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En dépit de la crise de l'économie mondiale, près des deux tiers des assureurs prévoient une croissance en dehors de leur marché indigène au cours des 12 prochains mois.

 

Par Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch

 

L'enquête a été réalisée par la société Accenture auprès de plus de 100 leaders de l'assurance vie, de l'assurance choses et de l'assurance-accident dans 16 des plus importants marchés de l'assurance. Les assureurs prévoient qu'ils vont profiter d'une expansion sur le plan international en dépit ou justement grâce à l'actuelle crise économique et financière.

Les trois quarts (75%) des personnes interrogées ont déclaré qu'elles considèrent que l'actuelle crise économique et financière va déboucher sur des possibilités de croissance accrues en dehors de leur marché indigène dans les trois prochaines années. Sur la question des moteurs de l'expansion internationale attendue de leurs entreprises au cours des trois prochaines années, les réponses les plus fréquentes étaient que les risques et les cycles d'expansion allaient s'équilibrer.

Plus de huit assureurs sur dix (84%) de neuf pays industrialisés et de neuf assureurs sur dix (92%) de pays émergents ont indiqué que les marchés des pays émergents étaient pour eux une priorité de leur volonté d'expansion en dehors de leur marché d'origine. A la question de savoir dans quelles régions les assureurs vont investir au cours des trois prochaines années, les pays de la zone "BRIC", à savoir le Brésil, la Russie, l'Inde et la Chine, sont les plus souvent cités par les personnes interrogées (48% ), suivis par d'autres pays d'Asie (43%) et d'Europe de l'Ouest (36%).

Au sein des pays de la zone BRIC, c'est la Chine a été le plus souvent évoquée, suivie par le Brésil, l'Inde et enfin la Russie. Sur la question des moteurs de l'expansion internationale, les assureurs voient une chance sur les marchés des pays émergents en raison des prix attractifs  pour les fusions et acquisitions (à raison de 64% des personnes interrogées dans les pays émergents).

Les assureurs aspirent à une meilleure intégration de la gestion globale de leurs exploitations sur plusieurs pays et - ou - régions. Plus de quatre des cinq assureurs ont déclaré que le but d'améliorer l'efficacité de leur expansion internationale se reflète actuellement par les modifications au niveau de leur back-office et dans la planification des fonctions (82% des répondants); dans les modifications auxquelles ils ont procédé ou qu'ils prévoient au niveau de leur infrastructure et fonctions informatiques (81% des personnes interrogées).

 

Comme ce fut déjà le cas en 2008, l'étude de l'IMD confirme l'excellente position de la Suisse en terme de compétitivité sur le plan international.

Située en quatrième position derrière respectivement les Etats-Unis, Hong Kong et Singapour, la Suisse est confrontée à des défis qu'elle se devra de relever au cours de ces prochaines années. Cela provient en partie du fait que, depuis l'automne 2008, elle enregistre une sérieuse baisse de son attractivité: le flux des investissements est passé de 12% à 3% du PIB entre 2007 et 2008.

Depuis, l'érosion s'est poursuivie et l'on prévoit que la croissance des exportations va chuter cette année, notamment du fait que l'Allemagne, principale partenaire commerciale de la Suisse, a annoncé que 2009 serait catastrophique pour son économie. Les effets de la crise vont donc se faire ressentir ces prochains mois.

 

Une détérioration qui fait tache d'huile

La détérioration que l'on a constatée sur le marché du travail dans la construction à la fin de 2008 s'est ensuite étendue au secteur des services (hôtellerie, banques, etc.). Par conséquent, le niveau de la consommation privée, qui s'était maintenu en 2008, devrait baisser en 2009, précise l'IMD dans son étude. Les citoyens suisses retarderont de quelques mois leurs achats et auront tendance à économiser.

La compétitivité ne se mesure pourtant pas uniquement en terme de croissance du PIB. Si l'on compare la Suisse à de nombreux autres pays, ses principaux piliers économiques, politiques et financiers présentent une stabilité remarquable. L'excellente position de notre pays sur l'échiquier mondial est due en priorité à la qualité de son environnement, à l'efficacité de son gouvernement (un critère où la Suisse sort en troisième position parmi les 57 pays étudiés), aux affaires (3e) et à son infrastructure (4e).

