Le prestige à la carte a la cote

Attention, ouverture dans une nouvelle fenêtre. Imprimer

Vous êtes toujours plus nombreux à prendre le volant d'une voiture de luxe ou de sport pour un week-end ou deux dans l'année. Histoire de rêver ou de fermer pendant quelques heures.

 

Dans les grandes villes, une part importante du chiffre d'affaires réalisé par les agences dans la location de voitures de prestige avec chauffeur est liée à de grands événements tels que forums économiques, conférences ou salons professionnels de haut niveau ainsi que sessions d'organisations internationales attirant de nombreux diplomates. Mais un nouveau marché est en train de se développer: celui des loisirs.

Les jeunes cadres fortunés n'hésitent pas à louer une prestigieuse voiture de sport pour passer un week-end ou une partie de leurs vacances au volant d'une superbe mécanique. Un peu comme s'ils allaient passer deux jours dans un hôtel prestigieux au lieu de se rendre dans leur maison de campagne. Un mode de vie calqué sur l'air du temps, réservé à ceux qui ont réussi mais qui ne sont pas certains que leur bonne fortune ne connaîtra pas de revers.

Les cadres sont stressés et entrecoupent volontiers leurs activités par de petits temps de répit. On apprécie donc des vacances fractionnées, dans des endroits divers, plutôt que de rester tout un mois sur la Côte d'Azur. «Je ne crois pas qu'il y ait un créneau qui marche mieux qu'un autre. Le succès de la location des voitures de luxe dépend du service et du suivi de la clientèle. Il n'existe plus de voie de migration comme c'était le cas autrefois.

Maintenant, tout le monde va partout. On constate aussi des changements dus aux événements géopolitiques. Pour des questions de sécurité, les Américains voyagent moins qu'auparavant. Par contre, les Sud-Américains se déplacent beaucoup plus qu'il y a quelques années», précise Graziella Zanoletti, directrice d'Elite.

Même si la formule de la location coûte un peu cher, elle évite les inconvénients liés à l'utilisation d'un véhicule de luxe dans la vie quotidienne: vol, parcage, entreposage, entretien. Il suffit d'un coup de fil, quelques jours ou semaines à l'avance, pour réserver la voiture souhaitée. «L'arrivée des compagnies aériennes à bas prix a bouleversé les habitudes.

Les gens reportent la part du budget qui était affectée à leur vol sur d'autres choses. Ils la consacrent à une belle voiture, un hôtel plus luxueux. Il y a quatre ans, ce marché n'existait pas, Il n'était quasiment composé que de clients étrangers. Aujourd'hui, même les indigènes ont contracté ce virus», ajoute Graziella Zanoletti.

«Bien que l'équipement des voitures se soit amélioré, on constate que les constructeurs ont contenu les augmentations de prix. Par conséquent, bien que les primes d'assurance nous aient pénalisés, nous avons maintenu nos prix de location durant ces cinq dernières années. Ce qui a sensiblement changé, c'est le choix proposé aux clients.

Plus l'éventail de voitures est large, plus cela va contenter la clientèle. Ceux qui louent des voitures ne veulent pas toujours avoir la même. Les agences qui se concentrent uniquement sur le produit vont souffrir si elles ne connaissent pas le marché et ne s'adaptent pas à la demande, tout comme celles qui font de la location à bas prix», poursuit-elle.

En Suisse, Elite Rent-a-Car est la plus importante entreprise de location de voitures de prestige. Créée en 1985, elle enregistre un chiffre d'affaires de plus de 15 millions de francs, avec une croissance annuelle de plus de 10%.

 

Certaines souffrent...

Certaines agences reconnaissent pourtant qu'elles souffrent de la désertion des touristes fortunés. «La conjoncture est très mauvaise», note Nicole Larcheveque, directrice de la société Golden Limousine. Cette société autonome qui ne fait partie d'aucun réseau a été créée en 1984, mais n'est inscrite au Registre du commerce que depuis 1993. Elle ne loue pas que des limousines de luxe comme son nom pourrait le laisser transparaître, mais aussi des BMW et des véhicules tout terrain de luxe. Au total, 13 voitures pour tous les goûts.

