Angkor: la fascination d'une civilisation exubérante
Lundi, 12 Mai 2008 13:06

Au simple énoncé du nom Angkor, on pense immédiatement à ces extraordinaires temples du Nord du Cambodge, lieu d'origine de ces exubérants rois bâtisseurs de la civilisation khmer qui régnèrent sur ce territoire de 800 à 1430.
Tout le monde a déjà entendu parler d'Angkor. En réalité, il signifie tout simplement «ville». Construites par les rois qui se sont succédés à la tête du royaume khmer, ces cités sacrées étaient entourées de douves qui les protégeaient des envahisseurs.
Chaque potentat y allait de son projet. Certains d'entre eux ont même lancé la construction de plusieurs villes fortifiées simultanément dont quelques-unes sont actuellement situées à l'intérieur des frontières thaïlandaises, au Nord-est du pays. Aujourd'hui, ces sites se trouvent dans des états de conservation très différents.
Les deux plus grands et plus beaux de ces temples-forteresses, Angkor Vat (la ville temple) et Angkor Thom (la grande ville) ont été restaurés, à partir de 1898, par les archéologues de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Pas moins de 3000 de ces vestiges, plus ou moins bien conservés et restaurés, parsèment la région du Nord-Ouest de l'actuel Cambodge et de son grand lac, le Tonlé Sap.
Envahis par une végétation luxuriante
Un nombre important de ces sites archéologiques furent découverts au XIXe siècle seulement alors qu'ils avaient été abandonnés par les rois khmers en 1431, lors de l'invasion de la région par les guerriers siamois. L'un des plus célèbres est Ta Prohm (Ancêtre Brahma) car il a été laissé en l'état où il a été découvert par les archéologues français qui ont retrouvé les monuments et palais cambodgiens de l'époque khmère. Il offre incontestablement la plus forte émotion à ses très nombreux visiteurs.
Comment pourrait-on en effet rester indifférent face à ces vénérables arbres (des fromagers en l'occurrence) qui entourent de leurs troncs et racines centenaires, et parfois les maintien dans un équilibre précaire, ces énormes blocs de pierre qui formaient autrefois les temples, arches, murailles, tours et colonnades. Malgré son état de délabrement avancé, ce site révèle, malgré les siècles, une floraison de sculptures et de bas-reliefs d'une extraordinaire fraîcheur.
Des témoins fidèles de leur lointaine origine
Toutes ces cités khmers ont pourtant une origine commune, l'Inde. La légende dit qu'un seigneur hindou en visite dans la région tomba amoureux d'une belle princesse du lieu et qu'il s'y installa, avant que la population n'adopte sa religion. C'est pour cette raison que l'ensemble des édifices khmers érigés à l'époque relève ainsi d'une pure inspiration bouddhiste.
On retrouve une multitude de Bouddha, Shiva et toutes les divinités qui se rattachent à cette religion, dans sa version locale du Grand Véhicule, sur l'ensemble des monuments archéologiques du pays. Les bas-reliefs sont notamment une extraordinaire source de renseignement sur les coutumes, le mode de vie et les événements qui jalonnèrent l'histoire du centre administratif du royaume khmer qui a compté jusqu'à un million d'habitants alors que, à la même époque, la population de Genève n'excédait pas 50 000 âmes.
Un paradis sur terre
A Angkor Vat, qui marque l'apogée du royaume khmer, on trouve quatre galeries de quelques centaines de mètres de long. Le site se présente sous la forme d'un quadrilatère de 1500 sur 1300 mètres, couvrant une superficie de 200 ha. Les douves de 200 mètres de largeur qui l'entourent permettaient de se défendre très efficacement contre les ennemis. Au total, quatre enceintes successives protégeaient le cœur du site, selon le principe des poupées russes. Il fallait donc toutes les franchir pour atteindre la plus haute tour centrale, appelée la montagne sacrée.
