Chamboulements dans les applicatifs des banques
Écrit par Pierre-Henri Badel Mercredi, 01 Décembre 2010 16:53
En Suisse, on vient d'assister à de profonds changements sur le marché des applications bancaires. Les banques cantonales se sont rapprochées de Finnova et vont abandonner Ibis.
Pierre-Henri Badel
Au cours de ces derniers mois, les principales banques helvétiques ont profondément réorganisé leur informatique. Le regroupement des banques cantonales RBA a décidé d'abandonner, à terme, le système Ibis de la société RTC Real-Time Center AG de Liebefeld (BE), souhaitant migrer sur l'applicatif de la société Finnova. Du coup, RTC a perdu près de la moitié de ses utilisateurs les plus solides sur le plan financier. Un changement qui a commencé en 2009 et qui va se poursuivre jusqu'en 2013. Selon le récent rapport d'Active Sourcing, 43% des 186 banques helvétiques se retrouvent aujourd'hui (ou vont se retrouver à terme) dans le giron de la société Finnova, qui a son siège à Lenzburg (AG). Un véritable bond en avant si l'on considère qu'elle n'en détenait jusqu'il y a peu encore que 17%.
En 2008, ce n'est, en effet, pas moins de 53 banques qui ont décidé de migrer vers la solution de l'éditeur de logiciel bancaire argovien. Si celle-ci occupe une place de leader en nombre d'établissements acquis à sa cause, le panorama s'avère quelque peu différent en ce qui concerne le nombre d'employés travaillant dans les banques utilisant le logiciel de l'un ou l'autre des éditeurs. Bien qu'ayant perdu 2% de part de marché si l'on se base sur le nombre d'établissements bancaires utilisant son applicatif, l'éditeur Avaloq reste malgré tout le maître du jeu dans les grandes banques. Un marché où la société détient une part de marché de 45%.
Une décision lourde de conséquences
Au cours de ces dernières années, les autres éditeurs de logiciel bancaire avaient régulièrement gagné des parts de marché par rapport à Ibis. Cependant, c'est la décision d'abandonner cet applicatif au profit de celui de Finnova qui a modifié le plus profondément le paysage de l'informatique bancaire helvétique.
La part de marché d'Ibis retombera ainsi, à terme, de 31 à 1% et cela propulsera Finnova sur la plus haute marche du podium avec 24% du marché. Sa part culminera même à 52% dans les banques occupant moins de 500 employés. Et son concurrent Avaloq perd 2% de marché, celui-ci se maintenant malgré tout en tête avec 45% du marché dans les banques occupant plus de 500 employés.
La société RTC n'entend pas pour autant baisser les bras et prévoit de poursuivre la rénovation de sa plate-forme logicielle Ibis de manière cohérente. La troisième génération de son applicatif bancaire a été lancée début avril à la Banque Cantonale du Jura, à la Banque Cantonale de Berne et à la Caisse d'Epargne du personnel de la Confédération. Portant le nom d'Ibismove, cette nouvelle version est basée sur un modèle à trois couches et sur une architecture orientée service (SOA).
Une laborieuse migration
L'un des principaux avantages en termes de déploiement est qu'elle s'adapte à tous les établissements bancaires, qu'elle que soit leur grandeur. La Banque Cantonale de Genève a mis en service sa nouvelle plate-forme informatique Finnova début octobre 2008, en étroite collaboration avec les spécialistes de l'éditeur ainsi que l'intégrateur et l'hébergeur (en l'occurrence IBM). Cette migration a nécessité vingt et un mois d'intenses travaux de préparation. Et la BCGE reconnaît volontiers que le passage sur le système informatique de Finnova ne lui a coûté pas moins de 69 millions de francs et a sensiblement influencé ses comptes annuels 2009. Le passage à ce nouvel applicatif a également impliqué 2300 jours de formation pour le personnel de la banque. A la Banque Cantonale du Valais, la migration sur Finnova s'était déroulée à fin 2007 déjà. La majorité des coûts de l'opération avait été provisionnée en 2005 et 2006. La réserve de 19,2 millions de francs a finalement été absorbée après cette opération.
Ce sont les sociétés Accenture et Comit qui avaient assuré la mise en oeuvre et l'intégration des applications qui composent le système d'information. Et c'est IBM (qui avait repris les actifs de la société lausannoise Unicible), qui gère l'hébergement des solutions informatiques de la banque. La migration a impliqué un investissement en main-d'œuvre de 14 000 jours-homme et près de 1000 jours de formation.
Les banques régionales de la communauté Avance de Suisse orientale ont aussi migré leur application sur le système de Finnova en juillet 2009. La banque Migros fera de même en novembre, et à la fin de l'année, deux autres banques privées franchiront le pas. Selon Charlie Matter, patron de Finnova, ce dernier créneau constitue une cible stratégique de l'entreprise pour les prochaines années. C'est la raison pour laquelle elle a appelé Walter Knabenhans, ancien patron du groupe bancaire Julius Bär, à faire partie de son conseil d'administration.
