Profondes mutations en vue dans les banques privées et gérants de fortune

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Les restructurations prévisibles ont été déclenchées par le différend fiscal avec les Etats-Unis et l'UE.

La Suisse et d'autres pays européens peuvent se targuer d'une longue tradition dans le private banking, au contraire de l'Asie où ce secteur est encore relativement jeune. Le private banking a beaucoup souffert de la crise financière mondiale qui a fait chuter lourdement la valeur des placements, faisant du coup fondre ses revenus, alors même que ce secteur possède une structure de coûts très élevés. Pour la première fois, la pression sur les coûts y a pris une dimension alarmante, telle qu'on ne la connaissait jusqu'alors que dans la banque de détail.

Une étude sur les intentions en matière de fusions et d'acquisitions conduite par KPMG auprès d'un peu plus d'une centaine de banques privées et de gérants de fortune dans le monde entier a montré que la crise financière a quelque peu tempéré les appétits dans ce domaine. Une autre étude, appelée «Hungry for More», que KPMG réalise chaque année, indique toutefois aussi que le secteur s'attend à une consolidation, car ce marché est encore fortement fragmenté.

 

Qualité du service et performance, les facteurs du succès

En Suisse, le secteur se trouve en plus confronté aux conséquences des conflits en matière de fiscalité avec les Etats-Unis et l'UE, de certains pays voisins particulièrement, ainsi qu'avec l'OCDE, ce qui risque fort de créer des turbulences dans le private banking helvétique. Pour Stuart Robertson, responsable des marchés et membre de la direction générale de KPMG Suisse, il est manifeste «que les règles du jeu ont fondamentalement changé; les modèles d'entreprise qui s'appuyaient exclusivement sur le secret bancaire suisse sont voués à disparaître. A l'avenir, l'accent portera essentiellement sur les services, leur qualité et notamment sur la performance.»

Les banques privées suisses pourront toujours compter sur leurs forces traditionnelles, notamment leur expérience, parfois longue de plus de 200 ans - et la profonde expertise qui en découle, l'importance attachée à la discrétion et à la protection de la sphère privée ainsi que la stabilité du franc suisse et de la situation économique et politique. Les petites sociétés essentiellement actives dans le domaine offshore devront s'assurer certaines options et réfléchir à l'éventualité de regroupements, voire de ventes. Les filiales de banques étrangères présentes dans le domaine offshore se verront également mises sous pression si leur société mère se trouve en main publique ou bénéficie du soutien de l'Etat.

 

Des avis qui divergent

En dehors de ces spécificités propres à la Suisse, les banques privées et les gérants de fortune helvétiques sondés se sont également différenciés sur plusieurs points par rapport à leurs concurrents européens:

  • Les établissements suisses pensent pour la plupart que l'Asie recèle le plus grand potentiel de croissance, un avis que ne partagent que les Anglais et les Allemands en Europe.
  • La moitié au moins des banques suisses et britanniques ayant réalisé des acquisitions ont pu conserver durant la première année la clientèle des sociétés reprises, voire l'élargir (surtout les banques suisses dans ce dernier point), tandis que partout ailleurs en Europe, elles n'ont pas toujours été aussi habiles: la grande majorité d'entre elles a perdu entre 1% et 5% de la clientèle, certaines même jusqu'à 10%.
  • La plupart des acquéreurs en Europe estimaient que la principale difficulté de l'intégration résidait dans la différence des modèles d'entreprise, un avis que partagent les banques suisses. Contrairement à leurs collègues européens, l'harmonisation des processus internes n'a pas posé autant de difficultés aux Suisses, à l'inverse de la conciliation des différences culturelles, qui ont causé plus de problèmes en Suisse (et en Allemagne) que dans le reste de l'Europe.
  • Alors que la majorité des sondés européens prévoit un élargissement par croissance interne plutôt qu'externe, près de la moitié des participants suisses ont indiqué qu'ils misaient à parts égales sur ces deux leviers et environ deux tiers n'excluent par ailleurs pas l'éventualité d'opérer des acquisitions.
  • La moitié des sondés suisses jugent que le principal obstacle aux investissements dans les fusions et acquisitions réside dans le manque de candidats adéquats, alors que pour leurs homologues européens, ce serait plutôt la morosité de la situation économique actuelle et le manque de moyens financiers, sans oublier les perspectives de croissance organique, qu'ils jugent relativement intéressantes.

En prenant la décision d'adhérer aux critères de l'OCDE pour l'entraide administrative en matière fiscale, la Confédération a abandonné un postulat essentiel au fonctionnement du marché bancaire helvétique. Par ailleurs, les procédures en cours et d'autres dispositions réglementaires ne manqueront pas de créer des obstacles supplémentaires, qui vont encore venir peser sur les marges déjà bien mises à mal et accentuer la pression sur les coûts.

Pour y parer, il est indispensable d'adopter des modèles d'affaires novateurs et crédibles et d'opter pour une forte consolidation. Il faut donc s'attendre à un rebond d'activité en matière de fusions-acquisitions dans le private banking et l'asset management en Suisse et dans le monde.