 

Une confiance renouvelée malgré un certain pessimisme

Les valeurs moyennes obtenues dans le cadre de cette enquête se sont quelque peu détériorées depuis le début de 2009, mais il s'agit d'un phénomène qui touche la majorité des pays. Les effets de la crise ont été ressentis par les dirigeants suisses au cours du premier trimestre. La question touchant à la résilience de l'économie suisse par rapport aux cycles (ou chocs) économiques l'ont faite reculer de la troisième à la neuvième place. Les dirigeants sont plus pessimistes cette année et pensent que les mesures structurelles vont prendre un certain temps pour produire leurs effets.

Dans une perspective plus globale, le résultat de cette enquête reste néanmoins satisfaisant. Les impôts personnels et des entreprises ne découragent par les dirigeants à aller de l'avant et ne freinent pas les activités entrepreneuriales. Les PME, les relations de travail, la possibilité d'attirer du personnel étranger très qualifié, l'expérience de dirigeants rompus aux activités déployées sur le plan international ainsi que la forte adaptabilité des entreprises confirment la haute qualité de l'environnement de travail rencontrée en Suisse.

De plus, cette étude relève une excellente perception de l'infrastructure de distribution et de la qualité de la formation. Cela concerne surtout le niveau de l'enseignement universitaire, la disponibilité d'ingénieurs qualifiés et les connaissances linguistiques, facteurs essentiels pour répondre aux besoins d'une économie concurrentielle.

 

Suffisamment armée pour résister à la crise?

Si on les compare à celles des autres pays, les prédictions au sujet de la future compétitivité de la Suisse doivent prendre en compte l'entrée assez tardive de son économie dans la crise dont les véritables effets devraient se concrétiser en 2009 ou 2010.

Les Etats-Unis, qui contribuent à 23% au PIB mondial, restent le moteur de l'économie et font preuve d'une importante capacité d'adaptation, souligne l'étude de la prestigieuse école lausannoise. Si la Suisse devrait relativement bien résister à ces vents contraires, elle n'enregistrera pourtant qu'une croissance douce au cours de ces prochaines années, comme ce fut le cas dans les années 90. <

Actuellement mis sous pression sur le plan international, le secteur bancaire, qui représente approximativement 12% du PIB de la Suisse, doit restaurer la confiance que le marché lui accorde dans ses capacités à rebondir et se concentrer sur ses points forts, à savoir ses aptitudes financières et la qualité de ses services.

 

L'économie mondiale semble maintenant aborder une phase de ralentissement et ne va probablement pas reprendre vigueur avant l'année prochaine, selon Giles Keating, responsable du Global Economics and Strategy Group du Credit Suisse. Aucun signe ne laisse entrevoir que la crise du crédit soit derrière nous, ajoute-t-il.

 

Les marchés des actions se sont refait une santé. Cela signifie-t-il pour autant la fin du marché baissier?

Je pense que le mot d'ordre pour les investisseurs est «prudence». Le rebond des actions que nous avons constaté entre les derniers jours de juillet et le début du mois d'août pourrait quelque peu jouer les prolongations mais, en ce moment même, il ne marque probablement pas le début d'un rallye important et soutenu. Il pourrait même être prochainement suivi d'un léger retour de flamme. Le problème est que les incertitudes économiques sont encore trop nombreuses; il reste un point d'interrogation quant à la destination des profits et il y a encore trop d'incertitudes financières.

 

La crise du crédit n'est donc pas terminée?

Je crains que la crise du crédit ne soit pas finie. Si nous observons ce qui se passe sur le marché interbancaire, nous constatons que les taux auxquels les banques se prêtent mutuellement de l'argent sont toujours très élevés. Si nous nous tournons vers les marchés du crédit, nous voyons - malgré une légère amélioration par rapport aux niveaux les plus critiques - que la plupart d'entre eux n'ont pas participé à la hausse que nous avons observée sur les marchés des actions. Les banques et les autres établissements financiers ont toujours tendance à se désendetter. Globalement, les conditions financières sont donc rigoureuses. Aux Etats-Unis par exemple, les gens qui prennent des hypothèques paient des taux plus élevés que durant la crise, et ils ont même de la peine à en obtenir.

 

Certains espoirs demeurent que l'économie mondiale reprenne de la vitesse en fin de compte...

