Mutation dans les biotech
Écrit par Pierre-Henri Badel Lundi, 03 Mai 2010 14:19
De nouveaux modèles émergent pour répondre à la crise.
Par Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch
La crise financière n'a pas épargné les entreprises actives dans les sciences de la vie qui doivent désormais se battre de manière beaucoup plus énergique pour trouver les financements qui leur permettront de développer de nouveaux médicaments. Cela freine l'innovation, surtout quand elle est le fait de start-up ou de petites entreprises. Dès que leurs travaux de recherche débouchent sur des résultats encourageants et qu'une de leurs inventions commence à connaître un certain succès, elles investissent toutes leurs ressources dans la mise au point du produit et n'ont plus les moyens de s'occuper de sa production, de sa commercialisation et encore moins de sa distribution. Et pourtant, ce sont ces entreprises qui sont le moteur de l'innovation sur un marché très friand de nouveautés.
Roman Fleck, de la société genevoise Index, a évoqué sa recette à l'occasion d'une table ronde organisée durant le congrès Biosquare 2010 de Genève. Pour lui, il s'agit de prendre le meilleur parmi les composants en développement en évitant de se disperser. Encore faut-il opérer le bon choix. Un autre modèle d'affaires consiste à miser sur une molécule dans le cadre d'une plate-forme donnée. Ou de mettre l'accent sur plusieurs molécules, sachant que certaines mettent beaucoup de temps à parvenir à maturité.
Pour les investisseurs, la rentabilité qui prime. Des résultats à court terme permettent aux jeunes entreprises de faire patienter les pourvoyeurs de capitaux en attendant de tomber sur le produit miracle, souhaitant qu'il s'agira d'un block buster.
Les grands groupes pharmaceutiques ont une approche industrielle. Ils choisissent d'investir dans de jeunes compagnies à un stade très précoce de leurs innovations. Avec à la clé l'espoir d'une affaire très juteuse. La difficulté pour elles reste cependant de faire valider sérieusement le potentiel de ces recherches. Les grandes sociétés qui s'engagent sur cette voie sont rares. «Seules 3 à 4% des jeunes entreprises ont des accords avec les grands groupes pharmaceutiques» estime Stefan Catsicas, co-fondateur de la société Tilocor Life Science.
«Pour les grands groupes, il faut bien comprendre le processus de recherche» souligne Elmar Schnee, président de Merck Serono. «Et il faut avoir le courage d'abandonner le plus tôt possible des projets de recherche qui n'offrent pas de perspectives, et passer à une autre molécule». Si 2009 a été une année noire en terme d'investissement dans les biotech, on espère que 2010 sera une année de redémarrage. «Pour notre part, nous investissons dans ce en quoi nous croyons, sans nous préoccuper de critères extérieurs» souligne-t-il encore.
Les pays émergeants innovent
La Chine a compris l'intérêt de surfer sur la vague des sciences de la vie. Le gouvernement a débloqué d'importants programmes pour créer un tissu économique favorable à l'éclosion d'une authentique industrie indigène dans ce domaine. Elle a créé à cette fin une plate-forme duale visant à stimuler les échanges scientifiques et commerciaux aussi bien avec les Etats-Unis que l'Europe. Dans la banlieue de Shanghai, une véritable ville est sortie de terre pour accueillir les entreprises actives dans les sciences de la vie désireuses de concrétiser leurs projets.
L'objectif du National Bio-Science & Technical Park ne consiste pas seulement à attirer les innovations des chercheurs du monde entier, mais aussi à rentabiliser leurs travaux et à générer des revenus pour les entreprises étrangères. Le gouvernement chinois met aussi des fonds à leur disposition. Cet effort focalisé sur les nouveaux médicaments fait partie d'une stratégie nationale affirmée. «Nous ne voulons pas exacerber la concurrence, mais nous cherchons la convergence» a relevé à ce sujet Jun Ren, de l'organisation chinoise New Summit Biopharma lors d'une autre table ronde spécialement dédiée aux régions en fort développement dans les biotechnologies. «Et nous travaillons pour cela non seulement avec les grands groupes pharmaceutiques, mais aussi très volontiers avec des PME. (PHB)





