Le Crédit Suisse se veut rassurant
Dimanche, 05 Octobre 2008 02:25
L'économie suisse n'entrera pas en récession en 2009. Les économistes du Credit Suisse tablent sur un ralentissement de la croissance et un recul de l'inflation.
Selon les experts de la grande banque helvétique, la Suisse n'échappera pas au fléchissement de la croissance au niveau mondial, mais elle résistera bien à la crise économique mondiale. La croissance économique sera inférieure à son potentiel, mais le repli de la conjoncture restera toutefois limité, d'autant qu'en 2009 l'économie suisse enregistrera une croissance d'au moins 1% pour la sixième année consécutive. Cela n'était pas arrivé depuis la fin des années 1980.
Comme ce fut le cas en 2008, les économistes du Credit Suisse s'attendent à des impulsions de croissance plus faibles aux Etats-Unis et en Europe. Les économies émergentes devraient en revanche contribuer pour l'essentiel à la croissance de l'économie mondiale grâce à une forte demande intérieure, à une restructuration de leurs exportations ainsi qu'à une certaine marge de manoeuvre dans leurs politiques fiscale et monétaire. Aujourd'hui déjà, la Chine génère près d'un quart de la croissance économique mondiale.
Les conditions plus strictes du crédit pèsent fortement sur la croissance Compte tenu d'un taux de chômage en hausse, de conditions plus strictes du crédit et de prix de l'énergie toujours aussi élevés, la contribution de la consommation privée américaine à la croissance sera inférieure à la moyenne. Les corrections observées dans la construction se poursuivront, bien que les prix de l'immobilier aux Etats-Unis demeurent sous pression en raison d'une offre massivement excédentaire. Selon les économistes du Credit Suisse, les effets du durcissement des conditions du crédit sur l'économie réelle constituent la principale menace pour la croissance, en particulier aux Etats-Unis et en Europe. Toutefois, le commerce extérieur devrait continuer à soutenir la croissance américaine l'année prochaine. Les experts du Credit Suisse pensent néanmoins que la croissance de l'économie américaine sera inférieure à son potentiel tant en 2008 qu'en 2009.
Le fléchissement de la croissance se fait désormais également sentir dans la zone euro avec, d'une part, un net ralentissement des exportations et, d'autre part, un recul de la demande intérieure. Outre les problèmes liés au marché immobilier, notamment en Espagne, les prix élevés de l'énergie ont entraîné une diminution sensible de la demande des ménages. Même les investissements ont perdu de leur dynamisme. Les économistes du Credit Suisse prévoient donc un recul de la croissance du PIB réel dans la zone euro de 1,3% environ en 2008 à moins de 1% l'année prochaine. Les taux d'inflation ayant franchi leur sommet dans cette zone également, la Banque centrale européenne (BCE) aura la possibilité de baisser ses taux en 2009.
La nouvelle aggravation de la crise sur les marchés financiers a une fois encore compromis les perspectives du dollar américain et pourrait même entraîner un net affaiblissement de celui-ci à moyen terme. Selon les experts du Credit Suisse, le dollar américain se trouve certes dans un processus de stabilisation au cours plancher sur le long terme, mais une appréciation durable de la devise américaine nécessite des taux d'intérêt bien plus élevés.
La croissance de l'économie suisse est inférieure à son potentiel
Jusqu'à présent, l'économie suisse s'est montrée particulièrement robuste. La baisse a surtout influé négativement sur la perception des acteurs économiques, mais n'est guère reflétée par les données économiques. Le PIB progressera encore de 1,9% en 2008, ce qui constitue une valeur satisfaisante pour la Suisse. La phase d'expansion la plus longue depuis le début des années 1980 se poursuit donc.
La Suisse ne pourra toutefois pas échapper au ralentissement de la croissance sur le plan international, de sorte que la hausse du PIB fléchira encore l'année prochaine. Les économistes du Credit Suisse s'attendent à un taux de croissance de 1%. C'est la première fois depuis cinq ans que l'évolution du PIB est inférieure au potentiel de croissance, sans contrainte excessive des capacités de production. L'économie suisse se trouvant à la croisée des chemins, les indicateurs prévisionnels doivent être considérés avec prudence pour 2009. On peut néanmoins exclure clairement tant une récession qu'un nouveau boom économique.