Je pense tout le contraire. Actuellement, l'économie mondiale semble aborder une phase de ralentissement. Je n'irais pas jusqu'à dire que ce fléchissement sera mauvais, mais je crois qu'il sera très important et que la croissance ralentira de manière significative par rapport au niveau où nous nous trouvons aujourd'hui. C'est tout à fait salutaire à bien des égards, car les choses allaient trop vite, ce qui avait naturellement tendance à faire monter les prix des matières premières, ceux du pétrole, etc. Ainsi, par certains côtés, ce ralentissement vient à point nommé. Mais je pense qu'il tendra à influencer de manière prépondérante la manière dont les investisseurs appréhenderont la situation, à l'inclusion des marchés des actions, ces prochains mois. Je pense que nous devons attendre de prendre pied dans l'année prochaine avant d'entrevoir l'amorce d'une reprise de la croissance.

 

Bien que les prix du pétrole aient nettement reculé depuis le niveau record qu'ils avaient atteint au tout début de juillet, ils semblent rester au centre de toutes les préoccupations. Comment jugez-vous la situation dans son ensemble?

Certes, les prix du pétrole demeurent très élevés et changent évidemment tous les jours. A l'instant même où nous parlons, ils se situent aux alentours de 112 ou 113 dollars le baril, ce qui reste un très haut niveau par rapport à ce que nous avons connu par le passé. Mais c'est un soulagement en comparaison des 147 dollars le baril qui ont constitué un pic jamais atteint. Je pense donc que la juste approche en termes de prix du pétrole consiste à dire qu'ils n'alimentent plus ce sentiment d'oppression qu'ils prodiguaient encore il y un mois ou deux. Néanmoins, ils constituent toujours un frein à la croissance dans les pays consommateurs de pétrole. Mais, soit dit en passant, ils donnent aussi un coup de pouce à la croissance dans certains pays producteurs d'or noir, ce qui contrebalance partiellement l'entrave que ces effets exercent sur les Etats-Unis et l'Europe.

 

Le conflit en Géorgie pourrait-il perturber l'approvisionnement en pétrole et en gaz, et de nouveau pousser les prix à la hausse?

A vrai dire, la situation en Géorgie évolue très rapidement; ainsi, chaque fois que les gens s'y intéressent de plus près, elle peut déjà avoir changé. Mais, pour le moment, ce qui est intéressant, c'est que le conflit n'a pas du tout fait monter les prix du pétrole - en fait, c'est tout le contraire qui s'est passé. Nous avons effectivement vu les prix du pétrole baisser au fur et à mesure que le conflit se poursuivait. Bien sûr, ce phénomène s'explique de différentes manières. Une première raison est que les prix du pétrole sont régis par une multitude d'autres facteurs. Par ailleurs, cette région a déjà été à l'origine d'un certain degré de perturbation dans les fournitures de pétrole. Mais il convient ici de retenir deux points: d'une part, il est possible, à moyen terme en tout cas, que les prix du gaz soient davantage affectés par cette situation. Et d'autre part, il convient de relever que le conflit en Géorgie doit effectivement être considéré en tant qu'élément d'un remodelage global plus large du contexte géopolitique.

 

Et qu'en est-il des prix des denrées alimentaires?

Nous constatons une légère détente dans les prix des denrées alimentaires parallèlement à l'accalmie enregistrée au niveau des prix du pétrole et de beaucoup d'autres matières premières. Comme toujours, les prix de l'alimentation sont tributaires d'un grand nombre de facteurs spéciaux, notamment des moissons. Dans l'ensemble, ils resteront à un niveau plus élevé que celui auquel nous étions habitués ces dernières années. Mais à l'instar du prix du pétrole, ce repli des prix des produits alimentaires est très utile parce qu'il provoque un léger relâchement de la pression sur le front de l'inflation en ce sens que les gens n'ont plus à se préoccuper du renchérissement autant qu'avant.

 

Le dollar a récemment gagné du terrain par rapport aux autres principales monnaies. Va-t-il continuer sur cette voie?

