L'immigration stimule la croissance
Mardi, 28 Août 2007 04:00
L'afflux de travailleurs qualifiés en provenance de l'Union européenne a eu un effet modérateur sur la hausse des salaires et a provoqué une baisse du taux structurel de chômage. Ces effets positifs sur le marché du travail dopent ainsi le potentiel de croissance de l'économie helvétique, note une étude du Credit Suisse.
On assiste actuellement à une interpénétration accrue des marchés de l'emploi et à une augmentation sensible de l'offre totale de travail. L'économie suisse en profite directement car les restrictions à l'entrée des étrangers sur le marché suisse du travail ont été levées pour les ressortissants de l'Union européenne et de l'AELE.
Cette libéralisation de l'accès des étrangers au marché suisse du travail a un impact incontestable sur l'économie. Les travailleurs immigrés atténuent la pénurie de main-d'œuvre qualifiée et l'on constate que les Suisses ne perdent pas leur emploi à cause des travailleurs immigrés. A moyen et long termes, le marché helvétique de l'emploi sera redynamisé par l'arrivée d'une main-d'œuvre bénéficiant d'un bon niveau de formation et par l'augmentation de la productivité que cela engendrera.
Le capital humain est en effet un facteur important en terme de hausse de la productivité, notamment par les changements qu'il induit au niveau de la qualité du travail.
Depuis l'entrée en vigueur de l'accord sur la libre circulation des personnes, le niveau de formation des nouveaux arrivants ne cesse d'ailleurs de progresser, si bien que l'on peut réellement dire que la Suisse bénéficie ainsi d'un afflux de cerveaux.
Les prétentions salariales des travailleurs tendent à se modérer en raison de la résorption des goulots d'étranglement et de la réduction progressive du pouvoir de négociation des syndicats dans le cadre des pourparlers salariaux. L'arrivée de nouveaux travailleurs réduit le pouvoir de négociation en ce sens que la proportion de personnes syndiquées rapportée à l'ensemble de la population active et le taux de centralisation diminuent alors même que la concurrence (potentielle) pour les emplois s'intensifie.
Le chômage structurel pourrait baisser
L'arrivée de plus en plus importante de travailleurs bien formés va résorber la pénurie de main-d'œuvre. On constate une meilleure adéquation des qualifications, ce qui réduira le chômage structurel. Les effets positifs de l'immigration ne se limitent pas pour autant au seul marché du travail, mais a des répercussions sur l'économie toute entière. En ouvrant le marché de l'emploi et en facilitant l'arrivée d'une main-d'œuvre qualifiée, l'accord sur la libre circulation des personnes provoque une hausse de la productivité. Quant à l'augmentation du volume de travail, elle résulte surtout du recul qui se dessine sur le front du chômage structurel, d'une augmentation du nombre de personnes actives, ce qui se traduit par une augmentation de la croissance.
Une remontée temporaire du taux de chômage pourrait par contre apparaître en cas de refroidissement conjoncturel car la sédentarité des travailleurs étrangers risque de se faire sentir plus fortement qu'au cours des récessions précédentes. Une partie de ces travailleurs pourraient pourtant rentrer dans leur pays si les avantages dont ils tirent de leur émigration se révèlent moins intéressants par rapport aux coûts qu'elle engendre. Ce devrait notamment être le cas des étrangers les plus qualifiés qui cherchent à rentabiliser de leur mieux leurs longues études. La bataille pour les talents agit donc comme un mécanisme d'auto-régulation du marché.
Pour tout savoir sur la libre circulation des personnes et la Loi suisse sur les étrangers
La politique suisse en matière d'immigration s'articule autour de deux axes: la libre circulation des ressortissants de l'UE/AELE et une immigration limitée, reposant sur une sélection active, des personnes non ressortissantes de l'UE/AELE. Cette dernière sera d'ailleurs régie à compter de début 2008 par la nouvelle Loi sur les étrangers. La majorité des migrants sont toutefois issus de l'UE/AELE. Importante à ce titre, la mise en application de la libre circulation des personnes se fait de manière échelonnée et se trouve déjà à un stade avancé pour ce qui est des «anciens» Etats membres de l'UE, des deux «nouveaux» que sont Malte et Chypre et des membres de l'AELE (UE-17/AELE).
Les citoyens suisses bénéficient ainsi depuis le 1er juin 2004 d'une liberté totale de circulation dans l'UE à quelques exceptions près (Bulgarie, Hongrie, Roumanie, Slovénie) tandis qu'à l'inverse, la Suisse autorise la libre circulation des ressortissants du groupe UE-17/AELE depuis le 1er juin 2007. Les travailleurs et non travailleurs (par exemple les retraités ou les étudiants) disposant de moyens financiers suffisants ont depuis lors droit à un titre de séjour.
Pour les ressortissants des pays d'Europe de l'Est entrés dans l'Union en 2004, des restrictions à l'immigration seront néanmoins maintenues jusqu'en 2011. Aucun accord de libre circulation des personnes n'a jusqu'ici été signé avec la Bulgarie et la Roumanie dans la mesure où les négociations viennent d'être entamées. Dans un premier temps, la libre circulation pour tous les pays est toutefois introduite à l'essai. Si les flux migratoires s'avèrent trop importants, la Suisse pourra réimposer des contingents à partir de 2008 pour les pays membres du groupe UE-17/AELE. En 2009, le Parlement et, le cas échéant, le peuple seront appelés à se prononcer sur la suite à donner aux accords de libre circulation des personnes.
Malgré de nombreuses dispositions transitoires, la totale liberté de circulation des personnes avec l'UE constitue un véritable tournant dans la politique helvétique d'immigration: la Suisse renoncera - une fois que les accords de libre circulation des personnes seront intégralement entrés en vigueur - à sa propre marge de manœuvre pour devenir membre d'un marché paneuropéen de l'emploi.






