Les compétences, survie des entreprises

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. Imprimer

En Europe, les entreprises se préoccupent trop peu de former leurs employés en fonction de la concurrence toujours plus forte à laquelle elles seront confrontées à l'avenir. Telle est la principale conclusion d'une enquête réalisée par le cabinet d'étude de marchés Forrester Research à la demande d'IBM.

 

Plus de 90% des quelque 250 directeurs d'entreprises de la finance, de l'industrie et du commerce considèrent que la formation et le perfectionnement sont extrêmement importants pour maintenir la capacité concurrentielle de leurs entreprises respectives. Un tiers des entreprises européennes ne disposent cependant pas de plan de formation idoine. Et, en moyenne, elles n'investissent que 0,05% de leur chiffre d'affaires pour la formation de leurs collaborateurs. Un tiers des PME employant moins de 1000 personnes et un quart des grandes entreprises n'ont pas mis en place de programmes de formation spécifique.

En outre, 45% des entreprises interrogées ne disposent pas de stratégie active en matière de téléenseignement («e-learning»). «Les entreprises sont conscientes que la capacité concurrentielle dépend directement de l'adaptation des connaissances de leurs employés» reconnaît Claude Ruch, président du CRQP et directeur des ressources humaines à Romande Energie. «Mais il y en a qui y accordent plus d'importance que d'autres».

Pour lui, chaque fois que l'on se trouve dans un environnement économique difficile, la direction de certaines entreprises cherche où il est possible de faire le plus facilement des économies. Et dans ce contexte, la formation est l'un des premiers postes qui vient à l'esprit. «A court terme, ces économies n'ont pas de gros impacts sur le fonctionnement de l'entreprise. Ce n'est que sur le moyen et le long terme que l'on s'aperçoit des dégâts qu'elles provoquent» poursuit-il.

 

Informatique et communication en tête

Parmi les compétences nécessaires au futur succès de leur entreprise, les directeurs considèrent que ce sont les connaissances informatiques qui viennent en première position. Et cela, avant même les connaissances des affaires et de la gestion d'entreprise. Les personnes interrogées ont souligné que les employés aguerris à l'informatique devaient malgré tout bénéficier de connaissances en gestion d'entreprise pour répondre à leurs besoins en matière d'organisation.

«Il est vrai que l'importance de la formation et du perfectionnement est très souvent sous-estimée au sein des entreprises» reconnaît Georges Ryser, vice-président du CRQP, et également formateur. «Les responsables des ressources humaines sont convaincus de sa nécessité, ce qui n'est pas toujours le cas des directeurs généraux qui ont bien souvent d'autres priorités» poursuit-il.

Bien que les directeurs généraux européens accordent une très grande importance au développement d'un large savoir-faire dans le domaine de la gestion des affaires, 44% des entreprises interrogées ne dispensent pas de cours de formation pluridisciplinaire dans ce domaine.

«C'est symptomatique : quand il faut couper dans les dépenses, c'est le plus souvent la formation qui se situe en première ligne et qui en fait d'abord les frais» relève Georges Ryser. «Les entreprises intelligentes profitent justement de ces périodes de ralentissement pour l'intensifier afin de se préparer à affronter la reprise dans les meilleures conditions».

 

Les chefs d'entreprise démunis

Compte tenu de la mobilité et de la flexibilité croissante de la main-d'œuvre, les compétences en matière de communication tiendront à l'avenir une place très importante pour maintenir et stimuler la reconnaissance de la culture de l'entreprise. Parmi les entreprises interrogées, 94% reconnaissant que les talents en matière de communication seront extrêmement importants à l'avenir pour leur organisation. Plus de 60% reconnaissent pourtant que les programmes de formation continue existants ne dispensent pas de manière adéquate les compétences requises.

«Dans ce domaine également, il apparaît à nouveau que de nombreuses entreprises reconnaissent l'importance que peut avoir une certaine catégorie spécifique d'expertises pour faire face aux futurs défis de la concurrence mais qu'elles ne sont effectivement pas en mesure de développer le savoir-faire voulu au sein de leur organisation» avoue Yvonne Felice Fernandez, partenaire associée de la gestion du capital humain auprès d'IBM Business Consulting Services (BCS).

«Dans mes précédents emplois, je me suis battu avec plus ou moins de succès pour que l'on investisse de manière anti-cyclique. Ce qui est dramatique, c'est que les entreprises sont poussées à atteindre des objectifs de rentabilité financière à court terme pour satisfaire les investisseurs et le cours de l'action en bourse» regrette Claude Ruch. Celles-ci ont facilement tendance à biffer les plans de formation destinés aux «soft skills», c'est-à-dire aux aspects sociaux et comportementaux. Alors même que ce sont justement ceux-ci qui sont recherchés par les entreprises.

«On peut toujours acquérir des savoirs techniques, mais si l'on n'a pas de prédispositions pour bien fonctionner en équipe, tout le reste s'avère inutile. Et ce côté des choses prend de plus en plus d'importance» précise-t-il. «Pourtant, c'est précisément cet aspect-là de la formation qui est négligé par certaines entreprises, alors qu'il est primordial» souligne Claude Ruch. «Le coaching est par ailleurs un instrument très efficace pour le développement des cadres».

 

La gestion du talent prend une importance croissante

Cette enquête démontre que les entreprises ont des avis divergents en ce qui concerne la responsabilité en matière de gestion du talent de leurs collaborateurs. Quelque 21% considèrent que cette question est du ressort du service du personnel, 32% qu'elle est l'affaire des entités respectives de l'entreprise et 38% sont d'avis que cette responsabilité est partagée entre ces deux pôles.

Une très faible minorité d'entreprises (4%) ont créé une entité spécifique dédiée à la gestion du talent avec comme objectif de gérer intelligemment le capital humain et d'assurer l'implantation d'une réelle stratégie d'entreprise dans le domaine du développement des compétences de leurs employés.

«En Suisse, les entreprises ne peuvent pas prétexter le manque de qualité des formations offertes sur le marché» rétorque Claude Ruch. «Mais il faut que les formateurs parlent le même langage que leurs élèves. Et cela passe par des formations en entreprise».

© Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch