Bien dans sa tête, bien dans son corps

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Les troubles de la santé causés par le stress coûtent actuellement quatre milliards de francs par année à la Confédération; les accidents et maladies de travail tout autant.

 

Les besoins de l'économie, au nom du meilleur rendement au moindre coût, sont souvent en totale opposition avec les aspirations de l'individu, qui souhaite avant tout une satisfaction profonde et un épanouissement personnel dans l'exercice de sa profession. Que faire pour modifier le cours des choses?
Notre système social rigide est construit sur le plein emploi. Et la peur qu'engendre chez le travailleur l'idée de ne plus entrer dans ce schéma devient une source d'angoisse telle que, bientôt, elle finit par provoquer chez lui toutes sortes de troubles, tant psychiques que physiques. La performance à tout prix demande à la longue plus d'énergie à la personne que son corps et sa résistance nerveuse ne sont en mesure de lui fournir. A l'heure où l'offre en soins médicaux est déjà plus que complète, il serait grand temps de réfléchir, non pas pour l'élargir encore par une sophistication d'équipements toujours plus onéreux, mais bien sur les changements à apporter au monde du travail lui-même, afin d'éviter d'avoir recours à la médecine dès que rien ne va plus.

 

Une compétition forcée et non choisie
Selon le magazine focus édité par la Fondation suisse pour la promotion de la santé Fondation 19 - financée par des contributions perçues sur les primes de l'assurance maladie obligatoire - il existe actuellement une telle pression dans le monde du travail qu'il devient difficile, tant au niveau de l'individu que de l'entreprise, d'influencer son mode de fonctionnement.
Compression du travail, cadences trop élevées, obligation d'assimiler en permanence des choses nouvelles, restructurations relèvent toutes de la logique de compétition. Et il est impossible pour le travailleur de s'en soustraire. «C'est là que réside le côté perfide de la situation: même des personnes fournissant déjà beaucoup et qui, au fond, seraient satisfaites de leur vie et de leur travail se voient ainsi forcées de vouloir toujours davantage» analyse Ulrich Thielemann, de l'Institut d'éthique économique de l'Université de St-Gall, qui déclare encore : «La question est de savoir si les champions et les accrocs de la compétition ont le droit de forcer tous les autres individus à faire leur cette forme de vie».

 

La sécurité ne suffit plus en matière de prévention
La Fondation 19 a développé un programme «Santé et Travail» qui a pour but de promouvoir la qualité de vie et la santé des personnes dans les entreprises et dans le monde du travail. La loi sur le travail et celle des assurances ont, elles aussi, depuis longtemps, permis d'organiser la prévention et la sécurité au travail.
Préposés, organes de formation ainsi que partenaires sociaux se sont beaucoup investis pour rendre le travail plus sûr, plus adapté aux besoins de l'individu, moins inégal et plus humain. Mais force est de constater que les résultats n'ont pas encore satisfait les espérances. Selon les termes de la Déclaration du Luxembourg à laquelle certaines entreprises innovatrices de Suisse ont adhéré, «la promotion de la santé dans l'entreprise comprend toutes les mesures des employeurs, des employés et de la société pour améliorer l'état et le bien-être des travailleurs» résume Marianne Villaret, cheffe du programme de la Fondation.
Pour atteindre ce but, les approches doivent donc être interdisciplinaires. «Ce qui nous permet de nous sentir bien, c'est aussi une borine ambiance de travail, des horaires compatibles avec les rythmes de la famille, la possibilité de communiquer les problèmes et de les résoudre avec les collègues ou les clients, les possibilités de carrière et de développement personnel, le contenu de nos actions, etc. Appelons ces facteurs des ressources potentielles de santé!» ajoute-t-elle. On pourrait dire aussi, de la prévention bien comprise.

 

Trouver le dénominateur commun
«La vraie valeur d'une entreprise ne se mesure pas uniquement à ses actifs financiers, immobiliers, matériels... mais à la richesse et à la valeur de ses ressources humaines. Créer un climat relationnel qui favorise le bien-être des personnes, c'est indéniablement donner à l'entreprise une force nouvelle. C'est permettre à l'énergie individuelle de servir le projet d'une entreprise vivante et performante, et de développer une plus grande créativité collective».
Ce plaidoyer sert d'introduction à l'ouvrage Oser travailler heureux de Jacques Salomé et Christian Potié, qui entre bien dans le cadre d'une recherche alliant à la fois les intérêts de toute entreprise confrontée à la dure loi du marché et ceux émanant d'individus en quête du sens à donner à leur vie de travail, à laquelle ils vouent une large part de leur temps et de leurs forces.

 

La communication, source de vie
L'entreprise est un organisme vivant, son énergie et sa vitalité dépendent de la fluidité qui circule entre les personnes et les fonctions. Conflits d'intérêts et de pouvoir ainsi que comportement réactionnel d'attaque ou de défense résultent des difficultés de chacun à entrer en relation avec l'autre. Nous nous abritons derrière notre statut parce que nous avons peur de l'autre. Entrer en relation avec l'autre, c'est prendre le risque de communiquer, donc de se découvrir en mettant en commun des données personnelles, et peut-être des émotions. Et dans le cadre d'une entreprise, ce n'est pas dans les habitudes. Pourtant, quand la communication se fait mal ou est maltraitée, c'est toute l'entreprise qui devient souffrante. Mais il existe des remèdes simples pour que les «mots» deviennent possibles. Il y a un droit à la parole et un devoir d'écoute. S'exprimer, c'est tenter de traduire par des messages ce qui se passe à l'intérieur de soi, vers un destinataire. Entendre, C'est s'assurer, en reformulant par exemple avec ses propres mots, ce que l'on a compris de l'autre.
Un projet commun ne pourra donc rassembler, motiver et donner envie de se dépasser qu'à travers une reconnaissance de chacun des participants. C'est un des rôles du manager qui, pour mobiliser ses troupes, doit aussi savoir exprimer sa vision; décider et gérer; veiller à la mise en relation des personnes; participer à l'action et évaluer les résultats. Les chemins sont donc tout tracés pour mieux nourrir la vitalité d'un organisme, et par voie de conséquence, de tous les individus qui le composent et qui ne s'en porteront que mieux.

 

Bibliographie: Oser travailler heureux, Entre prendre et donner, de Jacques Salomé et Christian Potié, Editions Albin Michel, Paris, 2000, ISSN 2-226-11504-8.