Réflexion sur le débat salarial

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Selon les chiffres publiés par l'Office fédéral de la statistique, les salaires effectifs en Suisse ont augmenté en moyenne de 0,8% l'année dernière.

Le cabinet de consultants Kienbaum a récemment publié une étude sur le salaire des cadres en 2011. Selon cette enquête effectuée auprès de quelque 371 entreprises - sur plus d'un demi-million d'entreprises existant en Suisse - le salaire des cadres a augmenté, en 2010, de 2,8% par rapport à l'année précédente.

Au début de l'année 2011, l'Union syndicale suisse (USS) a lancé une initiative populaire fédérale exigeant un salaire minimum légal (Initiative sur les salaires minimum) et dénonce, dans son rapport sur la répartition des revenus et de la fortune en Suisse paru en avril dernier, le constant élargissement de la fourchette salariale entre les bas et les hauts revenus.

L'Union patronale suisse explique essentiellement l'accroissement des hauts salaires par des modifications structurelles (toujours plus d'entreprises internationales s'implantent en Suisse) et souligne que l'écart entre le plus bas et le plus haut salaire dans les entreprises en Suisse demeure modéré en comparaison internationale.

 

Une thématique qui nourrit d'autres débats

Au-delà des deux extrêmes qui alimentent émotionnellement la polémique, la jalousie des uns d'un côté et l'indécence de certaines rémunérations de l'autre, il n'est pas inutile d'approfondir la question du salaire et de l'équité salariale. Cela fait depuis la nuit des temps qu'il existe des divergences sur la notion du salaire équitable. Depuis que le travail est rémunéré, les philosophes, les économistes - et même la Bible - cherchent en vain la réponse à la question: qu'est-ce qu'un salaire juste ou équitable? Tous semblent néanmoins s'accorder sur le fait qu'il n'existe objectivement pas de juste salaire.

La justice salariale, pour autant que l'on puisse la nommer ainsi, s'appréhende toujours selon (au moins) trois points de vue: celui du salarié, celui de l'employeur qui verse le salaire et celui de la société qui se situe à l'extérieur de cette relation contractuelle. Si ces trois parties s'entendent sur un salaire, alors peut-être approche-t-on de la notion de salaire équitable. On se rend ainsi compte que cette notion restera toujours hautement subjective et fait l'objet de débats parfois houleux.

 

Une compétence des partenaires sociaux

Le salaire est la rémunération du travail; il est ainsi directement l'affaire des parties liées par un contrat de travail, les employeurs et les travailleurs, ou indirectement l'affaire des partenaires sociaux représentant ces deux parties lors de la conclusion de conventions collectives de travail. Du point de vue de la liberté des conventions, il est logique que seules les parties à une relation contractuelle en déterminent librement le contenu. Dès lors, il revient aux parties concernées, et à celles-ci uniquement, de fixer le salaire qui leur semble être le plus adéquat compte tenu de l'ensemble des circonstances et notamment des exigences du poste de travail en question.

Les dépenses inhérentes aux charges salariales nécessaires à la fabrication d'un bien ou à la prestation d'un service se répercutent sur leur prix. Des salaires plus élevés conduisent ainsi à l'augmentation du prix, ce qui peut générer une spirale inflationniste indésirable.

 

Une approche inégalitaire

Fixer légalement des salaires minimaux ou maximaux n'est pas une bonne approche. Cette manière de régler la problématique n'apporterait pas la justice escomptée, elle empièterait sur la liberté contractuelle et imposerait des stéréotypes parfaitement inadaptés aux situations concrètes.

Des solutions inspirées par la réalité économique et le bon sens, négociées raisonnablement par les partenaires, valent mieux que des solutions imposées par l'Etat. Face à une situation concrète, tenter de prendre un peu de recul et se demander ce que la société considérerait comme juste ne serait dommageable ni à l'employeur, ni au travailleur. On peut néanmoins se réjouir du fait que la majorité des salaires négociés entre les parties ne sont, sur le fond, pas remis en cause.

(SME/PM)