Quand la démotivation s'installe durablement

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Nombreux sont les chefs d'entreprises qui cherchent à améliorer l'efficience de leurs activités et la qualité de leurs services mais se heurtent à un mur d'inertie.



Pierre-Henri Badel, adi-presse

La manque de motivation et la frustration des employés sont le plus souvent à la base d'un mal profond qui ronge le bon fonctionnement des entreprises. Il peut pourtant aussi être causé par des facteurs extérieurs liés à des problèmes personnels ou familiaux. Ce phénomène et en réalisé une face cachée de l'absentéisme. Les employés se rendent au bureau la mort dans l'âme en attendant qu'une chose, à savoir de s'échapper des murs de l'entreprise.

Ce phénomène est en fait encore plus pervers pour l'entreprise que l'absentéisme, car il risque de faire effet boule de neige en raison de la mauvaise ambiance qu'il instaure au sein de la «boîte». Et ce phénomène a plus tendance à proliférer dans les professions du tertiaire, car l'efficacité réelle des employés est plus difficile à quantifier, contrairement à ce qui ce passe dans le secteur secondaire où un ouvrier qui traîne les pieds est plus facilement décelable compte tenu du ralentissement dans l'avancement de son travail. Si le mur d'une maison peine à s'élever, tout le monde le remarque après un très court laps de temps.


Un phénomène sournois

Il faut bien distinguer le phénomène du présentéisme avec d'autres attitudes que l'on peut qualifier de paresse, nonchalance ou indolence. Il est en effet nettement plus profond, car il a souvent comme cause première l'organisation et le climat de travail qui règne au sein de l'entreprise.

Il faut dire que la globalisation de l'économie a largement contribué à l'éclosion de ce phénomène. Les lieux où se prennent les décisions se retrouvent toujours plus éloignés des endroits où elles doivent être exécutées, et celles-ci sont parfois mal comprises sur le terrain compte tenu de la réalité du marché local. Par ailleurs, la course à la productivité pousse les responsables à exiger des cadences ou des résultats toujours accrus. Une étude réalisée en Hollande auprès de 4000 personnes a démontré que le pourcentage d'employés qui affirme avoir travaillé en étant malade peut atteindre 90%.

 

Une attitude défensive face à un monde de travail plus exigent

L'essor du présentéisme est aussi lié à l'augmentation du taux de chômage et à l'apparition des emplois précaires. Si, psychologiquement, il était préférable de démissionner d'un poste si l'on constatait qu'il ne permettait pas de se réaliser sur le plan professionnel, la crainte de ne pas arriver à retrouver une situation tout au moins équivalente ailleurs contraint les personnes concernées à figer une situation pénalisante tant pour l'employé que pour l'employeur.

Cette crainte pour son emploi pousse aussi certains à ne pas rester chez eux lorsqu'ils sont malades. Or, une grippe va assurément réduire fortement l'efficacité au travail de la personne touchée, mais risque aussi de contaminer ses collègues.

 

Comment renverser la vapeur?

Selon le code des obligations suisse, l'employer est co-responsable de la santé de ses employés. C'est dire que face à des situations avérées de présentéime, les entreprises doivent prendre des mesures pour éviter que de telles situations se dégradent et ne débouchent dans les cas extrêmes sur des suicides au travail, comme on a pu le constater récemment chez France Télécom. Toutes les personnes étant arrivées à choisir cette issue fatale ont reconnu dans des messages qu'elles avaient laissés derrière elles, que les pressions et les conditions de travail s'étaient à tel point détériorées qu'elles ne pouvaient plus les supporter.

Dans tous les cas, la mise en place de cellules d'assistance permettent de déceler de telles situations et d'aider les personnes touchées par ce phénomène à se reconstruire.

C'est en particulier ce qu'a décidé le canton de Fribourg, où le Conseil d'Etat a adopté une politique sur la sécurité et la protection de la santé au travail de son personnel. Cette cellule dite de «care management» apporte son soutien aux fonctionnaires de l'Etat pour tout ce qui a trait non seulement l'absentéisme mais aussi aux problèmes liés à la protection des données, aux conflits au travail, au déplacement temporaire de collaborateurs, etc.

 

Remotiver ses troupes

Pour l'employeur confronté à ce phénomène, un important travail de fond est à engager pour essayer de le résorber. Cela commence par une prise de conscience et la mise en place d'un mécanisme visant à remotiver les personnes atteintes par des phases de découragement. De l'avis des responsables du personnel, les raisons principales de la démission intérieure sont principalement la gestion des collaborateurs par les supérieurs directs, ainsi que le climat régnant à l'intérieur de l'équipe, apprend-t-on à la lecture du travail de bachelor de Pascal Schumacher, réalisé dans le cadre de la chaire de nonprofit management et marketing de l'Université de Fribourg sous la conduite du professeur Bernd Helmig. Les tâches confiées, un manque de perspective de carrière ainsi que, de manière générale, l'environnement professionnel constituent d'autres causes importantes pouvant déboucher sur une démission intérieure. Cette analyse peut tout aussi bien s'appliquer par extension au phénomène du présentéisme.

Il va falloir apprendre aux cadres à reconnaître les qualités et les prestations effectivement fournies par les employés concernés. Une récompense ou un compliment sont souvent beaucoup plus efficaces que d'agir de manière répressive en cas d'erreur.

Et pour affirmer sa volonté de réellement prendre en compte la situation réelle des employés, il faudra aussi mettre en place une réelle politique de promotion des aspirations de chacun des employés de l'entreprise. Et cela non seulement pour ceux qui se retrouvent pris dans l'engrenage du présentéisme, mais aussi de tous les autres de manière prophylactique.

 


 

Des enquêtes éloquentes

S'il est difficile de donner la réelle dimension que prend le présentéime, un sondage effectué en 2006 par l'Université de Fribourg auprès des responsables de ressources humaines des entreprises suisses à mis en lumière le fait qu'entre 7 et 14% des employés sont en situation de démission «occulte» ou «intérieure» en raison d'une situation professionnelle qui ne leur convient pas. Cette attitude de démission intérieure s'avère pourtant moins importante que le phénomène de présentéisme, car ce dernier englobe aussi une attitude relevant de maladies psychiques et de difficultés ou conflits rencontrés hors du cercle professionnel. Ceux-ci influent naturellement aussi sur le comportement des individus dans leur vie professionnelle. Ce n'est pourtant pas forcément le cas car en cas de problème personnel, le travail peut s'avérer être un puissant dérivatif de ce type de difficultés.

Selon une étude américaine publiée en 2003 dans le journal of the American Medicale Association indique que 75 à 80% des heures de travail perdues découlaient des retombées du présentéisme et seuls 20 à 25% aux absences effectives. C'est-à-dire que sont coût serait près de quatre fois plus élevé.