Validation des acquis: l'idée fait son chemin

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Obtenir un diplôme de qualification professionnelle reconnu par des instances officielles uniquement sur la base d'un bilan de ses compétences est un projet qui commence à s'imposer.

En Suisse, les procédures de validation des acquis de l'expérience existent depuis un certain nombre d'années au niveau de la formation professionnelle et, depuis peu, également dans les hautes écoles (HES et universités). Ce concept répond à une évolution que l'on constate dans le monde du travail. D'une part, les besoins de l'économie augmentent et se diversifient. Par ailleurs, la profession exercée réellement par les employés ne correspond plus forcément à celle qu'ils ont appris dans leur jeunesse, comme c'était le cas avant les profondes mutations des entreprises et la mondialisation de l'économie. Mais les réalisations effectives commencent seulement à se concrétiser sur une large échelle.

 

Reconnaissance de l'avance des Romands

C'est en février 2005 que les premiers travaux démarrèrent au sein de l'Office fédéral de la formation et de la technologie (OFFT). L'objectif de ce projet était d'élaborer une ossature au niveau suisse pour la validation des acquis de l'expérience. La version finale du cadre national a vu le jour en automne 2009 après d'importants travaux des groupes d'experts, d'un groupe de conception et d'une équipe de coordination. Le tout chapeauté par un comité de pilotage composé de sept personnes et dirigé par Grégoire Evéquoz, directeur général de l'Office d'orientation et de formation du canton de Genève.

Si ce dernier a été invité à occuper ce poste, c'est un peu pour honorer l'important travail de pionnier qui a été réalisé en Suisse romande dans ce secteur depuis des années. Actuellement, dans le canton de Genève, une trentaine de certificats fédéraux de capacité (CFC) peuvent être décrochés en faisant valoir la procédure de validation des acquis de l'expérience. Parmi ces professions, on trouve bon nombre de métiers manuels et des milieux de la santé et du social, mais aussi dans le secteur du tertiaire, tel qu'employé de commerce, gestionnaire du commerce de détail, assistant en information documentaire, gestionnaire en logistique, informaticien, graphiste, etc.

 

Des situations très différentes d'un canton à l'autre

Les autres cantons romands ne sont pas totalement absents de cette procédure d'homologation dispensée par l'Office féféral de la foramtion professionnelle et de la technologie (OFFT). Et la liste des certificats de capacité et attestations professionnelles accessibles de cette manière va assurément s'allonger au fil de ces prochaines années. Par ailleurs, certaines validations sont organisées dans le cadre de collaborations intercantonales, comme c'est le cas dans le Valais, où une entente avec le canton de Vaud est bien avancée pour ce qui est du métier de médiamaticien, avec Vaud et Berne pour ce qui est des assistants en logistique et avec Fribourg pour les informaticiens. A Neuchâtel également, une collaboration est en cours avec les cantons de Berne et le Jura pour ce qui est des professions d'assistant/e socio-éducatif/ve, ainsi que les projets pilotes de mécapraticien/ne et d'assistant/e en soins et santé communautaire.

«Le canton de Vaud souhaite se doter d'un dispositif de validation des acquis dans le domaine commercial», note en particulier Pascal Berset, secrétaire de la SEC Lausanne. «Il nous a contacté pour évaluer la possibilité de mettre sur pied un tel concept» souligne-t-il. La SEC Lausanne en est au stade de consultation des différentes parties prenantes potentielles pour ce projet - parmi lesquelles les association professionnelles d'employés et patronales - afin de rallier le consensus le plus large dans ce domaine.

 

Passer du règlement cantonal à l'ordonnance fédérale

Dans le canton du Valais, le principe de reconnaissance des acquis remonte aux années 1995 à 1997, à la lumière d'une règlement cantonal de reconnaissance institutionnelle. Un règlement et pas une loi, ce qui enlevait le caractère obligatoire de cette mesure, et qui a aussi obligé les responsables de l'instruction publique de composer avec les milieux patronaux et associatifs pour y parvenir. Avec l'arrivée de la nouvelle loi sur la formation professionnelle qui instaure justement qu'un diplôme reconnu par la Confédération peut être obtenu en suivant différentes filières - dont l'une est justement la validation des acquis de l'expérience - le canton a adapté son concept de base tout en conservant en parallèle certains de ses instruments spécifiques.

«Cette reconnaissance institutionnelle qui avait été accordée à l'époque par le pouvoir politique marche bien» admet Christian Bonvin, de la direction du projet auprès de l'Office d'orientation scolaire et professionnelle du Vieux-Pays. «Nous avons lancé certains projets en collaboration avec d'autres cantons, comme c'est le cas des médiamaticiens, mais nous sommes aussi partis tout seul pour ce qui est des informaticiens» précise-t-il. «Dans de nombreux autres secteurs, nous travaillons en étroite collaboration avec le canton de Genève.»

A Genève, la situation est un peu plus confortable car basée à l'origine sur une loi cantonale, ce qui a permis de faire avancer les dossiers un peu plus rapidement et de manière directive. Si la collaboration a pu s'instaurer entre la Cité de Calvin et le Valais, ce n'est pas très étonnant, sachant qu'avec son collègue Grégoire Evéquoz, ils ont appris sur les mêmes bancs d'école. «Nous avons aussi des processus de reconnaissance en dehors des CFC en vue de répondre à des besoins bien spécifiques» note encore Christian Bonvin. «La méthode mise en place à l'origine fait appel à une évaluation basée sur une granulométrie plus fine.»

