Nouvelles menaces sur les banques suisses
Lundi, 18 Juillet 2011 12:39
En dépit de l'essor économique qui a pu être observé en 2010, seuls quelques groupes bancaires sont parvenus à améliorer leurs performances opérationnelles.
Hormis les grands groupes - notamment UBS -, les résultats économiques de la majorité des banques cantonales, régionales et privées helvétiques ont accusé une baisse. La sévérité accrue, voire le renouvellement partiel des textes réglementaires et de nouvelles directives applicables aux marchés financiers vont inciter les établissements à modifier leurs modèles commerciaux et influer sur la création de valeur, conclut une enquête réalisée par la société de conseil zurichoise IFBC «Wertschaffung in der Schweizer Bankenbranche» (Création de valeur dans le secteur bancaire suisse) qui a étudié la situation économique de quelque 70 établissements financiers suisses.
Outre la création de valeur sur le court terme, mesurée à l'aune du concept de résultat économique, ce sont également les améliorations des performances sur le long terme et les prévisions en matière de futures performance qui sont analysées. Le résultat économique d'une banque prend en compte non seulement les charges au compte de résultat mais également le coût, ajusté des risques, des capitaux propres engagés.
Comme l'explique Rudolf Volkart, Senior Partner chez IFBC, le résultat économique peut être considéré comme étant un indicateur déterminant regroupant l'ensemble des facteurs influençant leur performances opérationnelles (croissance, rentabilité des coûts et du capital).
Sur les 24 banques cantonales étudiées pour l'année 2010, seuls six établissements - parmi lesquels les banques des cantons de Vaud, du Valais, de Fribourg et de Neuchâtel - ont dégagé un résultat économique positif (bénéfice net après déduction des coûts des fonds propres). Cette baisse de la performance s'explique principalement par une moindre rentabilité des capitaux. En outre, l'analyse montre que les revenus n'ont pas progressé, du fait de la diminution des marges dans les opérations sur différence d'intérêts et ce, malgré un volume globalement en hausse.
Comme l'année précédente, c'est la performance de la Banque Cantonale Vaudoise qui prend la tête du classement cette année. Cette dernière affiche en outre le résultat économique le plus élevé de toutes les banques cantonales sur le long terme (2004-2010). En ce qui concerne le moyen terme (2008-2010), la Banque cantonale du Valais a dégagé des chiffres légèrement plus élevés. Quant au groupe des banques régionales, seules deux institutions ont réalisé un résultat économique positif, à savoir la Banque Migros et la Neue Aargauer Bank. Malgré des résultats en partie satisfaisants, aucun des autres établissements n'a été en mesure d'obtenir un bénéfice net suffisant pour couvrir le coût du capital. Sur les long et moyen termes, la Neue Aargauer Bank, le groupe Raiffeisen et Valiant ont réalisé une performance supérieure à la moyenne du secteur bancaire.
En ce qui concerne les deux grandes banques, l'année 2010 s'est soldée par une rentabilité des fonds propres supérieure au coût du capital, c'est-à-dire un rendement excédentaire positif de 5,1% pour UBS et 2,5% pour le Credit Suisse.
Pour UBS, 2010 représente le retour à un résultat économique positif, après quatre années dans le rouge. Quant au résultat économique du Credit Suisse, il se maintient à peu près au niveau de l'exercice précédent. S'agissant de l'évolution future de la performance opérationnelle, les actionnaires semblent néanmoins privilégier la prudence - c'est ce qui ressort de notre analyse.
En 2010, près de la moitié des banques privées étudiées ont enregistré un recul de leur résultat économique, attribuable principalement à la baisse des revenus de commissions et de prestations, ainsi qu'à une évolution défavorable des vecteurs de valeur que sont la rentabilité du capital et des coûts. L'analyse de la composition structurelle des valeurs d'entreprises actuelles met en évidence le fait que celles-ci sont avant tout fondées sur les attentes des investisseurs en matière d'évolution future de la performance. Affichant une orientation plus ou moins marquée vers la Suisse romande, les établissements HSBC Private Bank (Suisse) SA, l'Union Bancaire Privée et la banque Rothschild sont à l'origine des meilleures performances de toutes les banques privées.
Dans le sillage de la crise des marchés financiers, on assiste actuellement à un durcissement, voire à un renouvellement partiel des textes réglementaires nationaux et internationaux, de même qu'à l'élaboration de nouveaux décrets-lois relatifs aux marchés financiers. Cela ne manquera pas d'exercer une influence majeure sur la création de valeur des banques suisses. Les coûts supplémentaires encourus, directs et indirects, liés entre autres aux risques juridiques accrus, vont exercer un surcroît de pression sur les marges de l'activité bancaire, déjà sujettes au resserrement. Reste à savoir dans quelle mesure il sera possible de répercuter ces coûts sur les produits et les clients, ce qui dépendra à l'avenir de la concurrence sur le secteur bancaire, laquelle tend à s'intensifier.





