Augmentation des taux d'intérêt et légère inflation au menu

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Avec un taux de croissance de 2,6%, l'économie helvétique a fortement rebondi en 2010, reprenant ainsi en moins d'une année le terrain perdu en 2009. Elle fut globalement plus réactive que l'économie de l'UE, cette dernière enregistrant une croissance de 1,8%.

Les économies des pays de l'OCDE ont dans l'ensemble également enregistré un rebond assez marqué en 2010, même si l'on observe de fortes disparités d'une région à l'autre. La question est de savoir si la reprise est désormais autonome, après s'être grandement appuyée sur les programmes de relance. L'économie mondiale a retrouvé voire dépassé son niveau d'avant-crise, ce qui se reflète dans les activités du commerce mondial, ce dernier s'étant fortement développé en 2010.

Les indicateurs avancés de l'OCDE continuent de signaler une expansion pour la zone euro, alors que celui pour la Chine indique un retournement probable de la conjoncture chinoise. Il se peut toutefois que les effets économiques du tremblement de terre au Japon vont se déployer au niveau de l'économie mondiale au cours des mois à venir, note l'Institut de macro-économie appliquée (Créa) de l'Université de Lausanne dans son dernier rapport conjoncturel. Les premiers signes de manque d'approvisionnement se font sentir au Japon, la confiance des entreprises japonaises est fortement ébranlée et l'économie japonaise court le risque de retomber en récession. Même si les effets se dilueront probablement à travers les économies mondiales, le pensons néanmoins que la reprise économique mondiale pourrait être freinée dans son élan et évoluer à des niveaux moins élevés qu'en 2010, d'autant plus que toutes les économies ne sont pas encore entièrement remises de la récente crise financière. Ci et là on observe d'ailleurs un regain de morosité de la part des consommateurs et des entreprises.

L'économie suisse résiste assez bien à la force du franc, souligne encore ce rapport du Créa, même si la dynamique des exportations est moins forte depuis le troisième trimestre de 2010, souligne par ailleurs le dernier rapport du Créa. L'économie domestique est et restera robuste en 2011 et si l'on notera un taux de croissance moins élevé en 2011, c'est essentiellement à cause d'une contribution nette négative du commerce extérieur. En effet, les exportations devraient continuer à perdre un peu de leur force, suite à des activités économiques internationales ralenties par les récents événements au Japon, voire par les effets économiques liés à d'autres problèmes, géopolitiques ceux-là.

De leur côté, les importations suisses continueront à progresser fortement pour répondre à la demande domestique élevée. Il s'ensuit que la contribution nette du commerce extérieur à la croissance du PIB sera négative en 2011. Le PIB devrait croître de 1,9% en 2011. En 2012, l'économie domestique devrait fléchir un peu, sous l'effet conjugué d'un léger repli de la consommation privée - suite à une perte de pouvoir d'achat - et d'un ralentissement des investissements en constructions, ces derniers s'essoufflant après deux années de forte croissance et sous l'influence des taux d'intérêt en augmentation. En 2012, la croissance générale devrait ainsi tomber à 1,1%.

La consommation privée est restée robuste en 2010 et a atteint le plus fort taux de croissance depuis 2007 relève en particulier le Créa. Elle devrait se maintenir au même rythme en 2011, mais fléchir en 2012, tout en restant proche de la croissance de long terme. Deux facteurs peuvent expliquer ce fléchissement. D'une part, après avoir fortement augmenté en 2009, les salaires réels n'ont que faiblement progressé en 2010 et ne devraient guère faire mieux en 2011. Les consommateurs helvétiques ont par ailleurs bénéficié d'un niveau général des prix quasiment stable, ce qui ne devrait plus être le cas en 2011-2012 où l'on observera probablement une hausse du niveau général des prix.

Même si elle ne sera pas très marquée, cette dernière aura quand même comme conséquence que les salaires réels pourraient de nouveau diminuer en 2012, le marché du travail, bien que fonctionnant bien, n'étant pas assez porteur pour une hausse plus forte des salaires. L'indice du climat de consommation reste d'ailleurs au-dessous de son plus haut niveau atteint en été 2010 et l'indicateur UBS de la consommation a une nouvelle fois baissé en février. Etant donné qu'il ne devrait pas y avoir d'impulsions nouvelles venant du marché du travail en 2012, la consommation privée devrait se replier en 2012, voire décroître en 2013.

La situation dans l'industrie suisse s'est rapidement redressée en 2010, même si certains secteurs ont été un peu à la traîne par rapport à d'autres. Après un fléchissement passager au 3e trimestre de 2010, production, entrées des commandes et chiffre d'affaires se sont de nouveau mis au vert à la fin de l'année. Mais les entreprises s'inquiètent de la force persistante du franc suisse, qui les oblige à réduire leurs marges pour rester compétitives. Cette situation peut devenir intenable si la force du franc devait perdurer trop longtemps. Au vu de l'entrée de commandes, l'évolution devrait rester positive au cours des mois à venir et ce n'est que vers la fin de l'année que l'on pourrait noter un ralentissement. Le récent indice PMI est d'ailleurs tombé à son plus bas niveau depuis octobre 2010, même s'il reste toujours au-dessus de la barre de 50 indiquant une poursuite de la croissance des activités dans l'industrie.

Le secteur de la construction a enregistré en 2009-2010 des taux de croissance supérieurs à 3%. Les projets de construction annoncés pour le 1er trimestre 2011 laissent entrevoir la poursuite des activités en 2011. L'indice général de la construction est en hausse, mais celui du génie civil stagne. Vu l'augmentation attendue des taux d'intérêt et le fléchissement général des activités économiques en 2012-2013, le secteur de la construction pourrait souffrir de cette évolution et s'essouffler quelque peu en 2012-2013. A l'instar des autres variables économiques, les exportations de marchandises se sont rapidement redressées au cours de 2010, sans toutefois atteindre le niveau d'avant-crise.

Par rapport aux deux premiers trimestres de 2010, la croissance des exportations de biens a toutefois nettement ralenti au cours de la deuxième moitié de 2010, en partie à cause de l'envolée du franc suisse, même si les exportations suisses se sont toujours bien adaptées à un franc fort. Comme on s'attend à ce que les activités économiques internationales soient un peu freinées par les événements au Japon et par d'autres phénomènes, les exportations suisses devraient continuer à se replier dans les mois à venir. Comme les importations ralentissent moins que les exportations, la demande intérieure restant robuste, il s'ensuit que la contribution nette du commerce extérieur à la croissance économique sera négative en 2011-2013.

Après une timide reprise en 2010, le marché de l'emploi devrait se redresser plus franchement en 2011, mais ce ne sera probablement que de courte durée, vu l'évolution attendue pour l'économie en général. Le taux de chômage devrait diminuer notablement en 2011, mais se stabiliser ensuite autour des valeurs atteintes en 2011. La BNS continuera à appuyer sur les freins, ce qui fera augmenter les taux d'intérêt. Le taux d'inflation suivra également une tendance à la hausse, même si elle restera modérée.