 

Une judicieuse répartition des tâches

Les cantons de Berne, Jura et Neuchâtel ont collaboré au projet pilote de validation des acquis en se répartissant les tâches. Pour la phase actuelle, les effectifs des volées ont été limités à 25 candidats par classe par l'OFFT. Au terme de la convention de collaboration entre ces trois cantons, la moitié des effectifs des classes ont été attribués aux cantons organisateurs, le reste étant réservé aux autres cantons. «Pour ce qui est de la filière de mécapraticien, il a fallu sélectionner les candidats» regrette Florant Cosendey. Il souligne par ailleurs que grâce à cette collaboration, cinq candidats bernois francophones à la validation des acquis d'employé de commerce ont pu se raccrocher à la volée qui vient de terminer dans le canton de Neuchâtel.

Cette répartition des tâches est aussi très appréciée dans le canton du Jura, qui s'est engagé dans la validation des acquis de l'expérience dans le métier d'assistant en soins et santé communautaire. «Nous avons effectivement de la demande pour d'autres métiers, mais il faut encore atteindre le nombre de candidats voulu si l'on désire pouvoir mettre sur pied les modules de complément de formation prévus dans le cadre du projet de l'OFFT» admet Jean-Pierre Gillabert, chef de projet pour le canton du Jura.

 

Pour que tout le monde tire à la même corde

Dans le canton de Vaud, la validation des acquis de l'expérience était jusqu'ici chapeauté par la direction de l'enseignement post-obligatoire (DGEP), mais il vient d'être transféré à l'Office de l'orientation scolaire et professionnelle. En tant que tel, l'Etat ne prend pas d'initiative directe dans ce domaine. «Ce sont les organisations du monde du travail qui doivent prendre l'initiative de lancer des projets de validation des acquis» note Daniel Hug, de la division de l'apprentissage au sein de la DGEP. Des projets existent déjà dans le cadre de collaborations avec les cantons du Valais - pour le métier de médiamaticien - et de Genève. Au total, des procédures dans une quarantaine de métiers sont sous-traitées à ces deux cantons.

«Des discussions sont en cours pour faire quelque chose pour les informaticiens au niveau romand» précise Daniel Hug. Et un projet semblerait voir le jour pour les employés de commerce, à l'initiative de la SEC Lausanne. «Mais il faut encore que toutes les organisations du monde du travail tirent à la même corde» admet-il en substance. «Nous allons en tout cas les accompagner dans cette démarche.»

Par ailleurs, la Fédération suisse pour la formation continue (FSEA) a mis en place un système permettant d'acquérir le diplôme fédéral de formateur/trice depuis 2007 déjà, en empruntant la voie de la validation des acquis de l'expérience. Un processus qui est appliqué à l'ensemble des niveaux.

 

Au moins cinq ans d'expérience

Les conditions sine qua non pour qu'un candidat obtienne la validation de ses acquis dans le secteur professionnel qui ne dispose pas de diplôme du degré secondaire II est de bénéficier au minimum de cinq années d'expérience professionnelle, dont deux dans le secteur où le candidat désire acquérir une reconnaissance de ses compétences. Les offices de formation des différents cantons romands ont bien compris l'intérêt que présente ce dispositif et s'y sont tous intéressés dans le cadre des mesures visant à lutter contre l'un des principaux fléaux qui mine l'accessibilité de personnes compétentes, mais ayant un parcourt professionnel atypique, à s'insérer dans le monde du travail.

Les entreprises de pratique commerciales apportent également leur soutien au processus de validation des acquis de l'expérience. L'association Helvartis - précédemment connue sous le nom de Centrale suisse des entreprises commerciales - a par exemple élaboré un programme appelé Taktoo, qui permet de répertorier les savoir-faire et savoir-être des stagiaires en vue de les aider à faire valoir leurs acquis et à leur proposer des modules de formation destinés à combler certaines de leurs lacunes.

 

Très peu d'opportunités pour le recyclage

«Cette voie est faite pour tous ceux qui sont capables de travailler de manière autonome» reconnaît Laurent Comte, directeur d'Helvartis. «Cela exige de 250 à 300 heures de travail personnel» précise-t-il au sujet de la validation des acquis dans le secteur commercial. «Pour quelqu'un qui n'a pas étudié depuis des années, c'est très dur.» Il estime pourtant que dans le monde professionnel, la validation des acquis de l'expérience fait partie des projets indispensables à notre société. Ce concept va dans le sens du principe d'apprentissage tout au long de la vie. Raison pour laquelle la SEC Lausanne envisage de se lancer sur la voie d'un brevet fédéral accessible par le biais de la valorisation des acquis de l'expérience.

Ce principe se heurte pourtant à un handicap majeur: il est en effet nécessaire de pouvoir justifier de cinq années de pratique, dont deux dans le secteur d'activité idoine, pour faire valoir son droit à profiter de cette mesure. Si l'on veut réorienter sa vie professionnelle, le constat est donc assez peu encourageant. Pour le candidat, il lui faut alors trouver un employeur qui l'engage dans le secteur où il veut se réorienter et y travailler deux années pour pouvoir profiter de cette mesure. Ou avoir la chance de travailler dans une entreprise qui est active dans plusieurs secteurs d'activité et demander à son patron la possibilité de changer de service ou de mission au sein de ladite entreprise.

 


Pour en savoir plus

Au niveau de la Confédération

www.valida.ch

www.validaquis.ch

www.bbt.admin.ch

www.sbbk.ch www.helvartis.ch

 

Canton de Berne: www.erz.be.ch

Canton de Fribourg: www.fr.ch/sofra

Canton de Genève: www.geneva.ch/ofpc

Canton de Neuchâtel: www.cicf-ne.ch

Canton du Jura: www.jura.ch/cos

Canton de Vaud: www.vd.ch/dgep