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La santé des entreprises industrielles et des sociétés de services s'est sensiblement améliorée en 2010.

Selon une enquête réalisée par le cabinet de conseil d'entreprise suisse IFBC, 40% des sociétés helvétiques ont réalisé l'année dernière des performances opérationnelles d'un niveau égal à celui qu'il était avant la crise économique. Dans les secteurs de l'industrie et des services, 88% des entreprises ont pu améliorer leurs performances opérationnelles aussi bien par rapport à la période de 2003 à 2010 qu'en 2010, alors qu'ellles n'étaient que 5% dans cette situation un an auparavant.

La croissance du chiffre d'affaires, le rendement des investissements et des capitaux sont les trois éléments moteurs de cette amélioration de leurs bénéfices. Pas moins de 35% des entreprises ont réussi à améliorer ces trois paramètres, contre 6% durant l'année précédente.

 

Les industriels suisses considèrent que les milieux politiques et associatifs ne s'engagent pas suffisamment pour promouvoir de meilleures conditions-cadres.

Les cadres dirigeants helvétiques estiment que la Suisse délaisse trop son industrie manufacturière révèle une étude menée par le cabinet de conseil en stratégie Booz & Company en collaboration avec la Swiss-American Chamber of Commerce. Cadres supérieurs et experts de 25 entreprises importantes de Suisse, associations, think tanks et instituts de recherche ont constitué le panel des personnes et des organismes interrogés.

Les participants ont déploré le fait que, au cours des discussions actuelles autour de la place financière, l'industrie manufacturière suisse ait été complètement négligée alors qu'elle assure à elle seule 20% du PIB, qu'elle contribue à hauteur de deux fois et demie de plus à la valeur ajoutée en Suisse et, qu'avec près de 700'000 employés, elle occupe cinq fois plus de personnes que le secteur bancaire.

Ronald Haddock, partenaire de Booz & Company à Zurich et responsable de l'étude, clame: «Le déclin de l'industrie manufacturière dans les pays comme les Etats-Unis ou la Grande-Bretagne indique à l'évidence ce qui pourrait se passer si les défis que relève ledit secteur économique ne sont pas clairement identifiés, compris et affrontés à temps. Pour la Suisse, il est impératif d'agir si elle veut éviter de douloureux revers.»

 

Renaissance du site de production suisse de 2003 à 2008

Selon l'étude menée par Booz & Company, le site de production suisse a connu une reprise notable après avoir traversé une période de stagnation dans les années 90. Cette reprise s'est illustrée par des taux de croissance et d'emploi plus marqués. Entre 2003 et 2008, la croissance nominale annuelle de la valeur ajoutée a augmenté en moyenne de 6% et le taux de l'emploi s'est apprécié chaque année de 1,2%. Les entreprises des secteurs de la chimie et de la pharmacologie, celles de la production d'instruments médicaux, d'optique et de précision ainsi que l'horlogerie y ont le plus contribué.

Outre le développement conjoncturel positif en général, on admet à l'origine de cette reprise deux éléments déclencheurs: d'une part, la capacité des entreprises suisses à s'assurer une place de choix sur l'échiquier mondial en s'implantant dans des créneaux basés sur des processus complexes exigeant un haut degré de précision ainsi que des liens étroits entre les différents maillons de chaîne la création de valeur et, d'autre part, la capacité à mener une politique d'ouverture grâce, en particulier, à l'entrée en vigueur des accords bilatéraux.

 

Crise économique et concurrence entravent le développemen

Crise financière et crise de la dette - l'une et l'autre entravant le développement économique - conjuguées à la forte concurrence des pays émergents vont placer les entreprises du site de production suisse devant des défis de taille ces prochaines années. Pour la première fois depuis cinq ans, ce secteur enregistrait en 2009 un recul tant de la valeur ajoutée que du taux de l'emploi à hauteur respective de 3,6% et de 2,4%. Cette tendance est d'autant plus source d'inquiétude que le secteur financier se trouve dans une phase de bouleversements impliquant là aussi le recul prononcé de la valeur ajoutée et de l'emploi.