L'effet de base et la croissance économique plus faible freinent
l'inflation
En 2008, l'inflation a atteint des niveaux que l'on n'avait plus observés depuis 15 ans, principalement en raison des pics sur les marchés du pétrole brut. En l'absence de nouveaux prix record, ces pics auront un effet déflationniste jusqu'au milieu de l'année prochaine au moins. Les produits pétroliers s'étant renchéris presque mois après mois jusqu'à atteindre un sommet en juin 2008, la différence de prix avec le mois équivalent de l'année précédente décroît. De plus, la pression inflationniste au niveau de la demande diminue à cause du ralentissement conjoncturel. Même le manque de personnel et d'infrastructure se fait moins cruellement sentir du fait du fléchissement de la demande, ce qui réduit également le risque d'une répercussion des hausses de coûts. Ces effets de «second tour» auraient accentué l'inflation. Face à ce constat, les économistes du Credit Suisse prévoient un taux de renchérissement de 2,2% pour 2008 et de 1,4% pour 2009. Même si aucune intervention de la Banque nationale suisse (BNS) sur les taux n'est attendue dans un avenir proche, le ralentissement conjoncturel et les perspectives d'inflation inchangées à moyen terme devraient fournir à la BNS une certaine marge de manoeuvre en vue d'une baisse des taux d'intérêt.
Des raisons structurelles et conjoncturelles à cette progression
Bien que la Suisse dépende fortement de l'étranger et que la contribution du secteur financier à son PIB (plus de 10%) soit l'une des plus élevées, le PIB helvétique progresse malgré la crise sur les marchés financiers et les turbulences au niveau mondial. Une analyse approfondie révèle que cela tient à des raisons tant conjoncturelles que structurelles: la crise financière et le ralentissement de la croissance sur les principaux marchés d'exportation que sont l'Europe et les Etats-Unis ont frappé la Suisse en pleine embellie conjoncturelle (carnets de commande pleins, bilans sains, salaires proportionnellement élevés et propension à acheter des consommateurs). Sur le plan structurel, le marché suisse du crédit est en bonne santé - les enseignements des années 1990 ont été tirés - et le changement d'orientation dans la politique migratoire a accru le potentiel de croissance en atténuant le manque de main-d'oeuvre et en augmentant le nombre de consommateurs.
La consommation privée suisse soutient la croissance
Les changements au niveau de la demande économique se répercutent généralement avec retard sur le marché du travail. L'emploi devrait donc continuer à augmenter jusqu'au milieu de l'année 2009 au moins, mais à un rythme moins soutenu. La consommation privée étant fortement influencée par la situation sur le marché du travail, elle devrait encore soutenir la croissance en 2009, mais avec moins de vigueur.
L'immigration renforce également la consommation privée, car elle entraîne non seulement une hausse du nombre d'habitants, mais également de celui des consommateurs. Selon les économistes du Credit Suisse, les flux migratoires nets devraient enregistrer une hausse de 100'000 personnes environ en 2008 et de quelque 60'000 personnes l'année prochaine. En outre, les étrangers qui s'établissent en Suisse présentent un fort pouvoir d'achat, car ils sont majoritairement bien qualifiés.
En 2009, les experts du Credit Suisse prévoient une augmentation de la masse salariale moyenne de 2,4%, incluant la progression de l'emploi et les prestations spéciales. Comme le pic d'inflation et la charge fiscale devraient s'atténuer l'année prochaine (déductions liées aux enfants, taux forfaitaire, double imposition), le pouvoir d'achat de nombreux ménages devrait croître en valeur réelle en dépit de la hausse des primes des caisses-maladie (environ 4%).
Perspectives d'exportation inchangées pour la Suisse
Il y a quatre ans, l'essor économique suisse reposait sur les exportations. Compte tenu du ralentissement conjoncturel dans les principaux pays acheteurs (zone euro, Etats-Unis), les exportations suisses devraient perdre un peu de leur vigueur, mais le commerce extérieur continuera à soutenir la croissance pour deux raisons: premièrement, le portefeuille des pays acheteurs de produits suisses est bien diversifié et la dépendance vis-à-vis de certains Etats a baissé.
A l'heure actuelle, près de 5% des exportations s'effectuent vers les économies émergentes, dont la Chine. Deuxièmement, de nombreuses branches profitent des prix élevés du pétrole, soit en tant que fournisseurs du secteur énergétique, soit en tant que débouchés pour les pétrodollars. Les économistes du Credit Suisse estiment que la croissance des exportations se situera à 3,4% en 2008 et à 1,5% en 2009. Les perspectives à moyen terme demeurent inchangées.
Recul notable des investissements en biens d'équipement
Parmi les composants du PIB, les investissements en biens d'équipement enregistrent la croissance la plus faible, car les perspectives de rendement incertaines des entreprises se répercutent rapidement à leur niveau et les capacités de production ont été augmentées notablement ces dernières années. La modernité de nombreux biens d'investissement atténue donc la demande en investissements de remplacement. Les faibles taux (en comparaison historique) ont en revanche un effet stimulant.
De plus, après plusieurs années de haute conjoncture, les bilans des entreprises sont sains; le financement des investissements s'en trouve donc facilité. Pour 2008, les économistes du Credit Suisse prévoient une croissance de 2,5% des investissements en biens d'équipement. L'année prochaine, le volume d'investissement devrait toutefois reculer à 1,5%.





