L'industrie des technologies médicales dans la tourmente
Mardi, 24 Janvier 2012 10:39
Les grandes entreprises suisses du secteur des technologies médicales s'attendent à une baisse de la croissance de leur chiffre d'affaires pour 2011.
Alors qu'il a été longtemps à peine affecté par la crise, le secteur des technologies médicales s'est élevé au rang de perle de l'économie suisse au cours des dernières décennies: en Suisse, les technologies médicales représentent plus de 49 000 salariés à temps plein, soit 10% des personnes employées dans ce secteur en Europe, et plus de 740 fabricants, sous-traitants et entreprises mondiales, ce qui confère au pays la plus forte densité d'entreprises du secteur des technologies médicales. De plus, avec quelques 10'000 familles de produits différentes, une valeur ajoutée brute de plus de 23 milliards et un volume d'exportations d'environ 10 milliards de francs suisses, cette industrie possède un fort pouvoir d'innovation et une productivité accrue.
Grâce aux progrès de la médecine, au développement démographique et à la hausse du niveau de vie, la demande en produits médicaux est en constante augmentation. Les technologies médicales s'avèrent extrêmement stables, comparées aux autres secteurs. C'est pour cette raison que depuis plus d'un an, ce sont surtout les entreprises mondiales du secteur des technologies médicales qui font partie des gagnants de la bourse.
La Chine s'élève au rang des plus importants marchés d'exportations
Au cours de l'année 2008, pourtant difficile, presque toutes les entreprises du secteur des technologies médicales ont enregistré une croissance de 7 à 14%. Le dernier sondage de grande ampleur (SMTI 2010), réalisé par la société Deloitte en collaboration avec les principaux acteurs du marché, révélait que ce secteur prévoyait encore une augmentation moyenne du chiffre d'affaires de 12% pour 2011. Cependant, cette année-là, les estimations ont connu une baisse de 1% pour le troisième trimestre.
La force du franc suisse est responsable du net recul des marges, estiment 90% des directeurs financiers interrogés. Le cours élevé du franc suisse par rapport à l'euro et au dollar américain, engendre le risque de voir la valeur ajoutée fuir vers des sites de production moins chers comme l'Europe de l'Est, la Chine, le Brésil ou l'Inde.
Avec une croissance économique qui, selon les estimations, affichera deux chiffres dans les prochaines années, la Chine s'élève au rang des plus importants marchés d'exportations des entreprises SMTI, aux côtés de l'Allemagne et des Etats-Unis. En revanche, les nouveaux pays industrialisés comme le Brésil bloquent manifestement l'accès au marché avec leurs mesures protectionnistes.
Facteurs externes et faiblesses internes
Les conditions réglementaires et l'adaptation progressive de l'industrie pharmaceutique aux exigences du domaine clinique rendent les conditions d'acceptation plus difficiles et le travail bureaucratique plus conséquent. En plus de cela, les mesures actuelles destinées à réduire les coûts consolident de plus en plus les chaînes de valeur ajoutée dans le domaine de la santé: les fusions, les rachats et les regroupements d'entreprises en sont les conséquences.
Les entreprises du secteur des technologies médicales sont toujours plus enclines à économiser sur la recherche et le développement. Elles préfèrent lancer sur le marché de nouvelles générations de produits déjà pré-existants plutôt que de développer de véritables innovations. Parallèlement à cela, le pouvoir de la demande ne cesse d'augmenter: les hôpitaux se regroupent donc pour obtenir de meilleurs prix auprès des entreprises du secteur des technologies médicales en faisant des achats groupés. Les patients finissent donc petit à petit par «gérer eux-mêmes leur maladie» grâce aux informations qu'ils recueillent.
La pression croissante due à la concurrence, aux coûts et aux prix (ce qui constitue un triple défi) n'est pas la seule à peser lourd sur les marges. En plus des facteurs externes, il existe de nombreux nouveaux thèmes que les entreprises du secteur des technologies médicales doivent aborder en interne. Il ne s'agit plus de se concentrer sur la croissance et la maximisation des gains. La restructuration, l'optimisation approfondie des processus et l'amélioration du rapport coût-efficacité prennent de plus en plus d'importance du fait de l'automatisation de la production.
Une excellence commerciale plutôt qu'opérationnelle
Les nombreuses entreprises qui se sont consacrées à l'excellence opérationnelle et la gestion des crises jusqu'en 2009 se retrouvent aujourd'hui sans orientation stratégique clairement définie. La proximité avec les clients et la connaissance du marché sont souvent insuffisantes; il s'agit autrement dit d'un manque de professionnalisme commercial. Ce sont avant tout les PME, qui n'ont pas atteint la taille critique nécessaire, et les sous-traitants qui subissent à présent les conséquences de ces faiblesses structurelles.
Afin de se positionner dans un environnement toujours plus complexe, certaines entreprises du secteur des technologies médicales doivent reconsidérer leur modèle d'entreprise et s'adapter aux modifications des conditions générales: il s'agit donc de cibler encore davantage les produits selon les besoins des clients et du marché et de renforcer les ressources marketing en conséquence.
Les évaluations des technologies de la santé, les études cliniques et les registres contraignent de plus en plus le secteur des technologies médicales à fournir lui aussi la preuve de la qualité des technologies et de leur valeur ajoutée pour les patients. Ce processus est soutenu par l'argent investi dans les analyses coûts-avantages et l'amélioration de la gestion des données. Le nouveau forfait hospitalier entrant en vigueur en 2012, «Swiss DRG», va participer à l'augmentation des dépenses administratives. Etant donnée l'augmentation des conditions réglementaires et juridiques, la maîtrise de la conformité devient une compétence-clé. Pour gérer la qualité de manière professionnelle, il va falloir recruter davantage de spécialistes qualifiés.
Proposer une solution globale, regrouper les produits et former des réseaux
Toutes ces influences, ainsi que les mesures qui en découlent, minent les marges du secteur. Afin de contrer cette tendance, il devient de plus en plus pertinent de développer de nouveaux portefeuilles de produits et de nouveaux modèles tarifaires. Les auteurs de l'étude conseillent également d'effectuer la mutation suivante: passer d'une fabrication tournée vers la technologie à une offre de services orientée vers les clients, proposant des prestations annexes, comme le conseil et la formation, afin d'être en contact direct avec les patients (indépendants).
La qualité suisse, alliée à des coûts de production moindres, pourrait constituer un modèle économique envisageable à l'avenir: le regroupement des produits et l'émergence de partenariats au sein des mêmes chaînes de valeur permettront de mieux utiliser les maigres ressources et de compenser les inconvénients liés à la taille des entreprises. Grâce à l'accroissement des volumes, de meilleurs effets d'échelle seront générés. En outre, il serait judicieux pour certaines entreprises d'avoir deux marques, pour desservir les marchés de croissance des nouveaux pays industrialisés avec des produits meilleur marché.
L'étude propose également la piste suivante: constituer des réseaux d'experts et d'innovations ouvertes. La coopération avec les universités offre aux jeunes entreprises du potentiel ou la proximité de l'industrie des sciences de la vie. Dans le cadre de la cybersanté, d'autres secteurs telsque l'informatique et la communication proposent de nouvelles interfaces intéressantes.
Si le secteur des technologies médicales remplit rapidement son devoir en Suisse, les perspectives de croissance seront bonnes, comme auparavant, et il conservera une compétitivité et un pouvoir d'innovation élevés, selon le bilan du dernier sondage SMTI.





