La crise de l'euro perdurera

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Charles WyploszA peine la crise financière grecque était-elle en passe de se stabiliser qu'un gros nuage est venu ternir le ciel européen en raison de la situation irlandaise. Et la menace se faufilent sur la Botte ainsi que sur la Péninsule ibérique. Pour Charles Wyplosz, la zone euro va continuer à rester sous pression.

 

Par Pierre-Henri Badel, adi-presse

L'Europe est-elle condamnée à subir les coups de boutoirs des investisseurs soucieux de tirer leur épingle du jeu tout en profitant encore de taux d'intérêt élevés. Cela semblerait être le cas. «Je crains que le sujet reste d'actualité pendant encore de long mois» juge Charles Wyplosz, professeur à l'Institut des hautes études internationales et du développement de Genève et expert des questions monétaires. «Je suis en tout cas très sceptique pour ce qui est en train de se passer au sein de la Zone euro» poursuivit-il dans le cadre d'un séminaire organisé à Genève par la banque Syz&Cie. Pour lui, malgré l'ampleur de la dette publique des pays concernés par la crise, il est aussi d'autres critères qui entrent en ligne de compte dans la situation actuelle de l'Irlande, en particulier le phénomène de la bulle immobilière et la mauvaise situation des banques. «Chacun de ces critères détient un élément de vérité, mais ce n'est pas uniquement cela qui et déterminant, il faut compter sur la défiance des marchés» évoque Charles Wyplosz.

Si l'on pas compare que les indicateurs économiques, cette défaillance ne devrait pas être aussi forte en ce qui concerne l'Irlande qui a réduit par deux son déficit public au cours des 10 dernières années. Sauf que l'éclatement de la bulle immobilière a amplifié le risque financer du pays.

Globalement, d'autres critères plombent aussi la réputation des pays touchés par la crise de la qualité de la gouvernance, qui se mesure par exemple sur la base de l'indice de corruption de Transparency International ou des libertés économiques de Heritage Foundation. L'Italie et la Grèce se retrouvent tous deux en queue de classement en l'espère en ce qui concerne ces deux critères.

Le propre de toutes les crises financières est qu'elles s'installent durablement et s'étendent sur une longue période. «On y va avec une sage lenteur, mais avec détermination » relève en substance Charles Wyplosz. On a assisté au même phénomène en ce qui concerne la crise asiatique. Il a fallu du temps pour qu'elle se résorbe définitivement. La question est donc de savoir où va s'arrêter la contagion. «Aucun pays n'est à labri» estime-t-il. «On peut trouver des failles dans tous les pays. Dans le cas articuler de la zone euro si la Grèce s'est retrouvée en première ligne c'est naturellement en raison des déficits endémiques de son budget public, mais aussi de nombreux signes notoires de la gabegie qui gangrène le pays. Mais dès lors, on peut se demander pourquoi la Grande-Bretagne n'est pas affectée, malgré une situation sur certains points comparables. La deuxième hypothèse sur les déboires des pays dans la zone euro est l'absence de taux de change, qui agissent comme une soupape de sécurité en cas de manque de performance économique d'un pays. Charles Wyplosz évoque une troisième hypothèse, celle liée à la réaction de l'Union européenne. «C'est l'hypothèse la plus intéressante, mais aussi la plus inquiétante» estime-t-il. Quoi qu'il en soit, la réaction de l'Europe marque un tournant historique dans les relations entre les pays de l'Union européenne. La disposition de la clause de non-sauvegarde représente une sévère atteinte aux relations entre les pays.

Et la Banque centrale européenne qui a été appelée à la rescousse a contrevenu au sacro-saint principe consistant à ne pas racheter de dette des pays touchés par la crise, quand bien même elle avait toujours affirmé qu'elle ne la ferait jamais.

Après la Grèce et l'Irlande, la crise ne va pas s'arrêter en si bon chemin, tant l'ampleur de la tâche semble ardue, reconnaît en l'occurrence Charles Wyplosz. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) a été mis à contribution de 440 milliards d'euros, la Commission européenne à hauteur de 600 milliards et la FMI pour 250 milliards, soit 750 milliards au total. A condition que tous ces montants soient réellement débloqués - ce qui est loin d'être acquis - cela ne représente en fait que moins de 10% de la dette publique de l'ensemble des pays de l'Union européenne. «Les 750 milliards d'euros n'ont pas calmé le jeu» rappelle-t-il. «Le plus grave est que l'on assiste à une politisation de la crise. Les vieux griefs de certains Etats à l'encontre d'autres sont en train de remonter à la surface. Une situation d'autant plus préoccupante qu'au sein du Fonds européen de stabilité financière, les décisions doivent être prises à l'unanimité. On peut donc s'attendent à des blocages. Sans compter qu'il n'y a pas d'harmonie totale entre le FMI et le FESF.

La nouvelle donne provoquée par la crise économique actuelle et les principes adoptés dans l'urgence par les dirigeants des pays de l'Union européenne nécessiteront un jour ou l'autre de revoir en profondeur leurs relations, en particulier en raison d'un besoin accru de surveillance et de sanctions, d'une conditionnalité des prêts et d'un mécanisme de résolution des conflits.

L'autre solution, ce que Charles Wyplosz appelle l'improbable plan B serait de renverser la logique en demandant au FMI, moins politisé que le FME, de se charger du travail de stabilisation des économiques européennes. Cela sonnerait la fin du Pacte de stabilité et l'établissement de règles nationales de vigueurs économique, un peu à l'image du frein à l'endettement appliqué en Suisse, qui devraient être homologuées au niveau européen.

Une autre solution consisterait à émettre de la dette publique européenne. En quelque sorte de mutualiser les dettes, avec tous les risques que cela implique de voir les pays comptant parmi les mauvais élèves de se reposer sur cet oreiller de paresser. On évoque aussi une solution mixte avec une catégorie de dette bénéficiant de la garantie de la solidarité européenne et l'autre sans ce blanc-seing. «Quoi qu'il arrive, on doit s'attendre à une période d'austérité qui va s'étendre dans les 20 à 30 prochaines années dans les pays de l'EU» conclut Charles Wyplosz.

Propos recueillis par Pierre-Henri Badel