A son apogée, 20 000 personnes habitaient dans la cité royale d'Angkor Vat, la plupart dans des habitations de bois qui n'ont pas survécu. Seules les superstructures en grès et en latérite ont résisté à l'érosion. Aujourd'hui pourtant, tous les édifices ont fait l'objet d'un minutieux travail de restauration consistant à inventorier chaque bloc découvert afin de lui retrouver un emplacement. La plupart de ces pierres ont ensuite été cimentées là où les archéologues présumaient qu'elles se situaient à l'origine.
Il n'en reste pas moins que ces reconstructions dégagent un fort sentiment de puissance tel que, certainement, il devait être ressenti à l'époque. Partout, cette impression de grandeur ainsi que l'harmonie des lieux témoignent d'un niveau de connaissances et d'une maîtrise des techniques de construction qui laissent pantois.
Un véritable livre d'histoire
Sur le site d'Angkor Tom au centre duquel trône le Bayon, on peut admirer une série de quelque 54 tours gothiques érigées en l'honneur du souverain Jayavarman VII, bâtisseur du site et roi légendaire du pays khmer. On y découvre également un stade dans lequel se déroulaient des joutes sportives. Cette impressionnante cité permet d'imaginer la vie et les fastes qui purent se passer entre ses murs. L'importance des constructions, la dimension des espaces - qui s'étendent sur quelque 10 km2 - leur articulation ainsi que l'organisation des allées et des portes d'accès à cette citadelle montrent combien, à l'époque, le monde khmer était stupéfiant par son ingéniosité et son raffinement.
Les admirables bas-reliefs sculptés aux deux premiers niveaux du Bayon racontent la vie quotidienne et les événements marquants de la civilisation khmère à l'époque du règne du plus grand souverain du royaume, Jayavarnan VII, qui vécut de 1181 à 1219. On y découvre l'histoire, les drames et les périodes héroïques du pays. Constituant un véritable livre d'histoire illustré comme une bande dessinée, ces bas-reliefs étaient destinés à immortaliser le courage du peuple et les fastes d'antan. A aucun égard, la réputation des anciens temples et citadelles khmers de la région de Siem Reap n'est usurpée.
Pierre-Henri Badel
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Angkor: comment y aller?
On arrive à Siem Reap, ville actuelle d'où partent toutes les excursions vers les citadelles royales et les temples khmers, soit par avion (après escale à Bangkok ou à Phnom Penh), soit en voiture depuis ces deux capitales. Depuis Phnom Penh, les routes sont bonnes et parfaitement carrossables, ce qui n'est pas le cas quand on opte pour l'autre solution. Une fois passée la frontière, la chaussée est chaotique jusqu'à Battambang, deuxième ville du pays par ordre d'importance, charmante par ailleurs et aussi très prisée pour les vestiges de son ancien style colonial français. De là, on peut aussi choisir de remonter jusqu'à Siem Reap en empruntant de petits bateaux naviguant sur la rivière Stung Sangker, au milieu d'une végétation luxuriante. Tout au long de ce parcours d'une journée, on rencontre des pêcheurs sur leurs embarcations, parfois difficiles à croiser. Un moyen extraordinaire pour découvrir le Cambodge profond. On peut aussi remonter de la capitale jusqu'à Siem Reap par bateau de croisière, soit un périple de trois jours et deux nuits.
Adresses recommandées
A Battambang
La Villa, ancienne maison coloniale française, transformée en hôtel très confortable mais ayant conservé son charme d'antan. Situé sur la rive apposée de la rivière Sangker par rapport au centre ville, cet hôtel n'offrant qu'une dizaine de chambres est un véritable havre de paix, baigné par une végétation exubérante.
www.lavilla-battambang.com
A Siem Reap
La Résidence d'Angkor, un magnifique hôtel construit en bois, dans une architecture très particulière et très chaleureuse. Les 55 chambres de cet hôtel situé le long du fleuve, bénéficient d'un excellent confort. Une magnifique piscine située au centre du complexe hôtelier permet de se détendre et de se relaxer au calme, à l'écart du centre ville
www.residencedangkor.com
Les Artisans d'Angkor: un centre de création artisanale destiné à apprendre un métier à des orphelins, jeunes en difficulté et handicapés. Les produits qui y sont vendus, sculptés en bois, en grès, tissés, etc., sont d'excellente facture.
www.artisansdangkor.com





