Le chef, meilleur ami de l'employé?
Écrit par Administrator Mardi, 23 Septembre 2008 15:11
En Suisse, deux tiers des employés apprécient leurs supérieurs hiérarchiques. Une situation qui tranche fondamentalement avec ce qui est de mise dans les autres pays européens. Mais est-ce vraiment le reflet de la réalité? Certains en doutent.
En Suisse, 82% des employés considèrent que leurs chefs leur font confiance et que ceux-ci apprécient leur travail. Et plus des trois quarts d'entre eux jugent qu'ils sont traités loyalement. Cet état de fait se répercute favorablement sur la perception qu'ont les collaborateurs de leurs supérieurs hiérarchiques. Deux tiers des travailleurs suisses les estiment pour leurs qualifications professionnelles et six sur dix pour leurs compétences sociales. Dans ce sens, les actifs helvétiques sont beaucoup plus satisfaits de leurs conditions de travail que leurs collègues étrangers. Tel est en tout cas ce qui ressort d'une étude réalisée par le cabinet d'études de marchés IHA-GfK récemment publiée par le magazine alémanique Cash.
Les patrons suisses plus conciliants
L'étonnante idylle nouée entre employés et patrons suisses s'avère une véritable exception sur la scène internationale. En Allemagne par exemple, seules 26,7% des personnes actives n'attribuent pas un carton jaune à leurs employeurs. Et 32% en France.
«En Suisse, les chefs sont moins autoritaires et accordent une plus large autonomie à leurs collaborateurs» reconnaissait Fred Henneberger, directeur de l'Institut de recherche sur le travail et le droit du travail à l'Université de St-Gall, dans l'édition du 7 septembre du journal économique Cash. Dans notre pays, on constate que les discussions s'engagent sur un ton beaucoup plus consensuel qu'en Allemagne par exemple. Les chefs sont aussi beaucoup moins sujets à la critique parce que sensiblement plus impliqués dans leur travail. «S'ils ont des salaires plus élevés, ils travaillent également bien davantage» note de son côté le professeur Norbert Thom, de l'Université de Berne.
Soigner la communication
La conjoncture économique satisfaisante dont on bénéficie en Suisse contribue naturellement aussi à gommer les tensions entre employés et employeurs. Compte tenu du faible taux de chômage et de carnets de commande bien remplis, ils arrivent beaucoup mieux à se comprendre et sont plus facilement prêts à faire des concessions de part et d'autre.
La seule ombre au tableau tient à la communication. Seuls 54% des employés estiment que leurs chefs les informent suffisamment sur les questions qui touchent au fonctionnement de l'entreprise et à l'évolution des affaires. Ce constat ne surprend pas Gudela Grote, professeur de psychologie du travail et de l'organisation à l'EPF de Zurich. Très souvent, les décisions sont communiquées alors que les rumeurs ont déjà fait le tour de la maison. Nombreux sont aussi les collaborateurs à ne pas savoir vraiment ce que l'on attend d'eux. Toutes ces situations démontrent bien combien les chefs devraient de toute urgence suivre des cours de communication.
Les Suisses, des privilégiés
Cette ambiance bon enfant régnant au sein des entreprises suisses tranche à tout point de vue avec la mentalité ayant cours chez nos voisins. Cela s'explique entre autres raisons par la forte densité de PME existant dans notre pays. Les rapports de travail y sont sensiblement plus fraternels et moins hiérarchisés, les cadres de tous niveaux devant justifier leur action et mériter leur poste. Cette atmosphère conviviale influence automatiquement le standard moyen de convivialité et de confiance mutuelle, également d'ailleurs au sein des plus grandes entreprises.
En Allemagne par contre, 20% des employés exècrent leur chef et 88% le trouvent difficile à vivre. Un phénomène qui influence directement les performances des collaborateurs. Seuls 13% des Allemands s'engagent à fond dans leur travail, les 87% restants se contentant de n'exécuter leur travail qu'en fonction des instructions données, sans initiative personnelle et sans réfléchir plus qu'il ne faut. Selon certaines estimations, cette démotivation aurait pour conséquence un manque à gagner pour les entreprises germaniques équivalant à quelque 240 millions de francs. Une attitude conciliante n'est donc pas qu'une question d'honnêteté intellectuelle et sociale vis-à-vis des employés et collaborateurs. Elle permet aux entreprises d'améliorer leurs performances financières en réunissant de meilleures conditions pour atteindre leurs objectifs en terme de développement sur le marché.





