Les risque de fraude augmentent avec la récession

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Le climat de crise économique qui touche les entreprises laisse entrevoir des tendances inquiétantes en ce qui concerne les pratiques commerciales jugées acceptables par les employés des entreprises.

Au total, plus de 2200 employés de grandes entreprises, dans 22 pays européens, ont participé à l'enquête du cabinet de conseil Ernst & Youg. Si les réponses varient selon les juridictions, certains thèmes sont récurrents. Fait alarmant, selon la moitié des personnes interrogées en Europe et 40% des participants suisses, un ou plusieurs types de comportement contraire à l'éthique sont considérés comme acceptables. A titre d'exemple, 25% des participants européens et 20% des participants suisses jugent acceptable le fait de donner un bakchich pour obtenir du travail. Payer pour obtenir du travail, et même falsifier délibérément les performances financières pour dissimuler des résultats décevants, sont des comportements que cautionnent un nombre alarmant de participants.

On relève même qu'une minorité non négligeable des participants européens (8%) considèrent le fait de déformer les performances financières de leur entreprise comme justifiable pour survivre aux perturbations économiques actuelles. Seuls 2% des participants suisses partagent ce point de vue.

 

Un sérieux problème qui s'aggrave

Le ralentissement économique révèle davantage les fraudes parce que l'effet masquant de la croissance économique a disparu. Plus encore, la pression subie par les cadres dirigeants pour maintenir le niveau du chiffre d'affaires et des bénéfices s'intensifie, et la tentation de recourir à la fraude s'accroît.

Les changements structurels fréquents ainsi que le manque de clarté au niveau des responsabilités sont propices à des comportements frauduleux dans les périodes prospères. Bien entendu, un tel phénomène s'accentue dans un contexte de récession, où des problèmes de ce genre sont plus fréquents.

En Suisse, 30% des personnes interrogées pensent que la fraude augmente lors de fusions ou acquisitions (45% en Europe). Selon 88% des participants helvétiques, les licenciements constituent une des causes premières de l'augmentation des risques de fraude à la suite d'une fusion.

Pas moins de 37% d'entre eux pensent que les pratiques et procédures normales risquent d'être négligées en cas de licenciements; 60% d'entre eux - c'est plus que la moyenne européenne - pensent que les normes de comportement différentes de deux entreprises qui fusionnent posent un défi majeur dans le cadre de la lutte contre la fraude.

 

Le pessimisme gagne l'ensemble de l'Europe

Plus de la moitié des personnes interrogées (53% des Suisses et 55% des Européens) pensent que la fraude dans les entreprises va s'accentuer dans les années à venir. On s'attend à cette augmentation de la fraude dans les entreprises en raison des changements mis en place en réponse au ralentissement économique, mais aussi en raison d'un affaiblissement de la lutte contre la fraude, des pressions destinées à protéger le futur de l'entreprise et à maintenir les bonus et les rémunérations à un niveau élevé. En Suisse, seules 5% des personnes interrogées pensent que la fraude dans les entreprises va diminuer.

 

La direction est considérée comme une partie du problème

De ce point de vue, les participants suisses ne se démarquent pas beaucoup de leurs homologues européens: selon eux, tous les échelons de direction des entreprises, loin d'être exemplaires, font partie du problème. C'est même à ce niveau-là qu'on trouve d'après eux le plus grand risque de fraude; 38% d'entre eux citent la direction générale et 36% les cadres moyens comme les niveaux d'organisation où le risque de fraude est le plus important.

Environ 71% des personnes interrogées en Suisse expriment des doutes quant à l'intégrité des dirigeants de leur entreprise. Ce chiffre est presque identique à la moyenne européenne (69%). En outre, 88% des sondés pensent que les membres de la direction sont enclins à transgresser les règles afin de répondre aux objectifs fixés en période de crise économique.

Seuls 22% des participants suisses (24% des Européens) pensent que les dirigeants de leur entreprise agissent avec beaucoup d'intégrité personnelle.

Compte tenu de cette défiance à l'égard de la direction qu'expriment les personnes interrogées, les employés attendent des autorités de surveillance davantage de mesures destinées à les protéger et à faire en sorte que leurs supérieurs soient obligés d'intensifier leurs efforts pour protéger les entreprises de la fraude.

L'enquête souligne le fait que les Suisses croient plus fermement que la moyenne européenne en la nécessité de renforcer la présence des gouvernements et des autorités ainsi que la surveillance destinée à combattre activement et à réduire les risques de fraude.

En outre, 66% des participants suisses estiment que les dirigeants devraient être tenus personnellement responsables des défaillances dues à la fraude survenant sous leur direction.

Est-ce le moment de réagir?

Ainsi que le souligne Michael Faske, responsable Fraud Investigation & Dispute Services chez Ernst & Young en Suisse en guise de conclusion de cette étude, le fait que la fraude est l'un des sujets prioritaires dans l'ordre du jour des entreprises a aussi de bons côtés: «La bonne nouvelle, c'est que la période difficile que nous vivons actuellement peut nous permettre d'initier des changements plus rapidement et plus efficacement qu'en des périodes plus prospères. Il est maintenant temps, pour les dirigeants, de prendre des mesures énergiques et rapides afin de renforcer l'importance d'un comportement éthique dans le cadre des pratiques commerciales».