Les caisses de pension face à l'industrie financière

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Les caisses de pension servent en premier lieu à gérer l'épargne des salariés en vue de leur retraite. Les montants ainsi récoltés doivent cependant être investis.


Une étude menée à l'Université de Neuchâtel se penche sur l'utilisation de ces fonds. Dans quels secteurs économiques ces investissements sont-ils réalisés? En Suisse ou à l'étranger? Quelles régions sont favorisées à l'intérieur du pays? Toutes les entreprises en profitent-elles? Une chose ressort de ette étude: l'industrie financière exerce une influence considérable sur ces choix.
Les caisses de pension visent à mettre nos vieux jours à l'abri des coups durs. Jusque dans les années quatre-vingt, cette épargne était essentiellement investie dans la région ou en obligations de la Confédération. Avec le développement du deuxième pilier, les modalités de gestion ont considérablement changé. Le groupe de recherche en économie territoriale (GRET) de l'institut de sociologie de l'Université de Neuchâtel montre que l'industrie financière, qui s'est développée en parallèle, est parvenue à investir les montants considérables prélevés par les caisses via les marchés financiers. Mais cette industrie a également imposé de nouveaux critères d'investissement.
Entre l'épargne prélevée sur les salaires et l'investissement final, la filière est longue et peu transparente. Les caisses délèguent de plus en plus souvent la gestion de leurs fonds mobiliers (actions et obligations) à des banques. Etonnamment, un très petit nombre d'institutions se partagent la tâche. L'étude distingue le trio suivant: banques privées, grandes banques du pays (UBS et Crédit Suisse) et banques cantonales (Swisscanto).

Les gestionnaires réagissent comme des moutons
De plus, ces quelques gestionnaires vont pour la plupart adopter des plans d'investissements similaires, relève l'étude. pour ce qui est des placements en Suisse, étant donné la configuration des marchés, le portefeuille type d'une caisse comprend ainsi, d'une part, les actions de quatre sociétés (Novartis, Nestlé, Roche et UBS) et d'autre part les obligations de quatre types d'émetteurs (obligations de la Confédération, obligations hypothécaires, obligations bancaires et obligations cantonales). D'où une structure «en entonnoir» mise en exergue par les chercheurs.
Tandis que l'épargne se récolte sur l'ensemble du territoire suisse, sa gestion se concentre sur un petit nombre d'institutions financières situées à Zurich et Genève, et l'investissement profite aux grandes entreprises cotées en bourse. Au contraire, les PME sont écartées de cette manne puisque ce type de placement régional n'est pas liquide et est considéré comme risqué par les acteurs financiers. De la même manière, les nouveaux circuits financiers d'investissements immobiliers se concentrent pour l'essentiel sur la région zurichoise.

Dangereuse globalisation des placements
Autre constatation mise en lumière par l'étude, l'épargne récoltée en Suisse par les caisses est aujourd'hui investie dans des circuits toujours plus lointains, comportant toujours plus d'intermédiaires et de plus en plus exclusivement selon les critères de gestion de la finance. En effet, pour des raisons de liquidité et de diversification des placements, les titres étrangers représentaient en 2004 plus de 51% du portefeuille actions et obligations (soit 155 milliards) contre 26% dix ans auparavant (29,6 milliards). Fini le temps où les caisses géraient elles-mêmes des immeubles dans la région et des portefeuilles d'obligations, principalement publiques.

Hostilité à l'égard de l'intrusion d'autres critères de gestion
En Suisse, l'épargne des fonds des caisses de pension dépasse le PIB national depuis 1998. Elle représente une part considérable de l'épargne des ménages. Il importe donc de s'intéresser à son utilisation. C'est ce que font les économistes régionaux neuchâtelois qui s'interrogent au passage sur les conséquences économiques, environnementales, politiques et sociales de la gestion actuelle des fonds de retraite. Alors que ceux-ci ont un horizon de placement à long terme (25-30 ans), les placements sont de plus en plus réalisés à court terme et presque exclusivement via les marchés financiers. Du point de vue de la gestion, les caisses de pension sont des organes paritaire (avec une représentation égale entre employés et employeurs).
Dans les faits, on constate que les conseils d'administration des caisses sont très passifs et étroitement dépendant des conseils des acteurs financiers de la filière qui se déclarent «assez systématiquement hostiles à l'insertion de tout autre critère de gestion (durabilité, environnement, éthique, équité sociale, etc.) que ceux du rendement et du risque financiers», lit-on dans l'étude.


 

Trois chercheurs du groupe de recherche en économie territoriale (GRET) de l'Institut de sociologie de l'Université de Neuchâtel sont à l'origine de cette étude:
- Dr. Olivier Crevoisier, directeur de recherche, responsable de l'étude. tél. 032 718 14 16.
- Dr. José Corpataux, INRS Urbanisation, Culture et Société, Université du Québec, Montréal, Canada.
- Thierry Theurillat, assistant-doctorant, tél. 032 718 14 35.

Documentation disponible aux adresses web suivantes:
www2.unine.ch/Jahia/site/socio/op/edit/pid/20998
Rapport final sur les caisses et sur les recherches en cours: www2.unine.ch/socio/page11416.html