europe orientale, mais sans transactions exceptionnelles.
Dans un avenir prévisible, il est presque certain que la concentration se poursuivra sur l'immobilier haut de gamme des régions de Genève, de Lausanne, de Zurich et de Suisse centrale, avec des prix restant à un niveau élevé. En 2011, des acteurs de premier plan pourraient fort bien se pencher sur de nouveaux projets de développement, sur fond de marché résidentiel en boom persistant.
Autre aspect à ne pas sous-estimer, d'autres secteurs tels que l'énergie (surtout les énergies renouvelables) et les matières premières devraient connaître des fusions et acquisitions significatives en 2011 et l'intérêt pour la place suisse pourrait encore augmenter après l'implantation à Genève en 2010 d'importantes représentations de certains des principaux négociants du secteur énergétique.
Bon départ pour 2011
Dans l'ensemble, 2010 a été une année importante et stabilisatrice pour les fusions et acquisitions. Les conseils d'administration et les directions générales d'entreprises suisses actives sur la scène internationale ont redécouvert les chances de croissance durable offertes par les acquisitions. Ils ont systématiquement analysé et préparé des alternatives stratégiques et des acquisitions possibles en vue d'assurer une évolution durable sur des marchés en croissance.
Les entreprises suisses évoluent ici sous de bons auspices: d'une part elles bénéficient d'un marché intérieur plus sain que la moyenne et d'autre part, elles possèdent les plus importantes réserves de liquidité en comparaison internationale, c'est-à-dire une force financière gagnante.
Les fortes fluctuations des devises ont aussi eu pour effet de rendre les acquisitions en francs suisses plus avantageuses dans les zones dollar et euro, du moins à court terme. La situation initiale des entreprises suisses est donc positive et il y a de bonnes raisons d'entamer l'année 2011 suisse avec optimisme.





