Finance des consommateurs en Europe: retour à la réalité
Écrit par Pierre-Henri Badel Dimanche, 20 Juillet 2008 21:21
Selon le rapport «Consumer finance in Europe: Back to Reality» réalisé conjointement par le cabinet de conseil en stratégie Oliver Wyman et l'Association européenne de management et de marketing financier (Efma), les acteurs européens en quête de relais de croissance devront revoir leurs priorités stratégiques et opérationnelles. Le ralentissement de la croissance, la chute des marges et les contraintes réglementaires obligent les acteurs européens du crédit à la consommation à revoir leurs priorités stratégiques et leurs modèles opérationnels.
Le crédit à la consommation s'essouffle
Après une période de croissance annuelle proche de 9% dans les années 2004 à 2006, le marché européen du crédit à la consommation - qui représente près de 1200 milliards d'euros d'encours - voit aujourd'hui sa croissance ralentir pour s'établir autour de 5%.
«Avec la dégradation de la conjoncture économique depuis 2007, le vent a tourné pour le marché du crédit à la consommation en Europe, notamment sur les marchés arrivés à maturité», explique Jean Coumaros, partenaire en charge du secteur banque de détail pour la région Europe, Moyen-Orient et Afrique d'Oliver Wyman et auteur du rapport. «Ces changements remettent en question les modèles économiques de nombreux acteurs et vont provoquer une restructuration du secteur», ajoute-t-il.
Les principales causes du ralentissement
Plusieurs facteurs concourent à ce que l'on se retrouve dans cette situation de ralentissement du marché du crédit à la consommation:
• Les marges brutes du secteur ont chuté de 12% depuis 2004, compte tenu de l'effet conjugué de la baisse du niveau moyen des taux d'intérêt pratiqués et de l'augmentation parallèle des coûts de refinancement.
• Le taux de défaut des crédits a cru de 30% depuis 2004, en raison de la détérioration des conditions économiques, et de l'importance croissante des segments de clientèle et des canaux de distribution plus risqués. Il est à prévoir que la qualité des crédits se détériore de manière plus rapide et plus prononcée dans certains pays, notamment le Royaume-Uni, l'Espagne et l'Irlande.
• Le segment du crédit sur le lieu de vente dégage une rentabilité faible, voire nulle, sur certains marchés matures du fait du pouvoir de négociation de plus en plus fort des distributeurs.
• La réglementation, particulièrement la nouvelle Directive Européenne sur le crédit à la consommation, devrait avoir un impact négatif sur les niveaux de rentabilité du secteur, dans la mesure où elle favorise une concurrence accrue sur les prix et alourdit l'administration des crédits pour les établissements prêteurs.
Des changements en profondeur en vue
Face à ces nouvelles contraintes, Oliver Wyman s'attend à des changements en profondeur dans le secteur qui se traduiront notamment par une intensification de la consolidation et l'apparition de
nouveaux business models.
D'après ses analyses, le cabinet prévoit qu'en 2015 chacun des 10 premiers acteurs mondiaux gérera au minimum 200 milliards d'euros (contre environ 50 milliards aujourd'hui). A cet horizon, ils devraient détenir 40% du marché mondial, contre 25% aujourd'hui. Parmi les grands groupes financiers européens à la tête de ce mouvement de consolidation, on s'attend à trouver Santander, le Crédit Agricole, BNP Paribas et la Société Générale.
Dans un environnement qui promet d'être plus difficile, il reste néanmoins, selon le cabinet, de nombreuses opportunités à saisir pour les acteurs du secteur. Pour ce faire, ils doivent revoir leurs priorités stratégiques et leur modèle opérationnel.
Trois défis à relever
Selon le cabinet Oliver Wyman, trois défis majeurs sont à relever :
- Promouvoir la croissance
La recherche de nouveaux relais de croissance incitera les acteurs européens à faire cap vers les zones géographiques les plus dynamiques. Ainsi, on peut s'attendre à ce que les acteurs européens investissent dans les marchés émergents à fort potentiel tels que les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). Ces pays connaîtront une croissance annuelle de leurs encours de 20 à 30% et une croissance encore plus importante de leurs profits.
«Les Etats-Unis et l'Union Européenne vont perdre au moins 10% de leur part de marché mondiale au cours des cinq prochaines années, alors que les régions les plus dynamiques (Chine, Amérique latine, Turquie, Russie et Inde) augmenteront la leur de 18% en 2008 à 27% en 2012», indique Jean Coumaros.
- Des offres et des propositions de valeur adaptées à de nouveaux segments de clients à potentiel : immigrants, jeunes adultes et seniors ;
- Des innovations produit telles que l'offre conjointe de crédits et de produits d'épargne, des cartes activables par SMS avec une ligne de crédit pré-approuvée, etc.;
- L'optimisation des canaux de distribution, particulièrement Internet et les intermédiaires (agents ou courtiers);
- La convergence avec d'autres formes de crédit comme l'immobilier ou les crédits aux TPE et professionnels;
- Une attention particulière vis-à-vis des innovations lancées par les nouveaux acteurs des paiements (PayPal) ou les business models désintermédiés (Zopa).
- Augmenter l'efficacité opérationnelle
Bien qu'ayant déjà fait des efforts dans ce sens, les acteurs devront engager des actions supplémentaires en termes d'optimisation de leurs coûts, d'automatisation de leurs processus et de mise en place de plateformes/centres d'excellence multi-pays. L'importance de cette prime à l'efficacité favorisera les rapprochements et la création de géants mondiaux.
- Répondre à la dégradation des conditions de crédit
Face à la détérioration observée du niveau des risque de crédit, les acteurs se doivent de réagir rapidement par la mise en place d'un certain nombre d'actions: évolution de la gouvernance des risques, optimisation des processus d'octroi et sophistication des outils de gestion des risques. Enfin, la performance du recouvrement de créance sera un sujet essentiel pour l'ensemble des acteurs.






