Le krach d'une grande banque suisse n'est pas exclu

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Le krach d'une grande banque suisse ne semble soudain pas exclu. Qu'arriverait-il alors dans une telle hypothèse?

 

Sergio Rossi, professeur à l'Université de Fribourg et Michel Juvet, stratège à la Banque Bordier estiment dans un interview accordée à Swissinfo que la solution passerait sans doute le privé. A savoir la reprise de l'UBS par le Credit Suisse. "Le gouvernement n'a pas les moyens de sauver l'une, voire les deux grandes banques suisses. Et il ne le voudra pas. (...) La Banque nationale injectera des liquidités, mais n'aura pas non plus les moyens d'éviter une hypothétique insolvabilité de l'UBS, par exemple. Car il faut bien voir que nous ne sommes pas dans une crise de liquidité, mais d'insolvabilité, et même de panique sur les marchés financiers", estime Sergio Rossi.

"Si l'UBS risque de partir en faillite, il faudrait que le Credit Suisse puisse en acheter une partie au moins. Pour ce faire, la Commission de la concurrence devrait décider exceptionnellement de suspendre la loi, qui interdit ce genre de fusions. (...) Cela dit, UBS n'est pas trop en danger. Je dirais qu'actuellement, le risque de faillite est de 20 à 30%. " poursuit Sergio Rossi

Pour Michel Juvet, "une fusion avec Credit Suisse serait forcément dommageable pour l'emploi, car il faudrait couper dans les doubles emplois et le réseau de succursales serait surdimensionné. Par contre, elle aurait l'avantage de permettre à la place financière suisse de défendre ses positions, en particulier sur la question du secret bancaire. De l'autre côté, une reprise par une banque étrangère ferait moins de dégâts sur l'emploi en Suisse, mais serait plus gênante pour la défense du secret bancaire."

Sergio Rossi estime que les autorités font un bon travail face à la crise, mais s'y sont prises trop tard. "La Commission fédérale des banques surtout, et la Banque nationale aussi en partie, n'ont pas regardé de suffisamment près ce que faisaient les banques. (...) Sur le plan mondial, il aurait fallu empêcher cette fuite en avant des marchés, avec la titrisation de produits très complexe et dont le contenu, dans le meilleur des cas, n'a pas la valeur que les modèles mathématiques lui attribuent. Ces modèles, que tout le monde utilise, ne prenaient pas en compte les situations de crise. Ils étaient construits sur des bases statistiques complètement fausses."

Michel Juvet constate une certaine naïveté en Suisse face à la crise financière et à la récession qui se profile. "J'ai quand même l'impression qu'on a une espèce de naïveté. On se dit qu'on a eu tellement de croissance l'année dernière que rien ne peut nous arriver cette année...

Cela se voit bien dans le débat «la Suisse entrera-t-elle ou pas en récession?» On parle d'un éventuel problème bancaire, mais on n'ose pas trop y penser et les idées qui sont lancées ne vont guère plus loin que «il faudra faire quelque chose». (...) Or, la récession, si on n'y est pas encore, on y va."