Selon une étude du National Center on Education and the Economy, les filières de formation professionnelle attirent en Suisse aussi des jeunes présentant un niveau scolaire élevé.

Le National Center on Education and the Economy (NCEE) a récemment constaté que la qualité du système américain de formation professionnelle s’était considérablement dégradée et qu’une restructuration de celui-ci était nécessaire pour pouvoir relever les défis économiques d’aujourd’hui. C’est pour cette raison que les experts de cet organisme américain se sont rendus dans plusieurs pays pour se faire une idée sur place et identifier les stratégies qui y ont permis une bonne combinaison entre le système éducatif et le marché de l’emploi. En Suisse, la délégation était accompagnée par des experts en formation du Centre de recherches conjoncturelles (KOF) de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Le NCEE a abouti à la conclusion que la Suisse avait introduit l’un des meilleurs systèmes de formation professionnelle au monde expliquant en partie la capacité de performance élevée du pays.

Le rapport cite, comme critères de réussite économique, un taux de chômage très bas en comparaison internationale, une remarquable capacité d’innovation ainsi que des revenus moyens par habitant très élevés.

Parmi les spécificités du système de formation professionnelle se distinguant nettement du système américain, figurent les caractéristiques suivantes :

  • 70% des jeunes de 16 à 19 ans optent pour un apprentissage professionnel. La Suisse intègre les personnes en formation dans des équipes productives matures, où elles apprennent à assumer des responsabilités et sont encadrées par des spécialistes.
  • Par rapport à d’autres pays, l’apprentissage dans l’entreprise et à l’école est intégrée dans des situations réelles, la théorie étant transposée chaque semaine dans la pratique et mise en application dans des processus professionnels quotidiens concrets.
  • Pendant leur formation, les jeunes reçoivent un salaire, qui se situe entre 600 et 700 francs par mois au début de l’apprentissage et peut atteindre 1100 ou 1200 francs en fin de parcours.
  • A l’issue de la formation, les jeunes reçoivent un certificat de capacité reconnu au niveau fédéral. Celui-ci a une valeur d’équivalence aussi bien pour accéder directement à un emploi à plein temps que pour suivre une formation complémentaire du degré tertiaire.
  • La grande perméabilité entre les filières de formation permet de développer une biographie éducative tout au long de la carrière professionnelle, indépendamment du premier choix de formation post-obligatoire.

Du point de vue de la Suisse, il est compréhensible que les auteurs aient souligné ces caractéristiques. Aux États-Unis, les jeunes de 16 à 19 ans fréquentent en général la «High school». La préparation à une activité sur le marché du travail est certes abordée dans des écoles progressistes pendant cette période. Mais elle sert plutôt à sensibiliser au monde du travail par le biais de stages pratiques de courtes durées non payés («internships» de quatre semaines) ou de journées de découverte («job shadowing») dans une entreprise; elle ne peut être comparée à une véritable préparation professionnelle. Aux États-Unis, celle-ci se déroule au sein de ce que l’on appelle les «community colleges», qui se situent au degré tertiaire et aboutissent à un «associate degree». Mais, là encore, le stage en entreprise n’a lieu qu’à l’issue de cette formation, en général très scolaire; il n’est pas payé et ne présente pas de programme structuré. Les élèves sont en moyenne plus âgés que les apprentis suisses et doivent financer eux-mêmes la formation, ce qui a incité les auteurs à mettre en évidence le salaire mensuel relativement élevé versé en Suisse durant la formation.

Les délégués ont eu de nombreux entretiens avec des responsables économiques suisses en marge du Swiss Economic Forum, lesquels ont souligné l’importance capitale de la formation professionnelle pour la réussite économique de la Suisse. Par rapport à d’autres pays, le système éducatif de la Suisse se caractériserait, selon les auteurs, par le rôle de l’économie, qui tire un grand bénéfice de son investissement dans la jeune relève, en partie responsable du succès à long terme de l’économie suisse.

La majorité des entreprises américaines éviterait un système d’apprentissage dual selon le modèle suisse par crainte d’un débauchage des jeunes et de la perte d’investissement qui en découlerait. Il leur manque également un partenaire permettant le fonctionnement d’un véritable système de formation professionnelle comme le sont en Suisse : les organisations du monde du travail, qui secondent les entreprises membres dans l’élaboration de profils professionnels, de programmes, de documents pédagogiques ainsi que dans la formation des formateurs.