Le regard de Darwin sur la jungle des marchés financiers
Écrit par Administrator Lundi, 02 Juillet 2007 11:46
En quoi Greenspan avait tort
Intéressé par cette question, le professeur d’économie Thorsten Hens et son équipe de l’Institut für Empirische Wirtschaftsforschung (IEW) de l’Université de Zurich ont d’abord réussi à démontrer que les responsables des banques d’émission feraient mieux de s’abstenir de réagir par des mesures de politique monétaire face aux bulles spéculatives. Lors de ses essais de laboratoire, encore en cours, Thorsten Hens a établi qu’en intervenant ainsi, la Banque nationale toucherait à un tel point les valeurs fondamentales des entreprises qu’en fin de compte, cela n’affecterait que plus négativement encore l’économie nationale. Ce résultat a retenu toute l’attention de la Banque centrale européenne, de la Banque nationale suisse et même d’Alan Greenspan.
Dans le cadre du Pôle de recherche national Finrisk «Evaluation et gestion de risques financiers», Thorsten Hens prévoit d’autres expériences pour mesurer si certains instruments financiers doivent être (temporairement) délaissés, comme les «stratégies Hedge» (opérations de couverture à terme), qui permettent des spéculations boursières à courte échéance. 24 étudiants de l’IEW simuleront virtuellement des transactions. Et selon le «succès» de leurs transactions, ils gagneront véritablement de l’argent, ce qui les encourage d’autant plus. Ces salles de marchés fictives sont encore rares. Elles suscitent néanmoins un intérêt grandissant, surtout depuis que Vernon L. Smith a reçu le prix Nobel d’économie l’an passé pour avoir «fait de l’expérience en laboratoire un instrument d’analyse économique empirique».
Des chercheurs en avance
Thorsten Hens et son assistant Urs Fischbacher fondent leur enseignement sur les principes de la «finance comportementaliste» («behavioural finance»). Cette approche tient compte du comportement psychologique des investisseurs en bourse. Parmi les enseignements acquis par le passé, confirmés également à Zurich, figurent par exemple le constat que les investisseurs optent en général trop tard pour les bons placements et qu’ils se retirent trop tôt, sans attendre la performance maximale. En cas de pertes, ils tendent alors à s’accrocher de manière irrationnelle à leurs placements, prenant ainsi des risques excessifs.
Le groupe de chercheurs du professeur Thorsten Hens n’est pas le premier à intégrer de tels modèles de recherche, mais est cependant en avance dans l’observation de ces modèles en interaction avec des stratégies d’investissement boursier. Dans le monde, seule une trentaine de personnes poursuivent ce type de recherche - Thorsten Hens parle de «finance évolutionnaire» («evolutionary finance»), un développement de la finance comportementaliste.
La «finance évolutionnaire» considère le marché financier comme le résultat «organique» (ou «vivant») de différentes stratégies de placement. Par analogie, Thorsten Hens évoque les modèles de la biologie: comme dans la nature, où les espèces luttent pour des ressources, sur les marchés financiers, différentes stratégies sont engagées dans la chasse aux capitaux. Chaque décision d’achat ou de vente influerait sur les cours de la bourse. Selon Thorsten Hens, l’analyse du marché devrait donc considérer l’ensemble du système et ne pas se restreindre à quelques investisseurs représentatifs, comme continue de le postuler la théorie classique.
Des recommandations pour éviter ces bulles spéculatives
Comme Darwin, le professeur d’économie part de l’hypothèse de l’existence de deux forces régulatrices: l’une de sélection et l’autre de mutation. Selon la loi de la sélection, seuls les plus forts survivent. S les marchés financiers, cela signifie que seules subsistent les bonnes stratégies de placement, les mauvaises se sabotant elles-mêmes. Les marchés connaissent cependant régulièrement des périodes d’apparente tranquillité, où aucune stratégie ne parvient plus à acquérir de parts de marché. C’est là le thème d’un autre aspect de la recherche de Finrisk, qui vise à découvrir si, dans une telle situation de stabilité, la seconde force régulatrice, celle de mutation, pourrait commence à avoir des effets, sous la forme de nouvelles stratégies de placement.
Des logiciels adaptés permettent de confronter les stratégies de marché les plus variées (stratégies «value», «growth», «mean variance», «mome tum», etc.). Pour modéliser ces stratégies, l’équipe de recherche se sert de la nouvelle méthode mathématique de calcul des systèmes aléatoires dynamiques. Ici aussi, avec succès: «Nous avons déjà pu recommander plusieurs stratégies d’investissement boursier semblant plus prometteuses que d’autres», avoue Thorsten Hens. La précision de ces prévisions dépend d’une base de données enrichie en permanence.
De manière générale, ces recherches doivent démontrer s’il existe sur les marchés financiers, une association particulière de stratégies de placement susceptibles de s’influencer mutuellement positivement et de constituer un système stable - un état de «stabilité évolutionnaire». Il serait alors possible d’émettre des recommandations sur la façon d’éviter les bulles spéculatives, néfastes à l’intérêt public, car causes d’investissements stériles. Thorsten Hens est convaincu que si cet argent spéculatif était investi plus tôt, dans la formation par exemple, notre produit national brut s’en trouverait plus élevé.
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