«On sait tellement bien accueillir les gens à Genève, qu'ils désertent», soupire-t-elle! «La baisse est très sensible par rapport à 2003», constate-t-elle. Nicole Larcheveque reconnaît pourtant que ce marché a toujours fortement varié d'une année à l'autre: «Nous avons déjà passé par des creux de vagues comme c'est le cas cette année, mais ça va remonter.»

«Compte tenu des aléas politiques et économiques, la spécialisation sur un seul produit de niche est trop risquée», selon Graziella Zanoletti: «Nous possédons une gamme de voitures exceptionnelles, telles que Maserati, Ferrari, Lamborghini, Aston Martin, etc., et quand nos clients préfèrent un autre type de véhicule pour se déplacer en famille, nous pouvons aussi leur proposer des monospaces.

Les voitures font rêver les hommes, tout comme les bateaux et les avions. Raison pour laquelle nous venons de créer Elite Yachting et Elite Aviation. Il existe aussi toute une topologie de clientèle bien spécifique: les PME. Il s'agit d'une piste que nous sommes en train de creuser, surtout en France et en Italie.»

Pour Jeco Limousine, c'est un combat de tous les instants: «Nous avons énormément de concurrence, les prix ont beaucoup baissé et c'est la jungle», affirme Jean Di Domenico, directeur de cette société créée en 2001. II loue aussi bien des limousines que d'autres voitures de luxe: «Les Arabes préfèrent les Mercedes Classe S, alors que les hommes d'affaires privilégient les BMW parce qu'elles sont plus discrètes.»

Sa flotte de véhicules comprend aussi des minibus de luxe. «Actuellement, tout le monde peut se lancer dans la location de voitures, même des privés, sans pour autant être enregistrés officiellement comme ils devraient le faire», dénonce-t-il.

«Il faut suivre ses clients et connaître leurs destinations pour leur offrir des services personnalisés là où ils se trouvent», ajoute Graziella Zanoletti. «Durant l'hiver, nous devons avoir une flotte de 4x4 qui se déplace autour des Alpes en fonction de l'enneigement des différentes stations. Les gens qui louent nos voitures réagissent de cette manière: ils choisissent leur séjour en station en fonction des possibilités de pratiquer le ski. Seules les compagnies possédant un réseau peuvent répondre à une telle demande.»

 

Cap sur le haut de gamme!

La dernière à s'être lancée sur le marché a pour nom VIP Executive Car Services. Fondée début 2004 avec un capital-actions de 500 000 francs, elle a démarré ses activités opérationnelles il y a deux mois. Ses ambitions sont à la mesure de son inauguration officielle, en fanfare, début juillet sur les quais du Rhône. Son président et actionnaire majoritaire a fait fortune dans le commerce des montres avec le Kazakhstan.

«Je me suis lancé dans la location de voitures de prestige par passion pour elles», souligne Sidi Mohamed Balmadani. «A Genève, jusqu'ici, il n'y avait pas d'agence offrant un service de très grande qualité dans le haut de gamme», estime-t-il. «Plusieurs de mes amis et clients m'ont fait part de leurs remarques. Nous allons leur prouver que ce genre d'offre est réalisable.»

Son ambition est pourtant pas de limiter ses activités à la Cité de Calvin, mais de s'implanter à moyen terme dans d'autres villes où la demande est forte, comme Cannes, Monaco, Paris, St-Tropez ou Londres. «A Genève, la demande concerne presque à part égale les limousines et les voitures de sport alors que, sur la Côte méditerranéenne, ce sont surtout ces dernières qui ont la cote», explique Sidi Mohamed Belmadani, qui loue déjà une vingtaine de voitures de prestige lui appartenant: Ferrari, Lamborghini, Mercedes, Cayenne, etc. La concurrence d'Elite? «Il y a de la place pour tout le monde», rétorque-t-il.

© adi-presse.ch, Pierre-Henri Badel