La satisfaction des Suisses masque quelques zones d’ombre
Lundi, 02 Juillet 2007 15:58
Malgré une satisfaction au travail reconnue par une grande majorité des employés suisses, les femmes sont freinées dans leur élan à accéder aux postes dirigeants dans notre pays plus que partout ailleurs en Europe.
L’enquête réalisée dans 31 pays par la Fondation européenne pour l’amélioration des conditions de travail à laquelle la Suisse a participé pour la première fois a de quoi flatter l’ego des Helvètes: 91% des salariés de notre pays s’estiment satisfaits, voire même très satisfaits de leurs conditions de travail. Seuls le Danemark, la Norvège et la Grande-Bretagne surpassent la Suisse sur cette question.
Les employés suisses conscients des risques
L’autre sujet de satisfaction pour nos concitoyens est que les atteintes à leur santé dans le cadre de leur travail, qu’il s’agisse du stress, des douleurs dorsales ou musculaires ou des troubles psychiques, sont nettement inférieures à la moyenne européenne. Notre pays se retrouve ainsi dans le peloton de tête parmi les mieux lotis sur ce point. Cette constatation tient probablement en grande partie au nombre élevé de personnes travaillant dans le secteur tertiaire et au fait que, en Suisse, 92% des personnes actives sont bien informées des risques qu’elles encourent dans le cadre de leur activité lucrative.
Un peu plus d’un actif sur cinq est conscient que sa santé peut être affectée par son travail. Ce taux est plus important qu’en Allemagne, Norvège et Grande-Bretagne (18%) mais inférieur à la moyenne européenne (30%). Pour ce qui est de l’exposition à la fumée passive qui est l’inconvénient majeur avec le bruit rencontrés par les employés du secteur des services, les travailleurs helvétiques en pâtissent à hauteur de 14%, soit plus qu’en Italie (9%) mais moins qu’en France (20%), en Autriche (23%) ou en Allemagne (26%).
La moyenne des trois pays les moins confrontés à cette problématique (Irlande, Suède et Norvège) s’établit par comparaison à 7% seulement. Nombreux sont aussi les employés de bureau à se plaindre de devoir exécuter toujours les mêmes gestes.
Un constat étonnant
Le taux d’absentéisme des Suisses se situe en dessous de la moyenne européenne. Seuls 19% des employés helvétiques indiquent avoir manqué pour raisons de santé au cours des douze derniers mois. Comme c’est le cas en France et en Autriche, notre pays se situe en dessous de la moyenne européenne (22%) et encore plus de l’Allemagne (28%) et de l’Italie (25%). Il est aussi important de relever que les employés et aides de bureau sont tout aussi fréquemment absents pour des raisons de santé que les manœuvres. Leur taux d’absentéisme (24%) est légèrement supérieur à celui du personnel travaillant dans la vente ou les services (23%) ainsi que l’artisanat (21%). C’est par contre nettement plus que chez les opérateurs de machines et installations (4%). La différence est aussi peu marquée en ce qui concerne les professions académiques (18%).
Autonomie et participation plébiscitées
Un des grands enseignements à tirer de cette enquête réside dans la très large latitude dont disposent les employés suisses dans l’aménagement de leur travail. Un actif sur deux a en effet indiqué ne pas être astreint à un horaire fixe. Et moins de la moitié d’entre eux mentionne que celui-ci est dicté unilatéralement par leur entreprise. On relève aussi que les travailleurs helvétiques bénéficient d’une très grande autonomie. 71% d’entre eux reconnaissent pouvoir déterminer et modifier l’ordre des opérations de leur travail et même 81% les procédures elles-mêmes. En moyenne, le critère de l’autonomie est admis par 68% des actifs suisses, un taux légèrement inférieur à la moyenne des trois pays les mieux placés (72%). C’est nettement mieux qu’en France (57%), en Autriche (52%), en Allemagne et en Italie (52%).
En matière de participation également, nos concitoyens sont bien notés avec un taux de 72%, légèrement inférieur à la moyenne des trois meilleurs pays (75%). 84% des Suisses reconnaissent pouvoir juger par eux-mêmes la qualité de leur travail. Alors que 88% résolvent seuls les problèmes qu’ils rencontrent, 74% indiquent en avoir discuté avec leurs supérieurs hiérarchiques au cours des douze derniers mois, et 62% reconnaissent appliquer souvent ou même toujours leurs propres idées dans le cadre de leur travail.
La précarité du travail n'a pas disparu
En dépit du niveau élevé de satisfaction que l’on relève en moyenne parmi les actifs de notre pays, on ne peut pas passer sous silence le fait qu’il existe encore des personnes confrontées à des situations précaires. On regroupe sous ce terme celles qui ne peuvent pas influer sur l’aménagement de leur travail (elles sont 52% dans ce cas) ou tout au moins à qui l’on ne demande pas leur avis sur cette question (48%).
Sur ce plan, si la différence est très marquée selon les branches d’activités, elle l’est par contre moins en fonction du sexe des personnes interrogées: les hommes sont pourtant avantagés (44%) par rapport aux femmes, 53% n’étant pas consultées.
Quelques points noirs
Alors que le niveau de vie et des salaires est très élevé, la durée du travail reste une préoccupation chronique dans notre pays. Elle atteint en moyenne 44 heures par semaine alors que la moyenne de l’ensemble des pays sous enquête était de 41 heures. De plus, les Suisses se plaignent aussi de devoir plus fréquemment travailler le dimanche et de nuit que les autres travailleurs concernés. La question du mobbing est également très sensible en Suisse. Avec 7% de personnes se plaignant d’en avoir souffert ou d’en souffrir actuellement, elle se situe nettement en dessus de la moyenne européenne (5%) et surtout de l’Allemagne (4%) et de l’Italie (2%). Toujours pour ce qui est des pays qui nous entourent, il faut par contre reconnaître que nous sommes mieux positionnés que la France où ce taux atteint 8%. Les femmes et les jeunes sont les plus concernés par ce phénomène. La situation est assez similaire pour ce qui est des menaces corporelles.
Les femmes toujours fortement discriminées
La discrimination des femmes en ce qui concerne l’accession à des postes à responsabilité est encore bien marquée dans notre pays. Seulement 21% des actifs répondent en effet que leur supérieur hiérarchique direct est une femme. La moyenne européenne atteint 24%. L’Autriche (23%) et la France (25%) sont mieux placées, ce taux atteignant même 37% en moyenne dans les trois pays en tête de peloton (Finlande, Estonie, Lituanie). Et ce n’est que dans six pays d’Europe (Allemagne, Grèce, Italie, Chypre, Luxembourg et Turquie) que la situation est pire qu’en Suisse. Comme on le voit, même si globalement il faut reconnaître que les travailleurs suisses ne sont pas les plus à plaindre, cette enquête d’envergure européenne démontre que des améliorations sont encore possibles, en particulier pour gommer les discriminations liées au sexe. Tous les efforts allant dans ce sens auront incontestablement comme retombée une meilleure satisfaction au travail et donc une efficience encore accrue de la main-d’œuvre. Une influence bénéfique à ne pas négliger par les employeurs.






