Les cyber-entreprises, creuset des sociétés du XXIe siècle

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Le développement des réseaux informatiques et la globalisation de l'économie ont des répercussions directes sur la structure des entreprises.

Les mégafusions qui actuellement font foison ne sont que les derniers sursauts d'une économie qui cherche de nouveaux repères. Les gourous de l'économie parlent désormais de l'émergence des cyber-entreprises. Fusionner deux entreprises répond aujourd'hui à un seul objectif: reconquérir des parts de marché dans une économie en plein effritement. Ce n'est pourtant qu'un pis-aller, car les causes mêmes de cette érosion sont bien plus profondes.

Après avoir prôné toutes sortes de méthodes miracles pour gérer les entreprises, les grands pontes du management doivent reconnaître leur profonde déception. Après le «management by exception», le «management by chaos» en passant par toutes les recettes de cuisine possibles, on se retrouve au point de départ: la motivation du personnel. Et dans la période de crise économique chronique dont sont frappées les entreprises, avec les lots de restructurations, fusions et licenciements, comment faut-il faire pour réussir à motiver des employés décontenancés par ces vagues successives de «redéploiement».

L'entretien et le développement des infrastructures socio-économiques de notre société de consommation exigent un volume de travail qui n'a, globalement, pas beaucoup diminué. La rentabilité de la main-d'œuvre a par contre énormément augmenté et celle-ci doit produire encore plus sous la pression de l'insécurité de l'emploi.

 

S'adapter ou périr

Les besoins de l'économie et des consommateurs sont plus volatils, la concurrence, agissant plus globalement, devient plus rude sur le plan international. Les entreprises doivent pouvoir réagir extrêmement rapidement aux changements des habitudes des consommateurs. Dans un tel contexte socio-économique, les entreprises mammouths ne pourront survivre que si elles se plient aux nouvelles lois du marché. Mais il faut pouvoir agir vite et les entreprises qui sont dotées de structures traditionnelles issues du taylorisme ne sont pas adaptées pour relever ce défi.

 

A chacun son métier

Pour survivre dans un environnement en perpétuel changement, il faut faire appel à la ressource la plus compétente dans son domaine, quel que soit l'endroit où elle se trouve. Ce précepte fondamental est la suite logique des efforts faits pour produire selon la méthode des flux tendus. Mais ce processus ne s'arrête plus uniquement aux activités de production. Elle concerne toute la chaîne de conception, de réalisation et d'industrialisation.

Dans l'entreprise de demain, les apports des nouvelles techniques déboucheront sur une approche globale des problèmes. Grâce aux futures avancées en matière de capacité et de bande passante des réseaux de transmission de données, la communication visuelle transitera à travers les autoroutes de l'information à la vitesse de la lumière.

 

La micro-entreprise virtuelle agit à l'échelle planétaire

De telles possibilités offertes aujourd'hui par la cybernétique ne manquent pas de nous couper le souffle. Dans l'entreprise du futur, on ne mettra pas aux premières loges le nombre d'employés, d'usines, de bâtiments à l'actif de son bilan. Bien au contraire, ces éléments seront probablement plus des facteurs négatifs que positifs. Car tout processus de conception et de création s'effectuera entre spécialistes dotés de compétences extrêmement pointues qu'ils offriront par Internet interposé.

Tout reposera sur la notion d'activité virtuelle. De la phase de conception sur ordinateur en passant par le calcul de la résistance des produits imaginés dans l'esprit de leurs géniteurs, sans oublier toute la phase de marketing, tout sera conçu de manière impalpable.

La méthodologie de travail fera par contre largement appel à la communication. Les réunions de spécialistes se dérouleront sur Internet soit sous la forme de forums de discussion, soit sous une forme plus moderne de visioconférence.

 

Cultiver son rêve personnel

Le patron de l'entreprise invitera ses associés et partenaires à un débat se déroulant dans la salle de réunion virtuelle de son entreprise. Aucune entreprise du bâtiment n'aura participé à son élaboration. Tout au plus quelques spécialistes de la programmation d'espaces virtuels sur Internet.

Tranquillement assis dans la chaise de jardin de son cottage familial, le spécialiste du marketing dissertera sur la couleur (virtuelle) de la cravate de son mandataire, confortablement assis dans le fauteuil club du salon de sa villa californienne ou de son yacht privé. Celui-ci l'aura choisie parmi une centaine de modèles disponibles dans sa garde-robe virtuelle personnelle.

Tout comme le sera l'ameublement du jour de sa salle de réunion virtuelle dans laquelle ils ont décidé de se rencontrer. Les discussions se dérouleront pourtant de manière absolument interactive, mais depuis tous les points du globe. Et durant l'interruption de séance, ils se retrouveront à digresser sur leurs récentes vacances, chacun assis devant la machine à café, elle aussi virtuelle.

 

Penser globalement, agir localement

Une fois les principales décisions prises, chacun rentrera chez soi. Mais comme personne ne s'était déplacé, le retour au bercail s'effectuera à la vitesse de la lumière. Le temps de déconnecter son ordinateur personnel du branchement à l'entreprise virtuelle. Plus de risque de retard d'un avion, d'une grève intempestive du personnel au sol, plus de risque d'accident ni de crevaison sur la route qui nous ramène de l'aéroport.

Chacun pourra se remettre immédiatement à la tâche. Le spécialiste du design industriel confrontera ses idées par Internet interposé avec l'ingénieur de conception. Le spécialiste du marketing se réunira sur un autre site virtuel pour débattre du lancement de la campagne publicitaire avec un conseiller médias, alors que l'ingénieur d'application cherchera sur le réseau quelles seraient les entreprises les plus compétentes dans leur domaine pour concrétiser physiquement toutes ces idées ébauchées dans les neurones des ordinateurs et du réseau.

De tels scénarios sont loin d'être une utopie. Déjà aujourd'hui, les banques virtuelles permettent d'effectuer toutes sortes de transactions mondialement au travers d'Internet sans disposer d'une seule succursale. L'écran du PC de n'importe quel quidam ou entreprise sert d'agence. Ebauchés lors des premiers essais avec le vidéotex, ce concept de banque à domicile prend toute sa dimension avec Internet. Bien sûr, la question de la fiabilité du transfert d'argent et de l'envoi de son code d'identification au travers du réseau reste problématique. Mais il ne s'agit que d'une péripétie.

Comme le disait récemment un spécialiste de la sécurité: «Même aujourd'hui, c'est encore moins risqué d'indiquer son code d'identification personnel sur Internet que de laisser le garçon emmener sa carte dans l'arrière-salle du restaurant pour soi-disant en contrôler la validité.» Dans certains pays, la falsification des cartes de crédit est devenue un tel sport national que les grands instituts d'émission spécialisés dans ces nouveaux modes de paiement se sont précipités sur Internet comme sur une bouée de sauvetage.

© Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch