Les petites combines du téléphone
Le téléphone est une arme redoutable pour récolter des informations. Si les standardistes et secrétaires ne disposent pas d'un minimum d'instruction sur ce que l'on peut dire ou pas, cela peut causer des dégâts inestimables.
Pierre-Henri Badel, adi-presse
Avec un peu d'habileté et sans prendre de grands risques, on peut très facilement savoir si un produit est livrable rapidement, quels sont les délais de livraison, quels problèmes de production rencontre l'entreprise et quelles marchandises sont en rupture de stock.
Ainsi, une société qui s'intéresse au même marché peut déduire qu'elle n'a pas besoin de trop «limer» ses prix puisque son concurrent n'est pas en mesure de faire une offre comparative intéressante. Ou elle peut informer un client potentiel qu'elle avait «entendu» que son concurrent ne pourrait pas livrer dans les délais. Toutes ces informations intéressent au plus haut chef les concurrents d'une société. En recoupant toutes ces données glanées à droite et à gauche, on arrive à des résultats étonnants.
Des confidences autour d'une pinte de bière
On raconte que les journalistes qui dévoilent par avance les projets des grandes sociétés «high tech» de la Silicon Valley les récoltent en allant laisser traîner leurs oreilles dans les bars de la région. Personne ne l'a réellement prouvé, mais il y a fort à parier que cette rumeur n'est pas infondée tant les enjeux sont importants. Il ne faut pas en faire une phobie, mais il est important d'être au courant de ce phénomène et de prendre les mesures qui s'imposent.
Le KGB a licencié une bonne partie de ses espions après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. Depuis, ceux-ci se sont recyclés dans les renseignements économiques, le plus souvent au service des entreprises occidentales les mieux à même de bien les payer. Comme ce ne sont pas des enfants de chœur, il y a danger de mort... pour les entreprises. Cette menace touche actuellement toutes les sociétés, et pas seulement les grandes. Celles qui sont très pointues dans leurs activités de recherche et de développement sont tout autant visées. Elles sont le plus souvent totalement désarmées et absolument pas préparées à affronter ce phénomène.
Dans cette guerre qui menace les entreprises, le téléphone permet de récolter en toute impunité un très grand nombre d'informations. Il suffit de se faire passer pour un client potentiel, un parent ou un ami, et l'on peut déjà obtenir un grand nombre d'informations, par exemple auprès d'un(e) assistant(e) zélé (e) qui essaie en toute bonne foi de décharger son patron de ses multiples occupations et dérangements.
Suivant l'entreprise, si le patron se rend en Chine, on peut supposer que c'est pour négocier des marchés ou pour monter une usine de production. S'il va dans un pays où il y a des troubles, c'est pour y vendre des armes ou des équipements radio.
Un puzzle qui prend rapidement forme
Il suffit aussi d'observer où les directeurs invitent leurs clients ou fournisseurs pour le déjeuner, et de devenir familier de ces lieux, pour recevoir les confidences du barman ou du maître d'hôtel. Toutes ces informations pourraient sembler anodines au premier venu. Une fois regroupées, elles peuvent donner une idée assez précise de l'activité d'une entreprise. On voit donc toute l'importance qu'il y a à ne pas dévoiler la moindre information susceptible de confirmer une hypothèse dans la constitution du puzzle.
Les nouvelles centrales téléphoniques permettent déjà de ne pas se faire piéger trop facilement. Mais les pros de l'espionnage ne sont pas tombés de la dernière pluie. Ils appellent depuis une cabine ou avec un téléphone mobile qui ne laisse pas de trace.
Quand on a un doute, il existe une arme efficace: il suffit de demander à son interlocuteur à quel numéro on peut le rappeler car on est occupé pour l'instant. La parade est quasiment infaillible. Il suffit alors de se renseigner auprès des services des télécoms ou sur Internet pour avoir les coordonnées exactes du poste correspondant à ce numéro. C'est simple, mais d'une efficacité redoutable.
A noter
Ce que l'on ne doit pas dire:
* Le directeur déjeune avec X (le nom du client) chez Léon (rien n'est alors plus facile de savoir avec qui il négocie et d'envoyer un inconnu à la table voisine).
* Les ingénieurs sont à Paris au congrès de X. (On peut ainsi connaître le domaine de la recherche et du développement).
* M. X est de retour dans une heure (J'ai ainsi encore une bonne heure pour tirer les vers du nez de la secrétaire).
* Rappelez dans une demi-heure, M. X termine son entretien avec M. Y. (Si c'est un personnage connu dans tel domaine d'activité, on peut alors le contacter).
... et ce que l'on peut dire
* Le directeur est absent pour l'instant (même si son absence doit durer ou qu'il est en vacances).
* Son agenda est surchargé, il ne pourra pas vous contacter avant le...
* Laissez-moi vos coordonnées, j'espère le joindre sous peu pour fixer un rendez-vous.
* Je ne peux pas vous donner le délai de livraison pour le produit X sans consulter mon dossier car cela dépend du modèle que vous désirez. Précisez-nous ses caractéristiques par fax et nous vous contacterons ultérieurement.





