Le Seco prédit une récession marquée en 2009
Jeudi, 19 Mars 2009 02:16
Les perspectives économiques se sont considérablement assombries, pour la Suisse également, depuis décembre 2008, prévoit le Secrétariat à l'économie.
La récession devrait être nettement plus marquée que ce qui avait été envisagé. En Suisse, le groupe d'experts du Secrétariat fédéral à l'économie (Seco) table désormais sur un recul des performances économiques de -2,2% en 2009. A condition que l'on assiste à un apaisement progressif de la crise financière internationale au cours de ces prochains mois et à une lente amorce de reprise de l'économie mondiale, l'économie suisse devrait retrouver une croissance légèrement positive en 2010 (+0,1%). Toutefois, la situation du marché du travail devrait continuer à se détériorer en 2010.
La conjoncture internationale fléchit dans tous les espaces économiques
Les perspectives conjoncturelles de l'économie mondiale, qui étaient déjà sombres à la fin de l'an passé, se sont encore considérablement dégradées depuis le début de 2009. Depuis l'automne passé, et pour la première fois depuis des décennies, tous les grands espaces économiques (Amérique du Nord, Europe, Asie) sont entrés simultanément dans une phase de fléchissement conjoncturel marqué (quand il ne s'agit pas de forte récession), ce qui a entraîné un fléchissement du commerce mondial et renforcé la spirale négative dans laquelle s'est engagée l'économie mondiale.
De plus, les difficultés économiques continueront d'être affectées par les effets de la crise financière internationale, qui ne manifeste toujours pas de signe de retour au calme durable. Différents indices positifs tels que la baisse des primes de risque sur les marchés interbancaires ont été masqués par les pertes accrues de nombreux établissements financiers ainsi que par la poursuite de la baisse des marchés des actions en 2009.
Légère éclaircie aux Etats-Unis
Dans la plupart des pays industrialisés (Etats-Unis, UE, Japon), le premier trimestre 2009 s'annonce avec un nouveau recul massif du PIB, à l'image d'un dernier trimestre 2008 qui avait été défavorable. La légère éclaircie, toutefois à un niveau très bas, constatée depuis le début de l'année en ce qui concerne les anticipations des entreprises américaines et européennes pourrait malgré tout constituer un premier signe positif donnant à penser que les indicateurs avancés ont peu à peu atteint le creux de la vague, quand bien même il convient d'attendre ces prochains mois une confirmation de cette tendance.
Selon le groupe d'experts, les effets positifs des mesures de soutien économique prises partout dans le monde (politique monétaire très expansive et programmes budgétaires étendus) vont se déployer progressivement. En outre, l'assainissement en cours des marchés financiers internationaux, qui a débuté en automne 2007 et a déjà bien progressé en de maints endroits, permet d'espérer la résorption progressive de la crise financière internationale. Ces prémisses donnent à penser que la conjoncture internationale se stabilisera peu à peu à partir des Etats-Unis dès le second semestre 2009.
Très forte dégradation en moyenne annuelle
En raison du début d'année défavorable, le recul des performances économiques des Etats-Unis et des pays de l'UE atteindra en 2009 un niveau inconnu en moyenne annuelle depuis des décennies (-2 à -3%); dans certains pays, à l'instar du Japon, il sera encore plus marqué. Contrairement aux pays industrialisés, les pays émergents et en développement, qui sont eux aussi durement touchés, enregistreront malgré tout des taux de croissance positifs en 2009, même si ces derniers seront nettement plus bas que les années précédentes.
En 2010, la tendance à l'amélioration de la conjoncture internationale, qui continuera à bénéficier du soutien des politiques monétaire et budgétaire, devrait se poursuivre, même si la reprise restera très timide. L'expérience montre qu'il est plus difficile de sortir de récessions qui ont débuté par des crises immobilière et bancaire étant donné que les processus d'ajustement (de « deleveraging », soit de diminution des dettes) du secteur financier et des ménages privés américains et d'autres pays peuvent freiner encore longtemps la dynamique positive qui s'instaure.
