Une nouvelle chance pour le fédéralisme informatique

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Les solutions d'intégration des applications d'entreprise (EAI) étaient annoncées il y a cinq ans comme inaugurant une profonde révolution. Mais il a fallu attendre que Microsoft se lance sur ce marché pour commencer à y croire.

 

Pierre-Henri Badel, www.adi-presse.ch

 

Plus de cinq ans après le lancement des solutions d'intégration des applications d'entreprises (EAI, abréviation de Enterprise Application Integration), la plupart des experts continuent envers et contre tout de leur prédire un puissant avenir. Ces plates-formes, relevant d'une technologie internet applicable aux systèmes intra ou extranet des sociétés, n'ont-elles pas pour but de combler une lacune importante dans l'organisation des réseaux?

Il existe actuellement une multitude de solutions informatiques dans les entreprises, mais les hiérarchies ont toutes les peines du monde à faire circuler de manière cohérente les informations. Le véritable enjeu de l'intégration est de faire en sorte que les différents flux d'information transitent sans problème à tous les niveaux de l'entreprise, et même en dehors de ses frontières géographiques (filiales, fournisseurs, clients). Pour y parvenir, on parle souvent de «fédéralisme informatique».

Les grandes entreprises s'y sont lancées avec l'aide de quelques éditeurs de logiciels comme J.D. Edwards, Tibco, Sybase, Cross, TSI, Sunopsis ou encore Fuego, la plupart américains. Mais les solutions proposées sont très lourdes. Elles exigent des investissements importants qui retiennent encore le marché.

La situation est peut-être en train de changer avec Microsoft et son logiciel BizTalk. Disponible en français depuis deux ans, la solution du géant de Redmond mise sur les protocoles propres au Web (HTTP, HTTPS, SMTP ou FTP) pour transporter les messages. Les développeurs disposent de l'outil de conception UML qui fait partie du module Biz Talk Orchestration qui se charge de gérer les flux de données transitant entre les différentes applications.

Ce sont les banques qui auront la priorité de la stratégie Microsoft en la matière. Raison pour laquelle l'éditeur américain a dévoilé une version de Biz Talk spécialement dédiée aux services financiers. Pour se lancer, elle s'est basée sur une étude de Datamonitor qui révélait qu'en 2003, l'industrie des services financiers devrait dépenser pas moins de 2,2 milliards de dollars pour les technologies favorisant l'intégration d'applications et de processus commerciaux. L'engagement du N° 1 du logiciel démontre bien l'intérêt que représente ce marché.

En fait, l'intégration des différentes applications déployées dans les entreprises est une tâche tellement vaste que les principaux acteurs sont condamnés à collaborer. «Le premier problème avec l'EAI, explique Kimberley Knickle, directeur des recherches auprès du cabinet de conseil AMR Research, est que cette intégration a une signification différente selon les personnes qui en parlent, et naturellement selon les divers fournisseurs». Il faut donc bien définir ce que l'on entend réellement sous cette appellation.

Un logiciel d'EAI permet de modéliser les processus et les échanges entre applications qui en découlent. En prenant comme référence le schéma des flux des processus, il joue le rôle de traducteur entre les applications et route les informations en se basant sur les logiciels dits de «middleware». L'EAI tient le rôle de chef d'orchestre des processus, à l'opposé de tous les autres musiciens qui ne font qu'interpréter une partition (applicatif) donnée. Avec comme constante, de donner suffisamment de résonance au morceau pour qu'il puisse être entendu bien au-delà de la simple fosse d'orchestre.

En fait, avec un EAI, toute l'approche des entreprises est révolutionnée. Jusqu'ici, les éditeurs essayaient toujours de proposer des interfaces pour accoupler une application complémentaire à leur programme. Un peu comme si l'on voulait laisser la possibilité aux utilisateurs d'accrocher un wagon supplémentaire à leur solution. Aujourd'hui, avec l'intégration des applications, un tel concept est entièrement caduc. Plutôt que d'appliquer une politique des petits pas pour adjoindre des fonctions supplémentaires, on tient compte du cheminement des flux que l'on automatise un à un.

Pour réussir l'intégration, il faut pourtant commencer par faire un état des lieux de son informatique.

Il ne s'agit pas de tout remettre à plat comme cela était préconisé dans les approches de réingénierie des années 80, et de devoir jeter le bébé avec l'eau du bain. On veut désormais faire évoluer en douceur tout l'acquis informatique vers une solution qui, en réalité, ne fait que banaliser les outils de gestion. L'objectif est d'en extraire toute la quintessence, c'est à dire l'information, et la diriger à bon escient vers tous les acteurs de l'entreprise impliqués par les processus administratifs en question.

Il est bien sûr nécessaire que tout le patrimoine informatique soit disponible dans un format compatible avec le Web, mais quel éditeur, aujourd'hui, ose encore proposer un applicatif incapable de supporter cela? Dès lors, les responsables de la bonne marche des entreprises n'ont plus à quémander continuellement les informations dont ils ont besoin pour assumer leur mission. Le paradis, quoi. Mais il ne semble pas être encore tout à fait pour demain matin...