Une catastrophique pénurie d'informaticiens
Écrit par Administrator Samedi, 12 Avril 2008 10:05
L'implosion de la bulle Internet et la reprise économique de ces dernières années ont engendré une situation paradoxale: un manque chronique d'informaticiens et une désaffection des jeunes pour ce métier.
Face à la pénurie de spécialistes, l'industrie et, plus largement, notre économie ont décidé de réagir. Les milieux concernés viennent ainsi d'élever 2008 au rang d'année de l'informatique dans notre pays. Sous l'égide de l'initiative Informatica08, toute une série de manifestations égrèneront ce millésime. L'objectif visé est de faire prendre conscience aux jeunes et à notre population dans son ensemble de l'importance de cette discipline au seuil du XXIe siècle. Christophe Andreae, président du Groupement romand de l'informatique, nous révèle les dessous de cet événement et du contexte dans lequel il se déroule. Interview.
Qu'est-ce qui vous a poussé à lancer une telle initiative et à instaurer cette année de l'informatique?
Le bilan est catastrophique. De 2000 à 2006, le nombre d'étudiants en informatique dans les HES et les EPF a été divisé par plus de deux. Ce phénomène fait suite à l'implosion de la bulle Internet d'une part, mais relève aussi d'une méconnaissance réelle des métiers de l'informatique, perçus souvent de manière trop générique.
Qu'entendez-vous par là?
Contrairement à ce que certains croient, la profession d'informaticien ne se cantonne pas dans des tâches abstraites, rébarbatives et complexes. Cette discipline fait appel à des métiers intéressants et évolutifs qui offrent de nombreuses opportunités de contacts et de relations avec des mondes et activités très variés.
Dans quelles franges de la population ces préjugés sont-ils les plus tenaces?
Nous devons surtout faire prendre conscience aux filles que c'est aussi un métier qui leur convient, contrairement aux idées reçues. Pour réussir dans cette voie, il faut exceller dans les mathématiques, la technique et les sciences.
C'est en particulier pour cette raison que, dans le cadre de l'année de l'informatique et en collaboration avec l'EPFL, nous avons lancé l'initiative «L'informatique pour les filles» visant à vulgariser cette discipline.
Les causes de désaffection de ce métier par les jeunes sont entre autres liées à la crise de l'informatique qui a sévi au début de ce millénaire et aux mutations répétées, ce qui a engendré du chômage dans cette profession. Quelles réponses allez-vous y apporter?
Nous devons faire prendre conscience aux entreprises de l'intérêt que l'informatique représente dans le cadre de leur développement. C'est vrai qu'elles ont un peu laissé tomber les informaticiens lors de cette crise. Mais grâce aux parrains que nous avons trouvés, en particulier Daniel Borel, patron de Logitech, et Patrick Aebischer, directeur de l'EPFL, nous espérons que les entreprises comprendront qu'il est important qu'elles aident les jeunes à trouver leur voie dans cette discipline.
Par ailleurs, dans le cadre du salon Business Systems & Solutions qui se tient à Lausanne au début avril, un cycle de conférences au cours duquel six chefs d'entreprise viendront parler de l'informatique devrait aider à démystifier le rôle des informaticiens.
En outre, nous prévoyons une journée de réflexion pour les professionnels de l'informatique en septembre prochain dans le cadre du Groupement romand de l'informatique pour aborder ces questions de manière un peu plus approfondie.
De quoi sera encore ponctuée cette année de l'informatique?
Les manifestations seront nombreuses et se dérouleront tout au long de l'année dans les principales villes de Suisse. A partir du mois d'avril, un projet va être lancé par l'Université de Berne et l'Ecole pédagogique de Suisse centrale sous le nom de Elearnit pour initier les jeunes de 9 à 13 ans à l'informatique.
Une exposition itinérante («Roadshow») se déroulera en parallèle sous la forme d'un pavillon de 80 mètres carrés. Elle sera appelée à circuler dans les écoles et les salons destinés aux jeunes et étudiants afin d'éveiller leur intérêt pour les professions de l'informatique et leurs débouchés. Enfin, la manifestation de clôture se tiendra à l'EPFL au niveau de l'ensemble de la Suisse, prouvant ainsi que la Romandie joue un rôle important dans le regain d'intérêt pour cette profession sur le plan helvétique.
Cette initiative fédératrice doit en effet servir de caisse de résonance pour sensibiliser toute la population à l'importance de l'informatique dans la société.
Quels sont les principaux freins à cette prise de conscience?
Ils se rencontrent à tous les niveaux. Cela commence par le corps enseignant qui devrait immerger les élèves dans l'informatique dès leur tendre enfance. Tous les élèves devraient savoir utiliser le traitement de texte, les utilitaires de présentation assistée par ordinateur, un tableur et la messagerie électronique, mais ce n'est malheureusement pas encore entré partout dans les mœurs.
Dans un autre domaine, il faut bien aussi reconnaître que les personnes en charge des métiers de l'ingénierie ne savent pas bien vendre leur image auprès de la population.
Et quelles difficultés rencontrez-vous dans le cadre de cette initiative?
La principale est incontestablement le cloisonnement des cantons.
Mais ne pensez-vous pas que toutes ces difficultés proviennent du manque de reconnaissance des entreprises pour les informaticiens?
On présente toujours l'informatique sous un angle trop technique. Et si les entreprises ont outsourcé leur informatique, provoquant du même coup le chômage de bon nombre d'informaticiens à partir du début des années 2000, c'est en bonne partie à cause du manque d'informaticiens ayant des compétences très pointues dans certains domaines.
Aujourd'hui, on en est aussi revenu et l'on parle plus de «nearshoring», c'est-à-dire de délocalisation proche, que d'off-shoring. Les entreprises ont en effet constaté que cette dernière engendrait des coûts cachés supplémentaires en terme de communication.
Les inconvénients de l'outsourcing ont donc été souvent mésestimés?
Oui, certainement. Mais ce n'est pas pour autant qu'il va disparaître. Nous nous trouvons en face d'un phénomène de mondialisation et il n'est pas possible de nous en passer. Surtout qu'il ne présente pas que des inconvénients car il stimule aussi la création de postes d'intégrateurs et d'analystes dans notre pays. La complexité des métiers avance très vite et il faut répondre à ce défi en créant aussi des postes de spécialistes dans de nombreux secteurs qui doivent comprendre comment s'articulent les applications et les métiers.