Net recul au premier semestre 2009
Le recul marqué de l'économie mondiale s'est traduit en Suisse par la chute de la croissance des exportations depuis l'automne et le pays est tombé lui aussi en récession malgré la santé de son marché intérieur. Comparé à d'autres pays, le recul du PIB est certes resté relativement modeste au quatrième trimestre 2008 (-0,3% par rapport au trimestre précédent, -0,6% par rapport à l'année précédente). Cela devrait toutefois changer.
Les mauvais résultats des enquêtes conjoncturelles, qui se sont nettement détériorés au cours de ces derniers mois, donnent à penser que les performances économiques seront en net recul au cours du premier semestre 2009. En raison du contexte économique mondial qui a continué à se dégrader depuis la fin 2008, il convient désormais d'envisager un recul de la conjoncture nettement plus marqué en Suisse, en 2009, que ce qui était admis il y a quelques mois encore.
Les exportations (biens et services) ainsi que les investissements des entreprises en biens d'équipement, généralement très cycliques, donneront des impulsions très négatives en 2009. La consommation privée ainsi que, avec certaines restrictions, les investissements dans la construction devraient encore contribuer à soutenir la conjoncture. Toutefois, il faut s'attendre à ce que les effets négatifs du coup de frein du commerce extérieur pèsent toujours plus sur la conjoncture intérieure étant donné, notamment, que la consommation privée reflétera la détérioration de la situation du marché du travail.
D'une manière globale, les perspectives conjoncturelles pour cette année en particulier, mais aussi pour l'année prochaine, s'annoncent nettement plus mauvaises que les dernières prévisions du groupe d'experts de décembre 2008 le donnaient à penser. Ce dernier chiffre désormais le recul du PIB en 2009 de -2,2% (contre -0,8% auparavant). A la condition d'une stabilisation progressive des marchés financiers internationaux et de la conjoncture mondiale, la conjoncture en Suisse devrait elle aussi passer le creux de la vague sur la fin de l'année et amorcer une timide reprise en 2010 à partir du secteur des exportations. Il devrait en résulter une légère croissance positive du PIB (+0,1%, contre +1% jusqu'à présent) en moyenne annuelle 2010.
En raison de la forte récession, le marché du travail n'échappera pas à une nette détérioration en 2009 et en 2010. L'emploi (en équivalents plein-temps) avait encore légèrement progressé au cours du quatrième trimestre 2008 ; dans les trimestres à venir, il devrait nettement reculer. Ce n'est que dans le courant de 2010 et avec la reprise conjoncturelle que le recul de l'emploi devrait lentement se ralentir. La récession entraînera également une forte augmentation supplémentaire du chômage. Le taux de chômage enflera pour passer à 3,8% en 2009 et à 5,2% en 2010.
Risques conjoncturels élévés, mais quelques lueurs d'espoir à l'horizon
La gravité et la durée de la récession, ainsi que le moment du début de la reprise conjoncturelle en Suisse dépendent du contexte conjoncturel mondial. Ce dernier est particulièrement incertain en raison de l'interaction inhabituelle entre un refroidissement conjoncturel synchrone à l'échelle du globe d'une part, et les adaptations structurelles des marchés financiers (processus de désendettement), d'autre part.
Actuellement, il n'y a encore guère de signes d'un changement de tendance sur le plan de la conjoncture mondiale ou d'un retour au calme durable des marchés financiers secoués par la crise. Dans le cas défavorable de la poursuite de la spirale négative où se trouvent l'économie financière et l'économie réelle, et d'une poursuite du recul conjoncturel aux Etats-Unis et dans l'UE en 2010, la récession en Suisse serait encore plus marquée et se prolongerait.
Le groupe d'experts juge toutefois que les chances sont bonnes de contenir et de surmonter progressivement la récession mondiale au vu des fortes impulsions données partout dans le monde sur le plan de la politique économique ainsi que de l'assainissement en cours des marchés financiers.





