La conception révolutionnée

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. Imprimer

Une bonne approche des techniques d'automatisation passe par une étude préalable de la conception des pièces qui tienne compte des méthodes de production. Une approche payante qui se traduit par des réductions sensibles du coût du produit fini.

Les systèmes d'automatisation de la production sont directement dépendants de la conception des produits. Avant de concevoir un produit, il s'agit d'avoir une approche très synthétique de la manière dont ses différents composants seront assemblés afin de simplifier au maximum cette opération qui peut-être très gourmande en main-d'œuvre. On y est particulièrement sensible dans les pays occidentaux qui ont tendance à voir leur tissu industriel se désagréger.


Repenser la conception à la base

Une approche bien pensée de la conception d'un produit pourrait faire reculer une telle échéance ou même permettre de produire encore de longues années en Europe, si ce n'est dans notre pays. «La Suisse a tout à gagner à s'orienter dans une telle direction» explique Jean-Luc Colantonio, du bureau d'ingénieurs Inov3. Mais la clé du succès passe par une approche simultanée, et non séquentielle de la conception. Et la Suisse est très bien placée dans ce domaine.

«Quand la fabrication d'un produit doit être délocalisée à l'étranger, c'est que sa conception n'est pas adaptée à l'outil de production helvétique» souligne en particulier Jean-Luc Colantonio. «Il s'agit donc de l'étudier dès le départ en faisant en sorte que son assemblage nécessite le moins possible d'interventions manuelles en usine» poursuit-il.

Les méthodes de production sont aussi dans l'œil du cyclone. Il ne faut pas hésiter à innover et chercher des solutions qui sortent des sentiers battus.

 

La conception influe sur les techniques d'automatisation

Les procédés de moulage des poudres métalliques (MIM, abréviation de Metal Injection Moulding) ou des céramiques (CIM, pour Ceramic Injection Moulding) ainsi que le soudage du plastique par ultrasons remettent en cause les méthodes traditionnelles d'usinage et d'assemblage. Ils ont des répercussions extrêmement positives sur la réalisation et le montage des produits, donc sur l'automatisation des processus.

«Etonnement, sans que cela soit bien connu, l'industrie suisse est très bien placée sur le marché du moulage par injection de métaux (MIM), mais les producteurs suisses sont encore assez frileux pour adopter ces procédés» explique en l'occurrence Jean-Luc Colantonio. Ils permettent par exemple de réaliser des pièces très compliquées de la même manière que si l'on injecte des pièces en plastique en y agglomérant des poudres métalliques chargées de produits liant les molécules de matières.

«Il est vrai que cette technologie a aussi ses limites, mais elle permet de réaliser des objets qui seraient d'un coût inestimable avec des méthodes traditionnelles» poursuit l'ingénieur. Cela nécessite pourtant de repenser entièrement les méthodes dès la naissance des produits en bureau d'études.

 

Changer les cultures

La remise en cause des méthodes de production et d'assemblage se heurte, il est vrai, à toute une tradition et au patrimoine des industriels en terme d'infrastructure technique. «Ces technologies étant relativement nouvelles, les gens sont réticents à s'y lancer» constate-t-il. «Et certaines choses, qui étaient absolument impensables jusqu'ici, deviennent tout à coup parfaitement réalisables.» Cela demande de mettre en place une certaine organisation et les gens de la production doivent s'adapter. «Le principal écueil consiste à convaincre les décideurs» regrette Jean-Luc Colantonio.

Les facteurs d'inertie les plus importants étant le coût de développement des nouveaux procédés, les investissements que cela implique, et les délais d'introduction de ceux-ci au niveau des ateliers de production.

Les premiers temps sont forcément laborieux. Il manque encore des spécialistes bien formés sur ces techniques et il faut faire accepter les changements. «Mais une fois qu'ils sont entrés dans les mœurs, tout se passe généralement très bien» note Jean-Luc Colantonio.

 

Miser sur la production de masse

La plupart de ces remises en cause des acquis et préceptes, considérés jusqu'ici comme immuables, sont directement liées à la production en grandes séries. Elles ont donc un impact direct sur les techniques d'automatisation. Et une fois que la bonne technique a été trouvée pour un type de production et des conditions locales données, il se peut que la réalisation d'un prototype devienne extrêmement coûteuse, parce que très difficile à obtenir avec un outil et des méthodes de production traditionnelles. «Les gains réels ne se réaliseront pourtant qu'au cours de la phase de production» constate Jean-Luc Colantonio.

Quand un produit s'exporte, c'est parce que le concept d'automatisation de la production est adapté au pays d'origine. Si la production est transférée à l'étranger, c'est qu'il existe de véritables lacunes à ce niveau. «C'est à chaque fois un jeu de compromis. C'est à nous de prendre en considération les conditions locales où le produit est réalisé pour définir les principes de base de la conception» avoue Jean-Luc Colantonio.

La Suisse possède une infrastructure industrielle adaptée aux produits de haute qualité visant des marchés riches, et créés en petites séries. «C'est très bien ainsi, mais cela ne correspond malheureusement pas toujours aux besoins du consommateur. La Suisse ne sait pas faire de la mauvaise qualité.» Devra-t-elle s'y mettre pour régater sur le plan international? La haute conscience écologique des Helvètes ne s'y résoudra peut-être qu'à son corps défendant.

 

Privilégier une approche pluridisciplinaire

Souvent, un produit est le fruit d'une réflexion d'un commercial qui décèle une lacune sur le marché. Et c'est au bureau d'études de concrétiser son idée. Celui-ci livre ses travaux pour que le produit puisse être réalisé selon les règles de l'art, souvent sans se préoccuper à l'avance de la pérennité du projet. Or, celle-ci dépend largement de l'acceptation du produit fini sur le marché. Il s'agit dont de prévoir soigneusement tous les écueils à surmonter avant d'atteindre le stade de la commercialisation. Cette approche pluridisciplinaire, réunissant l'ensemble des acteurs impliqués dans la chaîne de vie d'un produit, a pour nom ingénierie simultanée.

«Quand le commercial et la production se rencontrent, cela débouche généralement sur de bons mariages et tous les aspects du produit sont abordés» confie Jean-Luc Colantonio. L'ingénierie simultanée est une question de culture d'entreprise. Il faut la comprendre et la défendre jusqu'au niveau de la direction qui doit en être imprégnée» reconnaît-il encore.

«En faisant s'asseoir à la même table toutes les personnes impliquées dans le projet, y compris celles chargées de la production et de l'automatisation des processus industriels, on responsabilise tout le monde.» Les gens concernés se sentent impliqués directement dans le projet et sont prêts à le défendre. Ils en deviennent les ambassadeurs. Et plus un mouvement de groupe fait corps autour du projet, plus il a de chance de déboucher sur une réussite.

«Cela évite surtout ce traditionnel jeu de ping-pong entre le bureau d'études et celui des méthodes» confie Jean-Luc Colantonio. Ce va-et-vient qui consiste à vouloir obliger à posteriori les ingénieurs à adapter leurs études en fonction de l'outil de production spécifique d'une entreprise est très destructeur pour la cohérence de la créativité au sein de l'entreprise.

Si ces derniers sentent que l'on remet en cause leurs compétences personnelles, cela nuira à l'esprit d'innovation de l'entreprise. Dans la conjoncture économique actuelle, rien n'est plus néfaste à la survie d'une industrie manufacturière forte et novatrice telle qu'on la connaît dans notre pays.

(c) Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch