Les patrons français très pessimistes face à la crise

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Une récente enquête révèle une importante chute de la confiance des dirigeants au niveau mondial. Rares sont ceux qui croient en un retour rapide de la croissance et doivent revoir leurs priorités.

 

Aujourd'hui, seuls 21% des patrons mondiaux interviewés dans le cadre de cette enquête réalisée par PricewaterhouseCoopers se déclarent très confiants quant à leur croissance dans l'année à venir. Ce chiffre était de 50% l'an passé. Les patrons français sont les plus pessimistes du monde dans ce contexte: 5% sont très confiants sur les perspectives de croissance dans l'année à venir  (contre 15%  en Europe, 17% en Allemagne) mais aussi à moyen terme (18% des patrons français sont confiants pour les trois ans à venir contre 34% au niveau mondial et 26% au niveau européen).

Ce pessimisme ambiant était déjà une réalité l'an passé mais à un niveau moindre (28% de très confiants l'an passé au niveau national contre 44% au niveau européen, 50% au niveau mondial). A noter, au niveau mondial, les patrons les plus confiants sont les Indiens (70% de très confiants contre 90% l'an passé, 29% en Chine contre 73% l'an passé).

«On observe un décrochage de la confiance des patrons mondiaux qui n'a rien de surprenant au vu de la tournure prise par les événements depuis le mois de septembre. Cependant, le pessimisme des patrons français étonne  par son ampleur. Il s'explique certainement par notre culture, notre peur du risque plus élevée qu'ailleurs. Il ne se justifie pas en tous les cas, d'autant que bon nombre de nos entreprises ne sont pas aussi impliquées dans la mondialisation que celles d'autres pays» explique Bernard Gainnier, un des associés responsables du développement chez PwC.

 

Un pessimisme très fort dans l'automobile et la métallurgie

«On observe un décrochage de la confiance des patrons mondiaux qui n'a rien de surprenant au vu de la tournure prise par les événements depuis le mois de septembre. Cependant, le pessimisme des patrons français étonne  par son ampleur. Il s'explique certainement par notre culture, notre peur du risque plus élevée qu'ailleurs. Il ne se justifie pas en tous les cas, d'autant que bon nombre de nos entreprises ne sont pas aussi impliquées dans la mondialisation que celles d'autres pays» explique Bernard Gainnier, un des associés responsables du développement chez PwC.

Si l'on fait une analyse par secteur, on constate que le niveau de confiance est plus élevé dans certains secteurs: business and professionnal services (79% de confiants), pharmacie (79%) et Utilities (76%) sont les secteurs où le niveau de confiance est le plus élevé au niveau mondial. Les CEO les moins optimistes sont ceux du secteur énergétique  (57%), de l'automobile (45%) et de la métallurgie (44% de confiants).

«L'automobile - la métallurgie est l'un de ses principaux fournisseurs - est particulièrement impactée par la crise au niveau mondial. Mais les différents plans qui ont été annoncés, tant aux Etats-Unis qu'en France devraient avoir de l'effet dans les mois qui viennent» analyse Bernard Gainnier.

 

Pas de rebond en V à prévoir

Les CEO mondiaux parient sur un retour lent de la croissance et écartent l'hypothèse d'un rebond en V. Ils sont ainsi seulement 34% à être très optimistes quant à leur croissance dans les trois ans à venir contre 42% l'an passé. Ce chiffre est de 34 % en Amérique du Nord, 26% en Europe occidentale, 41% en Europe de l'Est et en Asie, 52% au Moyen Orient et en Afrique.

«L'absence de visibilité, assez inédite, laisse les CEO très perplexes quant à l'avenir. Reste que la baisse des taux d'intérêt, des valeurs d'actifs  et la multiplication des plans d'investissement notamment vont ouvrir des opportunités. Cela aura fatalement un effet sur leurs carnets de commande et sur leur confiance. Aujourd'hui, en revanche, chacun navigue à vue et la reprise s'amorcera lentement» souligne Bernard Gainnier.

Pour les CEO, la croissance se réalisera, comme souvent en temps de crise, majoritairement par une meilleure pénétration des marchés existants (37% des CEO le pensent contre 23% en 2006 et 30% l'an passé). Seuls les CEO de grandes sociétés (plus de 10 milliards de dollars de revenus) pensent que la croissance de 2009 se fera dans de nouvelles régions.

 

Un développement qui se réalisera sur fonds propres ou par joint-venture

Le financement de la croissance s'effectuera sur fonds propres (76% des CEO mondiaux). Un chiffre proche de celui de l'an passé (82%) et même de 2006 (79%). Ces derniers sont intéressés à 28 % seulement par le marché de la dette (même chiffre qu'en 2006). Les projets en matière de fusions-acquisitions décroissent fortement. Ainsi 31% en avaient réalisé une en 2007. Ils ne sont plus que 25% en 2008 et 20 % à en prévoir une en 2009.

«C'est le retour de la gestion en bon père de famille et aux fondamentaux, loin des années - pas si lointaines- où le private equity finançait la croissance et le développement des entreprises. Nous sommes à la croisée des chemins, un nouveau modèle reste à définir» considère Bernard Gainnier.

Ces projets de fusions ralentissent fortement en Asie (37% des CEO en prévoyaient une en 2007 contre 29 % en 2008) alors que ce chiffre remonte sensiblement au contraire en Europe occidentale (41% en 2008 contre 36% en 2007). Aujourd'hui, ces fusions s'annoncent par ailleurs beaucoup plus intracontinentales: les CEO nord-Américains qui souhaitent procéder à une fusion le feront en Amérique du Nord à 69% contre 50% l'an passé, les CEO d'Europe occidentale qui souhaitent réaliser une fusion le feront à 61% sur leur continent contre 55 % l'an passé par exemple

On remarque par ailleurs que dans les trois ans qui viennent les joint ventures apparaissent pour les CEO comme un levier de croissance très fort (44% d'entre eux le déclarent contre 30% l'an passé où les fusions-acquisitions étaient privilégiées par 30 % des CEO contre 25% aujourd'hui). Cette tendance est très marquée chez les CEO d'Europe occidentale (41% le déclarent contre 24% l'an passé).

 

Une crise bancaire qui inquiète

69% des CEO mondiaux s'attendent à être affectés par la crise bancaire. Mais de grands contrastes existent en la matière. Les plus inquiets sont les Espagnols (91 % s'en inquiètent) ou encore les Russes (83% d'inquiets). 63% des CEO français s'attendent à être touchés par cette crise de liquidités à laquelle certains sont d'ores et déjà confrontés. «Détendre le marché bancaire, donner accès aux liquidités est une priorité. Or aujourd'hui, les banques ont besoin de restaurer leurs bilans pour relancer la machine du crédit» avance Bernard Gainnier.

 

La baisse des coûts liée à la consommation d'énergie: une priorité!

Aujourd'hui, la rareté des ressources naturelles est essentiellement un sujet de préoccupation pour les pays d'Asie (55 % de CEO inquiets dans cette région contre 21% en Europe occidentale par exemple). A noter aussi que c'est en Asie que les CEO sont les plus préoccupés par le changement climatique (40% contre 23% en Europe occidentale 15% en Amérique du Nord).

Dans ce contexte, 82% des CEO mondiaux prévoient de réduire les coûts liés à leur consommation d'énergie (90 % en Amérique du Nord)  
Les patrons français ne sont pas vraiment inquiets concernant les coûts de l'énergie (18% seulement sont préoccupés par le sujet contre 50% au niveau mondial et 44 % au niveau européen). «80% de l'énergie produite en France est d'origine nucléaire. Cela explique cette sérénité nationale qui n'est pas nouvelle sur ce sujet» pense Bernard Gainnier.