L'assainissement de l'assurance chômage doit être équilibré
Lundi, 15 Septembre 2008 10:07
Pour assainir l'assurance-chômage, le Conseil fédéral mise largement sur de nouvelles ponctions sur les salaires, alors que toutes les pistes d'économies n'ont pas été épuisées.
La prochaine révision de l'assurance-chômage est désormais entre les mains des parlementaires fédéraux. Le projet élaboré par le Conseil fédéral correspond pour l'essentiel à la version mise en consultation au début de cette année; il prévoit d'assainir la situation financière de l'assurance grâce à deux tiers de recettes supplémentaires pour un tiers de réduction des dépenses.
La révision poursuit deux objectifs. Le premier consiste à équilibrer dans la durée les recettes et les dépenses annuelles - le système actuel avait été basé sur 1 ‘hypothèse de 100'000 chômeurs, la réalité montre qu'on est plus près de 125'000; à cet effet, la cotisation ordinaire, actuellement de 2%, serait portée à 2,2%. Le second objectif vise à résorber la dette accumulée par le passé, soit 4,8 milliards de francs; pour cela, on prélèverait de manière temporaire une cotisation supplémentaire de 0,1%, ainsi qu'un "pour-cent de solidarité" sur les salaires élevés, plus précisément sur la tranche comprise entre 126'000 et 315'000 francs. A cela s'ajouteraient diverses mesures d'économie, notamment l'allongement de la durée de cotisation préalable donnant droit à l'indemnisation et l'allongement du délai d'attente initial pour les jeunes gens terminant une formation.
L'économie privée, à juste titre, porte un regard extrêmement critique sur ce projet de révision. Les hausses de cotisations envisagées apparaissent exagérément lourdes; elles représenteraient une ponction supplémentaire de quelque 975 millions de francs pendant une dizaine d'années au moins, jusqu'à ce que la dette de l'assurance-chômage soit remboursée. S'agissant de cotisations paritaires, ce prélèvement toucherait autant les employeurs que leurs employés - ce que les syndicats semblent parfois oublier. De plus, un nouveau renchérissement de la main d'œuvre helvétique ne constituerait pas une mesure favorable à l'emploi.
En regard de cet effort que l'on exigerait du monde du travail, les mesures d'économie se révèlent nettement insuffisantes, à la fois en proportion financière - on parle de 533 millions de francs - et parce que le Conseil fédéral ne s'est pas donné la peine d'étudier toutes les pistes possibles. On aurait pu envisager, en particulier, l'idée d'indemnités dégressives dans le temps, tel que cela se pratique par exemple en Suède; un tel mécanisme renforcerait la motivation à retrouver rapidement un emploi. En effet, si la grande majorité des bénéficiaires de l'assurance-chômage n'épuise pas ses droits, on constate tout de même, chez les chômeurs de longue durée, que le taux de reprise du travail augmente soudainement tout à la fin de la période d'indemnisation.
A ceux qui critiquent par principe toute mesure d'économie, on rappellera que, selon l'OCDE, les conditions offertes en Suisse sont parmi les meilleures du monde. Le taux de chômage, très bas en comparaison internationale, montre aussi que trouver un emploi n'est pas une mission impossible. Dans ces conditions, le monde du travail - qui assume déjà aujourd'hui un devoir de solidarité important - n'acceptera pas qu'on lui impose de nouveaux sacrifices tant que toutes les pistes d'économies n'auront pas été épuisées.
Pierre-Gabriel Bieri, centre patronal, Paudex