Niklas Hoppe, membre de la direction de Booz & Company à Zurich et coresponsable de l'étude, relève: «La délocalisation des parts de la production comporte toujours le risque d'un effet domino entraînant d'autres secteurs de la chaîne de création de valeur tels que les centres de développement, par exemple. Pour la Suisse, il est par conséquent incontournable d'améliorer constamment les conditions-cadres de l'industrie manufacturière en tenant compte de ses atouts traditionnels.»

 

Instances politiques et associations doivent se mobiliser

Les cadres dirigeants interrogés sont unanimes que les instances politiques et les associations économiques ne se préoccupent pour l'heure pas assez d'instaurer des conditions-cadres favorables à l'industrie manufacturière suisse. Les institutions responsables devraient pour le moins se préoccuper d'avantage de maintenir les atouts traditionnels de la Suisse. Selon l'étude, ces atouts reposent sur une excellente formation, la qualité et la flexibilité de la main-d'œuvre ainsi que l'attrait et l'ouverture de la Suisse pour le personnel étranger qualifié.

Une partie des cadres dirigeants interrogés jugent que ces exigences ne vont pas assez loin. Ils souhaitent que l'Etat s'implique davantage dans la promotion des « clusters » porteurs au sein desquels chercheurs, développeurs, entreprises manufacturières, fournisseurs et autres partenaires sont appelés à travailler en étroite collaboration. Il s'agit en l'occurrence de réseaux englobant la technologie environnementale, les nouveaux matériaux (nanotechnologie comprise), le secteur des transports ainsi que les énergies dites alternatives.

Ronald Haddock souligne: «Presque tous les centres entrepreneurials significatifs de l'échiquier mondial actuel ont bénéficié de l'aide directe ou indirecte de gouvernements lors de leur développement. Il s'agit par conséquent de mettre en équilibre le rôle catalyseur nécessaire de l'Etat et les limites de celui-ci dans la gouvernance des activités entrepreneuriales. Cet aspect devrait être débattu en Suisse aussi intensivement que le sont les défis auxquels doit faire face le secteur financier.»

Les avis des personnes interrogées divergent en ce qui concerne l'ingérence de l'Etat dans les activités entrepreneuriales. Il reste à savoir comment l'économie nationale suisse va combler les lacunes laissées par une place financière malmenée et un site de production dangereusement livré à la concurrence.

 


Selon les cadres dirigeants interrogés, quatre menaces planent sur le site de production suisse:

1) Concurrence: la concurrence plus vive des entreprises à croissance rapide des pays émergents va causer la perte de parts de marché et une redistribution de pans entiers de la chaîne de création de valeur.

2) Protectionnisme: une politique de plus en plus restrictive, surtout en ce qui concerne l'engagement de main-d'œuvre étrangère, va conduire à une carence en personnel qualifié.

3) Aversion pour le risque: le manque d'esprit pionnier et les structures inadaptées empêchent la création de nouvelles branches d'industrie.

4) Inaction: l'absence d'une prise de conscience des défis qui attendent les entreprises actives au plan international ainsi que le manque d'engagement des milieux politiques affectent la compétitivité du site de production suisse comparativement aux pays dynamiques dont les priorités et les objectifs en matière de politique économique sont clairement fixés.

 
Au sein des entreprises, de nouveaux équilibres entre les coûts, les services et les risques qu'implique la mondialisation de l'économie: approvisionnement global, délocalisation, mutualisation des moyens industriels et logistiques, implantation sur de nouveaux marchés, nécessité d'intégrer en amont dans la R&D les nouvelles contraintes de la chaîne d’approvisionnement.

