Bonus des banquiers: les citoyens passent à la caisse
Écrit par Pierre-Henri Badel Vendredi, 29 Juillet 2011 08:14
A peine la crise économique montre-t-elle des signes d'éloignement que les grandes banques recommencent à rétribuer grassement les artisans de leur déconfiture.
>Après avoir bénéficié de l'aide des pouvoirs publics dans de nombreux pays qui leur ont accordé des garanties ou qui ont dû les renflouer, les banques sont retombées dans leurs travers comme si de rien n'était. Elles débauchent à tour de bras des employés de haut vol pour essayer des regagner des parts de marchés perdues suite à leurs erreurs en leur accordant des bonus éhontés. Le comportement frauduleux de certains banquiers et les défaillances de quelques établissements financiers n'a pas seulement mis en péril l'économie mondiale, mais a aussi soulevé la réprobation de nombreux chefs d'entreprises. Ceux-ci n'acceptent pas l'attitude des établissements qui sont généralement très pointilleux sur les garanties à accorder à leurs clients, alors que les dirigeants de ceux-ci prennent des risques démesurés dans leurs méthodes de placement.
Il n'en reste pas moins que dans la fièvre spéculative des années 2000, qui a propulsé les banques au firmament des entreprises les plus florissantes de l'économie, les bonus constituaient un puissant levier pour motiver les traders à doper leurs affaires. Le problème est que toutes cette activité s'est déroulées dans une euphorie telle que plus personne, dans les milieux économiques, ne pouvait encore raisonner de manière logique, si ce n'est quelques visionnaires alors considérés comme des empêcheurs de tourner en rond.
Un brutal retour sur terre
Le retour sur terre a été brutal, mais la seule stratégie des établissements bancaires a été de se refaire rapidement une santé sans véritablement remettre en question leur modèle d'affaires, et surtout sans se préoccuper réellement des états d'âme de leurs clients. Ceux qui ont été peu touchés ont souvent réussi à profiter de la situation, alors que les autres ont dû recruter à prix d'or des traders pas trop éclaboussés par les scandales et disposant de carnets d'adresses très prometteurs pour renflouer les caisses des banques en perdition. Et c'est ainsi pour se refaire rapidement une santé que les mêmes banques ont dû accorder des bonus extrêmement généreux à ces courtiers de haut vol. On se retrouve donc aujourd'hui dans une situation économique qui a pourtant de la peine à redécoller. Les entreprises exportatrices ont dû faire le gros dos en espérant que la tempête passe sans faire trop de dégâts et en essayant de conserver le plus possible leurs effectifs en faisant appel au chômage partiel.
L'heure de vérité devrait pourtant bientôt sonner pour un bon nombre d'entreprises qui ont résisté contre vents et marrées, car le chômage partiel ne pourra pas se poursuivre indéfiniment.
La solution passe par l'autorégulation Certains experts admettent volontiers que l'on ne pourra pas éviter un nouveau krach économique quelles que soient les mesures de régulation qui seront mises en place dans les différents pays du globe. Il n'en reste pas moins que le monde bancaire fait preuve d'une très grande myopie et ne semble pas vouloir tirer les enseignements du passé.
L'affaire Madoff a en effet éclaté seulement quelques décennies après qu'IOS, une société fondée dans les années 6o par Bernard Cornfeld, (Bennie pour les intimes), a aussi joué avec le feu et grugé des milliers de personnes à travers le monde en ayant mis en place un mécanisme absolument similaire à ce qui a permis à Bernard Madoff de s'enrichir sur le dos de malheureux pigeons.
La Suisse s'engage de manière trop dispersée
Aujourd'hui, la grande crainte que l'on peut avoir pour notre économie réside dans le fait que les milieux politiques, Conseil fédéral en tête, ne parlent pas de la même voix que les milieux bancaires. Evelyne Widmer-Schlumpf laisse échapper quelques indiscrétions en indiquant jusqu'où le Conseil fédéral est prêt à faire des concessions pour contenter les gouvernements étrangers en matière d'évasion fiscale. De leur côté, l'Association suisse des banquiers tient mordicus à son plan RubiK, qui prévoit une retenue à la source des avoirs déposés auprès des banques dans le cadre des relations transfrontalières.
Cette cacophonie est d'autant plus mal perçue de la part du public que le commun des mortels a de la peine à comprendre que c'est encore lui qui va passer à la caisse pour l'assistance accordée par la Confédération dans le différent que l'UBS a eu avec les Etats-Unis. La grande banque ne devant rembourser qu'un million de francs, alors même que l'Etat estime les frais qu'il a engagé pour la défendre à quelque 37 millions. Une générosité que des dizaines de milliers de chômeurs laissés sur le carreau à la suite de l'anémie économique ont de la peine à comprendre.