La solution de cet éditeur est novatrice dans ce sens qu'elle peut tourner dans un environnement informatique virtuel. Dans le cadre du projet Esprit, pas moins de 18 banques (dont onze banques régionales, la caisse de dépôts Coop, la caisse de dépôts VZ et la Banque alternative) ont, en effet, déployé une solution multimandat utilisant la même base de données, mais dont l'accès est naturellement verrouillé de manière à ce que chaque banque ne puisse accéder qu'à sa seule base de clientèle. Un exploit, d'autant plus que ces banques présentent des modèles commerciaux bien différents. Au total, Finnova compte à son palmarès 80 banques, dont 50 banques régionales et 12 banques cantonales dès que celles du consortium RBA auront achevé leur migration.
Les externalisations se multiplient
Près de trois quarts de l'ensemble des banques suisses ont externalisé au moins une partie de leur informatique. Au cours de ces deux dernières années, le partenaire le plus sollicité tant pour la gestion des applications que pour l'exploitation du centre de calcul a été la société Comit. La filiale de Swissom a pu faire pencher la décision en sa faveur dans quatre des douze projets d'infogérance.
Ce sont les banques régionales qui sont les plus enclines à opter pour une telle solution, indique l'enquête d'Active Sourcing, avec un taux de 92% (soit 66 de 72 établissements).
Principales banques en fonction de leur applicatif bancaire
Clients Avaloq
- Banque Cantonale d'Argovie, Aarau
- Baloise Bank SoBa, Soleure
- Banque CIC (Schweiz), Bâle
- Banque Coop, Bâle
- Banque Linth AG, Uznacht
- Banque Sal. Oppenheim jr. & Cie. (Schweiz) AG, Zurich
- Banque Sarasin & Cie AG, Bâle
- Banque Privée Espírito Santo, Pully
- Banque Cantonale de Bâle campagne, Liestal
- Barclays Bank (Suisse) S.A., Genève
- BZ Bank Aktiengesellschaft, Wilen
- Hyposwiss Privatbank AG, Zurich
- La Roche & Co Banquiers, Bâle
- LGT Bank (Schweiz) AG, Bâle
- Banque Cantonale de Lucerne, Lucerne
- Pictet & Cie, Genève
- PostFinance La Poste, Berne
- Rahn & Bodmer Banquiers, Zurich
- Raiffeisen Suisse, St-Gall
- RBS Coutts Bank Ltd, Zurich
- Banque Cantonale de St-Gall, St-Gall
- Banque Cantonale de Thurgovie, Weinfelden
- Banque Valartis, Zurich
- VP Bank (Suisse) SA, Zurich
- Groupe Vontobel, Zurich
- Banque Cantonale de Zurich, Zurich
Clients Finnova
- AEK Bank 1826, Thoune
- Banque Alpha Rheinthal
- Banque Alternative
- Banque Cantonale d'Appenzell
- Banque aek, Schwarzenburg
- Banque CA, St-Gall
- Banque EEK, Berne
- Banque EKI Genossenschaft, Interlaken
- Banque Thalwil, Thalwil
- Banque BBO Brienz Oberhasli AG
- Caisse d'Epargne de District, Dielsdorf
- Caisse de Dépôts Coop
- Entris Banking AG, Gümligen
- Caisse d'Epargne de Rüeggisberg, Rüeggisberg
- Banque Cantonale de Fribourg
- Banque Cantonale de Genève
- Banque Cantonale de Glaris
- Banque Cantonale des Grisons
- Banque Migros
- Banque Cantonale de Neuchâtel
- Banque Cantonale de Nidwald
- Banque Cantonale d'Obwald
- Regiobank Solothurn, Soleure
- Banque Cantonale de Schaffhouse
- Banque Cantonale de Schwytz
- Caisse d'Epargne et de Dépôts Bucheggberg, Lüterswil
- Caisse d'Epargne et de Dépôts Frutigen, Frutigen
- Swissregiobank, Gossau
- Banque Cantonale d'Uri
- Banque Cantonale du Valais, Sion
- Banque Privée Bellerive, Zurich
- VZ Depotbank, Zurich
Banques qui utilisent le logiciel Ibis 3G (lancé au printemps 2009)
- Banque Cantonale du Jura
- Banque Cantonale de Berne
- Caisse d'épargne du personnel de la Confédération
Banques qui utilisent Ibis
- Banque privée AAM (sous contrat jusqu'à fin 2010, sortie prévue le 1er octobre 2010)
- Banque Cantonale du canton d'Argovie (sous contrat jusqu'à fin 2010, sortie prévue le 1er mai 2010)
- Banque privée AKB, Zurich (sous contrat jusqu'à fin 2010, sortie prévue pour le 1er mai 2010
- Banque Cantonale de Bâle campagne (sous contrat jusqu'à fin 2010, sortie prévue le 1er octobre 2010)
- Banque Cantonale de Bâle (sous contrat jusqu'en 2009, sortie prévue le 1eroctobre 2009)
- Entris Banking (Banques RBA) (les contrats avec les banques Entris viennent à échéance à fin 2012. Au sein des banques RBA, les trois banques Avance ont abandonné Ibis le 13 juillet 2009)
- Banque Migros (sous contrat jusqu'en 2009, sortie prévue le 1er novembre 2009)
Centres de calcul qui utilisent Ibis
- Entris Operations (pour les banques du groupement RBA et Banque Cantonale de Berne)
- Sourcag (pour Banque Cantonale de Bâle et Banque Cantonale de Bâle campagne)