 

Le contexte de développement des échanges internationaux et de concurrence des pays à bas coût pousse de nombreuses entreprises à l’internationalisation. De tels projets sont souvent dopés par une opportunité de réduction des coûts (achat, production, etc.) ou une opportunité de croissance sur de nouveaux marchés, mais ils ont des impacts mal mesurés sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise. Ces impacts peuvent potentiellement remettre en cause le retour sur investissement du projet, et donc l’opportunité initiale d’internationalisation. C’est alors que la réflexion globale sur la manière d’organiser les opérations s’impose et que des projets de compétitivité à l’échelle européenne, tirés par la proximité avec le client, peuvent regagner de l’attrait.

 

Recherche d'un équilibre coût-service plus performant
Avoir une conception globale de la marche des affaires ne consiste pas simplement à implanter l’une ou l’autre partie de sa chaîne de valeur dans plusieurs pays dans l’espoir d’améliorer sa compétitivité. Au-delà d’une simple présence au niveau international, la globalisation doit être vue dans l’optique de la recherche d’un équilibre coût-service plus performant sur l’ensemble de la chaîne afin de garantir in fine un coût total d’acquisition qui justifie l’opération de délocalisation ou de mutualisation.
Selon Vincent Pomponne, directeur chez Capgemini Consulting, «la rentabilité des entreprises se jouera demain dans la capacité à savoir combiner des opportunités de localisation à bas coûts et de mutualisation d’infrastructures entre activités ou zones géographiques, tout en augmentant sa proximité client».

 

Considérer le problème de manière globale
La rentabilité d’un projet d’internationalisation s’analyse et se mesure globalement, au départ du projet et pendant toute sa durée. Les opportunités de transférer un maillon de la chaîne d’approvisionnement dans un pays à bas coûts sont en général tirées par une opportunité coût ou chiffre d’affaires sur ce maillon. Le mouvement d’une partie de la chaîne d’approvisionnement a cependant des impacts sur d’autres fonctions de l’entreprise, voire sur l’image de marque de l’entreprise sur son marché. Il est indispensable de mesurer le rapport coût total/risque, pour d’abord valider l’opportunité, et pour, ensuite, réaliser les bons arbitrages entre les coûts et le service obtenu pendant les phases de conception détaillée et de mise en oeuvre de la solution.
A titre d’exemple, des coûts d’achat de 20 à 30% sur un produit ne suffisent parfois pas à compenser les surcoûts et les difficultés rencontrées lors de l’internationalisation: une qualité non maîtrisée, des délais d’approvisionnement longs et incertains liés au transport maritime (sous-capacité des ports) générant une augmentation significative des stocks en aval, l’augmentation des coûts de conditionnement et de transport, les besoins de formation et de suivi de la qualité incessants car liés au fort taux de rotation des effectifs sur les sites industriels.

 

Les pays développés résistent à la concurrence des pays à bas coûts
Face à la concurrence des pays à bas coûts, la délocalisation n’est pas la seule solution. Les pays développés proposent encore des avantages indéniables sur la plan compétitifs qui, associés à la proximité clients peuvent permettre de se différencier. Le soutien apporté par les pôles de compétitivité, les projets de gestion allégée (ou «lean management») sur l’ensemble d’une chaîne de valeur, la globalisation des flux et des capacités au niveau européen sont quelques-uns des exemples développés, qui peuvent consolider l’attrait d’implantations européennes.

 

Intégrer l'internalisation dès la conception des produits
Enfin, comme 80% des coûts du produit fini rendu au client sont engagés dès la conception du produit, la problématique de l’internationalisation de tout ou partie de la chaîne d’approvisionnement doit être intégrée dès l’étape de développement produit.
La conception même du produit, de sa structure (plus ou moins modulaire), de son conditionnement (plus ou moins résistant et encombrant), de ses normes (plus ou moins universelles), a un impact très fort sur la possibilité qui sera offerte ensuite d’en concevoir un sous-ensemble à un bout du monde, de le fabriquer, de l’assembler dans un autre pays, puis de le distribuer partout dans le monde. L’enjeu des activités actuelles de recherche et des développements est donc d’intégrer ces besoins au plus tôt en déployant une approche basée sur la chaîne d’approvisionnement.

 

 
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