Je pense qu'il y a assurément une chance assortie d'une certitude; mes collègues du Global Economics and Strategy Group (GESG) pensent qu'il y a une chance que le dollar poursuive quelque peu sa progression. Comme vous savez, le billet vert a eu un accès de faiblesse face à l'euro en passant au-dessus de 1.60 et, en ce moment même, il se peut qu'il se soit raffermi en dessous du niveau de 1.50. Nous sommes donc ici en présence d'un net progrès. Mais pour l'heure, nous avons le sentiment que tout raffermissement ultérieur sera probablement modeste en comparaison de l'ampleur du mouvement que nous venons de connaître. Le problème ici est que les investisseurs ont clairement réalisé que l'économie américaine - relativement à l'Europe qui a déjà ses propres problèmes, et je pense que c'est cela qui est à l'origine de la tendance à la hausse du dollar - donne l'impression qu'elle n'a pas encore surmonté ses difficultés actuelles, en particulier en ce qui concerne les problèmes financiers qui persistent. Cela va probablement limiter la mesure dans laquelle le dollar peut se renforcer par rapport au niveau qu'il occupe en ce moment.

 

Les matières premières telles que l'or, le platine et l'argent prennent-elles le chemin d'un marché baissier maintenant que le dollar reprend du poil de la bête?

Nous avons le sentiment qu'elles ne se dirigent pas vers un marché franchement baissier, ce qui corrobore en partie le scénario selon lequel le dollar ne va pas beaucoup se renforcer et qui va aussi dans le sens de certains facteurs sous-jacents de l'offre et de la demande. Nous pensons - quand bien même la demande d'or a commencé à faiblir lorsque nous avons vu les prix grimper aux alentours de la barre de 1000 dollars l'once et au-dessus par exemple - que la demande sous-jacente pour l'or reste toujours plutôt robuste. L'Asie constitue un exemple à cet égard. En dehors de l'Asie, les économies à croissance rapide ont tendance à pousser les gens à détenir de l'or en tant que valeur refuge, alors que l'augmentation de l'offre reste relativement limitée. Ainsi, nous ne voyons pas ces métaux précieux prendre le chemin d'un marché baissier, mais les investisseurs devraient rester plutôt prudents s'ils s'attendent à ce que le rendement de l'or augmente de manière substantielle ces prochains mois.

 

En juin, les monnaies asiatiques et de l'Europe de l'Est se comportaient plutôt bien. Sont-elles toujours gagnantes?

Nous avons vu que la plupart des monnaies, y compris quelques devises asiatiques, n'ont plus été en mesure de performer aussi bien pendant que le dollar était fort. Nous estimons cependant que la tendance à long terme pour ces monnaies asiatiques est nettement orientée à la hausse, bien que des différences existent de l'une à l'autre. Le renminbi chinois, par exemple, va probablement continuer de se renforcer vis-à-vis du dollar parce qu'il reste sous-évalué, ce qui va de nouveau entraîner à la hausse quelques-unes des autres monnaies asiatiques parallèlement au renminbi, dans un mouvement à long terme. Mais en ce moment précis, le dollar conservant peut-être une force motrice un peu plus grande, les monnaies asiatiques peuvent en fait ne pas monter, voire reculer légèrement pendant que le billet vert reste dans cette phase de robustesse.

 

Avec tous ces développements, pouvez-vous faire la synthèse et nous dire où sont les opportunités de placement?

Rester prudent. Ce n'est pas le moment de se précipiter sur les actions. Il y aura un temps pour cela, peut-être plus tard dans l'année, peut-être au début de 2009, mais pas maintenant. S'agissant des monnaies, nous pensons que le dollar est en train de se constituer un niveau plancher qu'il conservera sur le long terme, mais nous ne nous attendons pas à ce qu'il reprenne l'ascenseur. Les investisseurs devraient tirer profit de la détente temporaire dont bénéficient certaines monnaies asiatiques pour trouver le moment de se repositionner sur ces monnaies. Les matières premières, considérées dans leur ensemble, peuvent en fait s'affaiblir encore un peu. Dans le complexe des commodities, nous pensons que la tendance à la hausse à long terme est toujours présente. Les investisseurs devraient commencer à se tourner vers certains métaux de base ou s'exposer au travers d'un fonds qui est en mesure de prendre ce genre de décisions et qui, en particulier, est à même de prendre des positions à découvert en ces temps difficiles pour les matières premières. Pour les marchés des valeurs à revenu fixe, le maître-mot doit être de conserver les obligations d'excellente qualité assorties de maturités relativement courtes - peut-être de deux à quatre ans selon le marché. Et en ce qui concerne les taux d'intérêt: à court terme, ils risquent de fléchir légèrement même si, à long terme, ils vont probablement rester aux alentours des niveaux actuels, voire augmenter.

 
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