L'Entreprise 2.0, un nouveau paradigme
Écrit par Pierre-Henri Badel Lundi, 03 Mai 2010 13:45
Par Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch
C'est en prenant comme référence le réformateur Calvin que Richard Collin, directeur de l'Institut de l'Entreprise 2.0 à l'Ecole de management de Grenoble, a comparé le chamboulement que nous vivons. La révolution du protestantisme a été engendrée par la découverte de l'imprimerie, celle que nous découvrons découle de la conjonction de l'informatique et des télécommunications. Le monde économique n'a pourtant pas pris la mesure de l'ampleur de ce mouvement de fond qui est en train d'ébranler notre civilisation, a-t-il expliqué lors d'une conférence tenue à Genève jeudi dernier dans le cadre de l'Institut nationale genevois.
Au fil des ans, notre société est devenue très complexe. Trop complexe, même. A tel point que «quand cela grippe quelque part, on ne peut pas avoir une approche analytique de la complexité» a-t-il relevé. La révolution du taylorisme a consisté à organiser la production. Or, on constate qu'actuellement, la part de la population impliquée dans la fabrication de marchandises ne dépasse pas 10% de l'activité. «Que font les 90% restants de l'humanité?» demande Richard Collin. «Ils traitent de l'information» rappelle-t-il.
La société et les entreprises doivent être conscientes qu'avec les nouvelles technologies, tout devient toujours plus transparent et tout se sait si l'on n'y prend garde. «Grâce à Internet et les réseaux sociaux, chacun d'entre-nous peut être acteur d'une conversation qui se déroule au niveau mondial» souligne-t-il. «Tous les habitants de la planète peuvent ainsi être acteur du monde.» Cela modifie totalement notre manière de travailler. Tous les processus classiques sont devenus caducs. Les banques ne sont pas conscientes que tout à changé. Elles sont en train de reconstruire les modèles qui les ont amenées à la ruine. Et la seule manière de réagir avec la disparition des repères nous oblige à relever nous même des défis continus imprédictibles.
Dans un tel contexte, il prédit que l'on est en train de basculer d'une économie de propriété à une économie d'usage. «Les entreprises ne vendent plus des produits, mais des services» rappelle-t-il. Du coup, les activités de production évoluent, en particulier avec l'apparition des fablab, sortes de mini-usines qui permettront de fabriquer des produits de manière personnalisée et décentralisée à l'échelle d'un quartier, si ne n'est d'un immeuble, en fonction des besoins très spécifiques.
Comme la part de la production dans les activités des entreprises s'effondre, elles sont condamnées à vendre des valeurs génératives telles de la confiance, l'immédiateté, la personnalisation, la signification, l'authenticité et l'accessibilité.
Le seul moyen de construire ces valeurs est de les faire au travers des réseaux sociaux et informels. «Dans une économie de l'information, ce qui fait le prix, c'est la connaissance partagée» explique encore Richard Collin. Ces valeurs ne sont plus véhiculées par la publicité. Trois quarts de la population de moins de 30 ans n'y font pas confiance. Ils font confiance à leurs amis. Du coup, la planète est devenue un village où tout se sait. «Ce qui compte, c'est la manière de partager avec les autres» souligne encore Richard Collin.





